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Extrême droite : les faux rebelles !

08/02/2012

L’extrême droite a aujourd’hui le vent en poupe, qu’il s’agisse du vieux Front National ou des groupuscules “identitaires” comme Vox Populi Turone (regroupement local de cathos intégristes, de royalistes, de déçus du FN et de néo-nazis). Pourtant, si cette mouvance arrive aujourd’hui à séduire un public varié, c’est en s’appuyant sur un discours flou, mensonger…et souvent contradictoire.

Les mensonges du discours anti-immigration

L’extrême droite pointe du doigt l’immigration comme principale cause des dérèglements sociaux actuels, du fait de son coût pour la collectivité. Dans les faits, elle rapporte 12 milliards d’euros par an à l’État. Durcir les lois anti-immigration comme le préconise Le Pen, c’est se priver de cette manne financière, sans compter le coût d’une telle politique.

Par ailleurs, l’extrême droite accuse les immigrés de concurrencer les travailleurs français, de prendre leur travail, de faire baisser les salaires. Pourtant, les travailleurs immigrés occupent majoritairement des emplois dans des secteurs qui peinent à embaucher. De plus, leur consommation permet la création de nouveaux débouchés, et donc d’emplois.

Enfin, si le travail clandestin permet aux patrons de baisser les salaires, la meilleure protection contre ce phénomène reste la régularisation des travailleurs sans-papiers, afin que le même droit du travail s’applique à tout le monde. Ce n’est pas un hasard si les patrons qui emploient des sans-papiers s’opposent à leur régularisation.

Un racisme a peine voilé

Mais derrière l’argument économique, on trouve un rejet de l’étranger basé sur un rapport mystique à l’identité et à la nation. Ainsi, un groupe comme Vox Populi Turone affirme la nécessité d’une France blanche et chrétienne. Pour ces militants, il y aurait une guerre ethnique qui couve en France, due à la présence de cultures qui ne sont pas chrétiennes. Les immigrés seraient responsable de la criminalité en France de par leur mauvaise intégration. La seule solution serait alors de les renvoyer dans leur pays ou de les forcer à adopter “notre” culture.

Ce discours simpliste s’appuie sur une vision figée et archaïque des civilisations, incapables d’échange, d’évolution ou d’ouverture sur l’extérieur. Pourtant, la France d’aujourd’hui n’est pas celle du XVIe siècle, et c’est tant mieux !

Mais surtout, ce discours n’est pas nouveau : il était déjà utilisé au début du XXe siècle contre l’immigration italienne ou polonaise, accusée de détruire la société française. Cette prédiction ne s’est jamais réalisée.

L’extrême droite diabolise l’immigration pour mieux nous détourner des véritables causes de nos problèmes.

Ce ne sont pas les immigrés qui sont responsables du chômage ou de l’insécurité : ceux qui détruisent notre société, ce sont les actionnaires qui délocalisent et licencient, les patrons qui refusent d’augmenter les salaires, les politiques qui cassent les services publics et le système social pour faire payer moins d’impôts aux plus riches.

Voilà les vrais responsables de la crise économique, des inégalités et de la destruction des liens sociaux.

Un courant qui se fait passer pour anticapitaliste

L’extrême droite prétend lutter contre le capitalisme. En réalité, elle propose juste de relocaliser les industries en France, sans dire comment, ou en taxant les importations, avec une hausse des prix à la clef. Cela n’a rien d’anticapitaliste : le seul but est de mettre des patrons français à la tête d’usines française. L’extrême droite défend l’utopie d’un capitalisme patriotique, où l’exploitation des salariés perdurera comme par le passé, comme aujourd’hui dans les sociétés à « patrons français ».

Que les actionnaires soient américains ou français ne fait aucune différence. Les uns comme les autres ne recherchent que le profit, au mépris du bien être des salariés.

Le fascisme a toujours été le bras armé des capitalistes

Au moment de la crise de 1929, ce sont les capitalistes allemands et états-uniens (les banques Rockefeller et JP Morgan, Krupp, Thyssen, la famille Bush, Ford…) qui ont financé les activités du parti nazi, lui permettant de populariser ses idées auprès d’une partie de la population. Les nazis ont servi à imposer à la population les réformes structurelles voulues par les capitalistes (diminution des salaires, des congés payés, augmentation du temps de travail, destruction des organisations de travailleurs et de la gauche) afin de conserver leurs bénéfices.

Pour nous, ce n’est pas un hasard si, en cette période de crise économique, on constate une montée de l’extrême droite. Ce n’est pas un hasard si Vox Populi reçoit des fonds de la bourgeoisie tourangelle ; si les grands médias sont si complaisants envers Le Pen…

Face a cela, que faire ?

Tout d’abord il faut montrer l’extrême droite sous son vrai jour : résolument du côté des capitalistes, œuvrant contre nos intérêts de travailleurs ou futurs travailleurs.

Ensuite, il faut nous engager pour lutter activement contre la présence de ces idées dans nos rues, dans nos écoles, dans nos boîtes…

Proposer un projet alternatif de société pour sortir du capitalisme

Le vrai combat anti-système, réellement subversif, est anticapitaliste : il est dans la réquisition des entreprises pour que les travailleurs les fassent tourner à leur profit, dans l’occupation des logements vides pour y mettre celles et ceux qui n’ont pas de toit ou vivent dans la précarité, dans des services publics de qualité, accessibles sans distinction de revenus ou d’origine ethnique.

Nous voulons remettre les besoins humains et sociaux, l’égalité des droits et la lutte contre les discriminations au centre du fonctionnement de la société. Le capitalisme nous mène droit dans le mur. Aujourd’hui, il faut sortir de ce système, construire une société socialiste, égalitaire et libertaire, où le contrôle de la population sur les choix économiques , écologiques et politiques remplacerait le diktat des plus riches et de l’appareil d’État.

C’est une révolution sociale qu’il nous faut. Cela passe par l’affirmation qu’une rupture est possible et nécessaire, par un travail de construction de contre-pouvoirs, avec tous ceux qui veulent lutter.

Ces idées sont réellement radicales : c’est pour ça qu’on ne nous donne pas la parole pour les exposer dans les médias. Ce sont elles qui sont dangereuses pour le système, ce sont elles qui participeront à forger un présent et un avenir meilleurs.

Notre projet , nos idées vous intéressent ?

Vous ne voulez pas laisser les autres faire de la politique et décider a votre place ?

 Alors rejoignez nous

Alternative Libertaire 37 et la Colonne de Fer

Le tract en format pdf : Extrême droite : les faux rebelles

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Tours : spectacle d’aliénés pour fêter le droit d’asile !

10/12/2011

Hier, vendredi 9 décembre, avait lieu à Tours une manifestation de soutien aux demandeurs d’asile. Depuis quelques semaines un collectif a en effet mis en place de nombreuses actions afin de soutenir des familles déboutées de leur droit d’asile et mises à la rue alors que de nombreux logements sont actuellement vides en Indre-et-Loire. Le rendez vous était donné à 18 h devant la préfecture. Le groupe d’extrême droite Vox Populi en a profité pour organiser un contre rassemblement afin de se faire un peu de publicité, leur initiative de marché de noël de la semaine dernière n’ayant pas franchement soulevé les foules. On n’a pas été déçus…

Quand les néo-nazis s’en prennent aux collabos…

Globalement, les néo-nazis n’aiment pas trop les étrangers, ce n’est un scoop pour personne. Seulement, depuis quelques années, les néo-nazis en ont eu marre de passer pour des gros cons, et on décidé de devenir fashion, n’hésitant pas pour cela à sacrifier leur folklore sur l’autel de la communication politique. Exit, donc, battes de baseball, croix gammées et autres « Sieg Heil » (du moins à première vue). Ne dites plus « néo-nazis », mais « identitaires ». Ne dites plus « racistes » mais « ethno-différencialistes »…

Seulement, avec cette nouvelle stratégie, ça devient difficile de dire publiquement qu’il faut virer les étrangers pour le simple fait qu’on ne les aime pas. Du coup, on va se planquer derrière des arguments sociaux : désormais, les étrangers viennent travailler en France pour concurrencer les salariés français et faire baisser les salaires, et ceux qui défendent les sans-papiers deviennent les collabos du patronat.

Bien sûr le discours est absurde, pour la simple et bonne raison qu’il existe en France un code du travail et un salaire minimum, qui s’appliquent pour tout le monde, français comme étrangers. En fait les seuls pour lesquels ce droit ne va pas s’appliquer, c’est ceux qui ont interdiction de travailler et se retrouvent du coup à bosser au black, notamment les étrangers en situation irrégulière. Le meilleur moyen de mettre fin à cette concurrence déloyale tout en améliorant les droits de tout le monde, c’est donc de régulariser les sans papiers. Certes les capitalistes profitent de l’immigration clandestine. Alors, coupons leur l’herbe sous le pied et transformons cette immigration en immigration légale. Ça parait logique, mais ça, quand on est identitaire, c’est difficile à comprendre.

Toujours est il qu’hier, les « résistants » de Vox Populi avaient décidé que vraiment y en avait marre, et qu’il était temps de se révolter contre les « collabos » qui soutiennent les étrangers.

Un petit échauffement et on part en manif

Rendez vous était donné à 18h devant la préfecture. Nous arrivons sur les lieux à 17h55. Rien, si ce n’est quelques flics, et des militants de notre bord. D’autres arriveront. Avec quelques camarades libertaires, nous surveillons l’arrivée des benêts d’extrême droite. Toujours rien. Vont ils venir ? Au bout de quelques minutes, un type passe sur le trottoir d’en face, blouson Lonsdale rouge, chaine qui dépasse de la poche, crâne rasé, petit-bourgeois. Le type nous regarde salement, puis s’en va. 5 minutes après, c’est un jeune couple de Charles-Edouard/Marie-Chantal qui nous passe devant, parlent d’une manif… Rien de bien préoccupant, on commence à s’ennuyer ferme…

Et, ô joie, c’est le moment que choisissent nos croisés turons pour arriver. Leur armée populaire d’une petite vingtaine de skinheads éméchés se met en rang, derrière les pauvres flics chargés de faire tampon. Le chef, Pierre-Louis Mériguet, a choppé un mégaphone et se met à déblatérer ses conneries, pendant que son petit groupe d’hommes des cavernes tente de recréer une ambiance de stade, qui dans les faits se rapproche plus de celle d’un match opposant le Racing Monceaux les Mines à l’AS Trincamp un dimanche après midi que de celle d’un clasico au Santiago Barnabeu.

Très vite, nous nous regroupons et répliquons en chantant des slogans internationalistes, ou encore en pointant les paradoxes qu’il y a à s’afficher comme des rebelles tout en jouant gratuitement la milice pour le compte de Sarkozy et de son préfet (au moins, quand ils veulent pourrir nos manifs, les flics sont payés).

Et puis, on se dit qu’on a peut être mieux à faire que de perdre notre temps avec une poignée de connards, du coup on les plante là, et on part en manif comme prévu. Le cortège d’une cinquantaine de personnes s’ébranle. Nous ne sommes pas nombreux, mais on se fait entendre, et on sensibilise la population. De nombreux tracts sont distribués, tandis que nous égrenons les slogans : « Un toit c’est un droit, réquisition des logements vides », « Des papiers pour tous ou plus de papiers du tout », « Français, immigrés : même patron, même combat »… La manifestation emprunte le boulevard Heurteloup, où des tracts sont distribués au sein du marché de noël, puis la rue Nationale.

Arrivés à sa hauteur, nous pénétrons dans la galerie nationale avec banderoles et slogans, sous l’œil intrigué des clients. Un petit tour et puis s’en va : le but, aujourd’hui, c’est de sensibiliser, pas de se mettre les commerçants à dos. Lorsqu’on ressort, nous envisageons de remonter vers le vieux Tours pour mettre fin à la manif : cela fait déjà un certain temps qu’on défile, et la pluie ne cesse pas.

Le cortège oblique donc vers la rue des Halles, afin de terminer la manif sur la place Plum’. Seulement, pour ça, il nous faut passer devant le magasin de fringues London Calling, dont le patron n’est autre que Pierre-Louis Mériguet, le gourou de Vox Populi himself. En même temps, il faut bien avouer que rendre la monnaie de la pièce à ce bouffon en le provocant un tout petit peu -juste en passant devant son magasin- ça titille pas mal nos cerveaux de gauchistes…

C’est à partir de ce moment que la manif de soutien aux demandeurs d’asile va prendre un tour totalement surréaliste et se terminer en apothéose…

La Guerre du Feu 2.0

Les flics bloquant l’entrée de la rue du Change, les manifestants obliquent par le passage du Pélerin et pénètrent dans la rue de Chateauneuf. Nous sommes à 10 mètres du magasin de Pierre-Louis, et vu le barrage de flics, on n’ira pas plus loin. C’est à ce moment là que le Pierre-Louis susdit sort de son magasin, toujours accompagné par un demi-quarteron de ses singes de l’espace.

Visiblement le type est passablement énervé, nettement moins jovial qu’une heure auparavant, et surtout pas mal stressé. Car Pierre-Louis ne craint pas l’affrontement physique. Pierre-Louis est un guerrier des temps modernes. Pierre-Louis vous prend à lui tout seul, comme Stallone prend à lui tout seul l’armée russe dans Rambo 3. Bref, Pierre-Louis n’est pas une tapette. Par contre, il y a un truc dont Pierre-Louis a peur, c’est qu’on touche à son beau magasin. Certes, Pierre-Louis défend la France, mais il défend encore plus la propriété privée. Alors sa propriété privée à lui, forcément… Bien sûr, ce n’est absolument pas dans nos intentions de faire quoi que ce soit à son magasin ; mais pour sa défense, il ne peut pas trop le savoir. Du coup, Pierre-Louis flippe sa mère, et quand Pierre-Louis flippe sa mère, il perd son self-contrôle, s’énerve et veut tout casser.

Le sympathique commerçant se transforme alors en une espèce d’animal enragé, mi-ours, mi-sanglier et re-mi-ours derrière. Il débloque à fond, court partout, insulte tout le monde, fait des allers-retours frénétiques devant ses troupes comme les méchants dans les films de guerre, balance à tout va des « toi si je te retrouve, je te pète la gueule ! ». De là où on est, on n’arrive pas à distinguer si un filet de bave lui coule ou non des lèvres. Dommage. Et puis, n’y tenant plus, il tente de passer au travers du filet des keufs pour se jeter, à lui tout seul, sur les manifestants, façon Léonidas dans 300, les ralentis en moins. Sauf que là, on n’est pas dans un film…du coup les flics le rattrapent, le maintiennent, le renvoient derrière, l’obligent à calmer ses ardeurs de martyr.

Le ridicule aurait pu s’arrêter là, il n’en est rien. En effet, pendant que leur « führer » s’escrime à perdre toute crédibilité, une douzaine de ses adeptes, se croyant sans doute eux aussi dans 300 et cherchant à nous impressionner, entreprend de sauter d’un pied sur l’autre en se frappant la poitrine et en poussant des cris évoquant vaguement le mugissement d’une vache en train de se faire monter par le taureau (hyper impressionnant comme cri de guerre !). Chaque énergumène nous gratifiera ainsi d’une étrange chorégraphie évoquant un subtil mélange entre un supporter du PSG ivre un soir de match contre l’OM et un orang-outan pris d’une soudaine envie de pisser. C’est sensé faire peur, c’est pathétique. Allez les gars (choses ?) encore un effort avant de ressembler à des guerriers spartiates !

Après avoir assisté sidérés à cette scène incroyable, et comme on avait pas pensé à emmener des cacahuètes, on a décidé d’aller, comme prévu, dissoudre notre petit cortège place Plum’. On a fait demi tour, en laissant lâchement les flics en compagnie de ces gens là. C’est vrai que pour une fois, on les aurait presque trouvés, surement par contraste, intelligents et avenants. Après la dissolution du cortège, terrorisés par les menaces du vendeur de T-shirt qui nous avait promis de nous retrouver coûte que coûte, nous sommes allés nous cacher sur une terrasse de bar de la place Plum, pour partager une verre bien mérité avec nos camarades, parmi lesquels beaucoup de nouvelles têtes. Bien sur, entre deux sujets sérieux, les exploits de Pierre-Louis et de ses amis revinrent souvent dans la discussions…

Pierre-Louis, on est pas potes, loin de là, mais te voir dans un tel état nous inquiète cependant. Tu n’es pas si vieux que ça, te taper un ulcère ou un infarctus à ton âge, ce serait quand même triste. C’est bientôt la saison du ski et, comme tu as du pognon de côté, tu devrais en profiter pour te prendre une petite semaine à Val d’Isère durant les fêtes. Respirer un peu l’air pur loin de nous ça ne peut te faire que du bien. Tu peux aussi emmener tes potes débiles avec toi: s’amuser dans la neige ça leur plaira, c’est sûr.

Pierre-Louis Mériguet dans son élément

L’Histoire de France selon Vox Populi : entre Walt Disney et Conan le barbare !

19/10/2011

Vous avez tous appris les grandes dates de l’histoire lorsque vous étiez à l’école. Alors si on vous dit « 21 octobre », ça vous évoque quoi ? A priori pas grand chose… Regardez sur Wikipédia, vous trouverez pèle-mèle la découverte de St Pierre et Miquelon, l’invention de la lampe à incandescence par Thomas Edison, ou encore les débuts de Juliette Gréco à Bobino…bref, pas de quoi fouetter un chat…

Pourtant, c’est la date qu’aura retenu le groupe folklorique d’ultra-droite Vox Populi pour commémorer une bataille de l’an 732, au cours de laquelle les troupes de Charles Martel et de Eudes d’Aquitaine défirent celles d’Abd el-Rahman d’Al-Andalus.

La bataille de Poitiers : un fait militaire secondaire

Ici, un peu d’histoire est nécessaire. Cette bataille, que l’on connait habituellement sous le nom de bataille de Poitiers, eut donc lieu il y a environ 1279 ans entre Poitiers et Tours, peut-être sur le territoire de l’actuelle commune de Vouneuil du Poitou, peut être pas (les historiens ne s’accordent pas sur le lieu exact). A cette époque, la France n’existe pas encore. Le royaume franc de Clovis n’existe plus depuis longtemps, à force de querelles, divisions et rivalités. Plusieurs royaumes cohabitent de manière plus ou moins pacifique (en fonction des périodes). Un de ces royaumes se nomme l’Austrasie, à cheval sur l’est de la France, l’Allemagne et la Belgique. L’homme fort du moment est le maire du palais, sorte de premier ministre de l’époque, fils de l’aristocratie franque ; il gère l’Austrasie et a déjà remporté plusieurs batailles, notamment contre ses voisins de Neustrie : il s’appelle Charles.

Dans le même temps, un nouveau peuple fait parler de lui : les Arabes, ayant embrassé la jeune religion musulmane. Comme les germains 200 ans plus tôt, ils ont accumulé les conquêtes et règnent sur un immense territoire, qui s’étend de l’Asie Centrale à l’Afrique du nord. Au nord, leur empire s’étend au delà du détroit de Gibraltar, en Espagne et jusqu’à la province de Septimanie (l’actuel Languedoc).

A la recherche de nouvelles richesses, davantage que de nouvelles conquêtes, les arabes organisent des razzias et des pillages en royaumes francs. Ils s’en prennent notamment à l’Aquitaine, dont le duc, Eudes, est impuissant face à ces attaques. Celui-ci avait tenté dans un premier temps de repousser les arabes en s’alliant à un gouverneur musulman du nord de l’Espagne en révolte, Mununza, à qui il avait promis la main de sa fille. Hélas Mununza mourut au combat. Eudes n’eut alors d’autres recours que d’appeler à l’aide Charles d’Austrasie et son armée.

La bataille eut donc lieu entre Tours et Poitiers, alors que les arabes tentaient de s’approprier les richesses de la ville de Tours (notamment celles de la basilique Saint Martin). Au final, les armées de Charles et Eudes défirent les armées arabes, et Abd el-Rahman fut tué.

Charles combattit les arabes comme il avait combattu les francs de Neustrie 13 ans plus tôt. Cela lui permit d’étendre son influence et de faire main basse sur l’Aquitaine, alors que les guerriers arabes rentraient en Septimanie, faisant de Eudes d’Aquitaine le grand perdant de la bataille.

L’Histoire de France par les nuls

Lisons maintenant ce que Vox Populi dit de l’évènement :

« En octobre 732, les mahométans se dirigent vers la basilique Saint Martin pour y piller l’or ainsi que les reliques du patron de la Touraine qui s’y trouvent. Le 25 octobre, alors que l’occupant progresse en direction de notre ville, un homme, à l’origine simple maire du palais, devenu chef d’une armée, va chasser, lors d’une bataille d’une rare violence, l’envahisseur. Cet homme se nomme Charles Martel qui voit son nom lui être attribué pour sa pratique assidue du marteau lors des combats. Cette grande date, marquée par cette victoire façonne notre identité locale. Elle prouve également que de simples hommes sans grades, ayant pour seule fortune leur courage et leur foi, ont pu changer le cours de l’ Histoire. C’est le témoignage par excellence que rien n’est jamais figé en politique et que, même quand les situations semblent désespérées, tout est possible lorsque le courage bouillonne dans nos veines ! » (source : voxpopuliturone.blogspot.com)

A cette présentation s’ajoute une invitation à venir manifester :

« Le 21 octobre prochain, venez nombreux pour honorer et défendre, par votre présence dans la rue, la terre de nos pères. Pour que le sang qui fut versé jadis ne soit pas vain et pour que demain une poignée d’hommes libres sache s’arracher de ce monde moderne pour y faire la reconquête ! » (source : voxpopuliturone.blogspot.com)

S’il y a un truc qu’il faut reconnaître au type qui a écrit ce bout de texte, c’est qu’il sait raconter des histoires : une situation désespérée, un homme providentiel, sorti de nulle part, qui va se dresser à la tête d’une poignée d’hommes, son fameux marteau en main, contre les hordes de pillards, le courage qui triomphe de la fourberie… C’est beau, épique, cela ferait un excellent film hollywoodien, du niveau de 300 ou du Seigneur des Anneaux. On a envie de tressaillir face à la BO magistrale accompagnant le choc des armées, de suivre le duel acharné entre un Charles Martel auréolé de lumière et un Abd el-Rahman portant la même armure que Sauron…pour un peu, avec du budget, on rajouterait un ou deux dragons pour faire plus spectaculaire…

Mensonges et démagogie

Malheureusement, il faudrait que l’auteur de ces lignes apprennent à distinguer l’Histoire de France des contes et des légendes. Robert E. Howard ou Walt Disney étaient d’excellents conteurs, ce n’était pas des historiens, et ils n’avaient pas la prétention de l’être. L’Histoire est une science, elle est exigeante, demande une rigueur scientifique. L’historien cherche la vérité, pas le sensationnel. Faire mentir l’Histoire en la transformant en film à grand spectacle, raconter n’importe quoi juste pour capter de l’audimat ou pour servir une idéologie est en soi une démarche falsificatrice, malhonnête et démagogue !

Car il ne faut pas être naïfs : ceux qui aujourd’hui commémorent cette bataille que tous les médiévistes sérieux s’accordent à considérer comme un fait militaire secondaire le font principalement pour des raisons idéologiques, parce qu’ils entendent en faire un symbole du choc des civilisations, avec un Charles défenseur du Christ et sauveur de l’occident.

C’est oublier que les arabes n’en voulaient absolument pas à la « terre de nos pères », mais juste aux richesses de l’aristocratie franque. En admettant que personne ne stoppe les arabes à Poitiers, la seule différence avec maintenant, c’est peut être que le trésor de la basilique Saint Martin serait exposé dans la mosquée de Cordoue. Pas sûr que la vie des tourangeaux en serait grandement modifiée.

C’est oublier que l’habile politicien Charles, en livrant bataille, servait avant tout une politique d’expansion (non pas au détriment des arabes mais bien des aquitains) au service de son ambition personnelle.

C’est oublier que les pillages n’étaient alors absolument pas l’apanage des armées arabes, que ceux-ci étaient monnaie courants à une époque où les guerres étaient elles-même monnaie courantes (d’ailleurs, le fameux surnom de « Martel » proviendrait autant des exactions perpétrées par Charles lors des guerres contre la Provence que de ses exploits dans la bataille de Poitiers…).

C’est oublier que la « chrétienté » et « l’islam » ne se voyaient alors pas comme deux blocs antagonistes, et que les alliances entre clans chrétiens et musulmans étaient alors fréquentes sans que cela ne choque qui que ce soit : Eudes d’Aquitaine voulant marier sa fille à Mununza, le patrice de Provence demandant l’aide des arabes de Septimanie contre les francs ; 45 ans plus tard, Charlemagne viendra prêter main-forte à des gouverneurs musulmans contre l’émir de Cordoue…

Louis Dubois : blaireau ou ordure ?

Au final, deux possibilités s’offrent à nous : soit le mec de Vox Populi est un idiot qui confond l’Histoire et l’Héroïc-Fantasy, ce qui est peu probable ; soit c’est un idéologue qui utilise les codes des films hollywoodiens ou des jeux vidéos pour faire accepter sa vision simpliste et bornée du monde. Ce faisant, il prend sciemment ses lecteurs pour des cons abreuvés par la culture dominante, à qui l’on peut faire gober n’importe quoi pour peu qu’on leur serve des grands mots comme « courage » ou « honneur ». Faisant bien peu de cas de ses troupes, il préfère faire appel à leur inconscient plutôt qu’à leur intelligence.

Face à pareils magouilleurs, nul doute que les jeunes attirés par le discours apparemment radical de Vox Populi feraient bien de réfléchir un peu, de se rendre compte que le vrai monde n’est pas celui de Conan le barbare, et que les représentations simplistes n’ont jamais permis de faire avancer le Monde ou de régler ses problèmes (tout juste cela aide-t-il à les oublier).

Cela leur donnerait peut être la bonne idée d’aller casser la gueule à leur chef.