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Situation en Grèce: Interview de Dimitra, prof au chomage.

19/02/2012

Le vote d’un nouveau plan d’austérité en Grèce cette semaine, et les réactions très impressionnantes, autant par le nombre de manifestants que par la violence insurrectionnelle de la population, suscite de plus en plus de commentaires sur la situation honteuse dans laquelle est plongé le peuple grec depuis plus de deux ans. Une situation que seule une victoire de la rue semble pouvoir faire évoluer. La Colonne de Fer a posé quelques question à Dimitra, 35 ans, professeure actuellement au chômage, à Athènes.  

Le centre ville d'Athènes noir de monde, le 12 février dernier

 La Colonne de Fer: Comment les grecs ont il réagit à ce nouveau plan d’austérité ? Trouvent-ils encore la force de se battre ?

 Dimitra : Les grecs sont déjà désespérés par ce qu’il s’est passé au cours des deux dernières années. Aujourd’hui, les gens ont le sentiment que, de toute façon, on n’a plus rien à perdre.

CdF : Qu’est ce que ces plans de rigueur à répétition changent concrètement pour la population grecque ?

 D. :Le chômage a atteint des chiffres records. Il touche environ une personne sur quatre actuellement. En ce qui concerne ma profession, celle de professeur, les salaires ont été réduits d’environ 300 à 400 euros. En gros, pour donner un exemple, ceux qui touchaient un salaire de 1200 euros l’année dernière, touchent environ 800 euros aujourd’hui. Et ça, ça concerne ceux qui ont la chance de ne pas avoir été licenciés… comme moi. A coté de ça, le cout de la vie reste le même, voir a augmenté. Avec le dernier plan d’austérité, le salaire minimum a été diminué de 22% pour les plus de 25 ans, et de plus de 30% pour les jeunes.

 CdF : On est habitué à voir des images assez impressionnantes sur les mouvements sociaux en Grèce. Comment se manifeste la résistance des gens aujourd’hui ?

 D. :Très violemment. Vous avez vu ce qu’il s’est passé, le 12 février, place Syntagma, en plein centre ville d’Athènes ? Des dizaines de bâtiments ont été incendiés, cassés, détruits sous les applaudissements de la population !

CdF :Dans ces manifestations, l’Union Européenne est très souvent montrée du doigt. Comment les grecs voient ils l’Union aujourd’hui ?

 D. :Je pense que les grecs ont perdu toutes les illusions qu’ils avaient encore sur l’Union Européenne. L’idée, partagé durant des années, qu’avec l’entrée dans l’Union Européenne, la Grèce allait devenir automatiquement un membre considéré à égalité des autres n’existe plus. Maintenant, les gens sont vraiment hostiles à l’Europe (et encore plus à certains pays d’Europe comme l’Allemagne et la France), mais ils ont quand même peur de la possibilité d’une exclusion de la Grèce du pays.

 CdF : Comment vois-tu l’avenir économique en Grèce ?

 D. : Je pense que le futur économique de la Grèce, comme de tous les autres pays, dépendra de la capacité de la classe ouvrière à prendre le contrôle de la production. Si ça n’arrive pas, nous serons condamnés à une production essentiellement basée sur les service et à un cout très bas du travail, comme beaucoup de pays de l’Est de l’Europe.

CdF : On a du mal à voir des perspectives politiques se dégager en Grèce aujourd’hui. Au mois d’avril, il y aura des élections législatives. Elle ne semble soulever aucun enthousiasme. Comment expliquer ça ?

D. :Aujourd’hui, il n’y a plus aucune tolérance des gens envers les politiciens. On le voit depuis un certain temps : il y a énormément d’incidents dans lesquels des politiciens sont interrompus dans leurs discours, attaqués verbalement, ou même physiquement, dans des conférences, des meetings, ou même des restaurants. Les gens n’ont plus aucune confiance.

CdF : Ici, en France, on nous parle de plus en plus, de l’arrivée d’une vague d’immigrés grecs cherchant à fuir le pays. Qu’en est il réellement ?

D. : C’est vrai qu’une nouvelle vague d’émigration est en train de toucher la Grèce. La plupart de ces nouveaux émigrés sont des jeunes mais pas seulement. On voit de plus en plus de familles entières quitter le pays. Ils partent pour avoir une vie meilleure. Pas vraiment pour avoir un meilleur boulot, mais simplement pour pouvoir survivre. D’autres profitent de départs dans le cadre de leurs études pour essayer de s’installer ailleurs, ou au moins de retarder leur retour.

 A l’heure où l’on commence à parler de l’application d’une cure d’austérité généralisée à toute l’Europe, la résistance courageuse du peuple grec doit trouver, plus que jamais, échos à nos oreilles. Ce qui se passe aujourd’hui en Grèce, si l’on ne réagit pas, sera bientôt notre quotidien, à nous aussi. Il est temps de s’unir pour affirmer le désir d’une société plus juste, basée sur le partage des richesses et la propriété collective des moyens de production. Une société démocratique. Une société socialiste. Le peuple grec n’a plus besoin de notre seule solidarité, il a besoin, maintenant, qu’on le suive !

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Il y a 71 ans, l’Appel du 18 juin: « La bourgeoisie française parle aux français »

18/06/2011

Il y a aujourd’hui 71 ans jour pour jour, De Gaulle lançait son célèbre Appel du 18 juin, considéré par l’histoire officielle comme l’acte de fondation de la Résistance française. Une occasion pour les militants de la Colonne de Fer de revenir sur cet événement et de se poser des questions sur la véritable nature de la résistance gaulliste et sur ses aspirations.

 

Lorsqu’il s’exprime sur les ondes de la BBC au soir du 18 juin 1940, Charles De Gaulle n’est encore totalement inconnu des Français auxquels il s’adresse. Ils sont d’ailleurs très peu nombreux à réellement entendre cet appel à continuer la guerre contre l’Allemagne resté historiquement célèbre. La veille, il avait rejoint Londres afin d’y rencontrer le premier ministre britannique Winston Churchill et de le convaincre de ne pas laisser tomber la France. Le discours de capitulation prononcé le même soir par le Maréchal Pétain à la radio avait alors poussé les deux hommes à organiser une intervention de De Gaulle le lendemain sur la BBC. Aujourd’hui, l’Appel du 18 juin est généralement considéré comme l’acte de naissance de la Résistance française et De Gaulle comme celui qui en fut le leader. Mais qu’en est-il réellement? La Résistance gaulliste a t-elle était si importante que cela? Pourquoi nous parle t-on de De Gaulle comme d’un libérateur national?

De Gaulle premier résistant?

L’Appel du 18 juin est t-il réellement l’acte fondateur de la Résistance française? Bien sur que non. En réalité, dés la déclaration de guerre entre la France et l’Allemagne, des mouvements vont entrer en Résistance contre la victoire annoncée des nazis et sur les dérives du régime français. L’extrême gauche française, qui jouait un rôle central dans l’antifascisme depuis le début des années 1930, prend une part active à ces mouvements. Leurs journaux sont alors interdits et les militants doivent passer à la clandestinité. De son coté, le Parti Communiste n’entre pas en Résistance dés l’invasion nazie sous prétexte de défense du pacte Molotov-Ribbentrop qui garantissait à l’URSS qu’elle ne serait pas attaquée par Hitler. Le PCF ne le fera officiellement qu’en 1941, après que les nazis aient trahis ce pacte. Néanmoins, des militants communistes vont s’engager dans les première formes de Résistance dés le début de la guerre. Beaucoup de communistes syndiqués vont par exemple travailler à la construction de la CGT clandestine afin de recréer le lien entre travailleurs détruit par le fascisme et organiser les premiers réseaux clandestins.

Une résistance de la bourgeoisie

Contrairement à une idée reçu, l’Appel du 18 juin n’est pas un appel à la Résistance du peuple contre l’occupant fasciste. En réalité, dans cet appel, De Gaulle s’adresse aux militaires français. Il leur demande de ne pas suivre Pétain dans la capitulation et la collaboration, mais de rejoindre Londres afin de réorganiser l’armée française à l’extérieur du pays. Cet appel signe ainsi l’acte de naissance de la France Libre, la résistance extérieur. A aucun moment il ne demande au peuple de s’organiser et de rentrer en Résistance contre un régime autoritaire et meurtrier. L’invasion nazie n’est d’ailleurs jamais définie comme faisant partie d’une stratégie de conquête fasciste mais simplement comme une invasion étrangère. L’Appel du 18 juin occulte volontairement le rôle que le peuple pourrait avoir dans sa future libération. Pour les représentant de la bourgeoisie française qui ont choisis de se ranger aux cotés de De Gaulle il s’agit de reformer leurs forces (armée, liens économiques, liens internationaux…) afin de rétablir leur pouvoir en France. Pour eux, il ne faut pas que le peuple intervienne dans ce processus. Ce serait lui donner les moyens de s’unir, de s’armer et de se rendre compte de sa force. Ainsi, pour De Gaulle, Churchill et les alliés, la Résistance doit avant tout se faire de manière conventionnelle à l’extérieur du pays. La Résistance de l’intérieur ne doit être axée que sur la création d’une situation favorable à une intervention de l’extérieur. La Résistance à la sauce De Gaulle n’est donc pas une résistance populaire, sociale et porteuse de liberté, mais une résistance de l’armée, de la bourgeoisie et du capitalisme, les responsable de la situation de l’Europe à cette époque…

De Gaulle, chef de la Résistance?

Ce qui ressort de l’histoire officielle telle qu’elle est, par exemple, enseignée au collège et au lycée ou véhiculée par le cinéma, est l’image d’une résistance bien organisée avec à sa tète De Gaulle et ses amis. Ce dernier apparaît dans l’imaginaire collectif des Français comme le « chef de la Résistance », et le « Libérateur de la France ». Néanmoins, il est évident que parler de « chef de la Résistance française » est une absurdité historique. C’est une négation de la nature même de la Résistance. Car si la Résistance est un mouvement de masse, elle n’est ni homogène ni pleinement structurée. Elle se divise en une multitude de groupes très souvent autonomes les uns par rapport aux autres, si bien que, si De Gaulle apparaît comme une personnalité référente pour un certain nombre de résistants, il n’est en aucun à considérer comme le leader et organisateur de ce mouvement.

L’image de De Gaulle chef de la Résistance omet aussi volontairement un élément de taille que nous avons déjà évoqué précédemment: la Résistance gaulliste est loin d’être la seule forme de Résistance en France durant la seconde guerre mondiale et loin d’être la plus nombreuse, la plus implantée et la plus développée. En effet, la Résistance des groupes organisés par le Parti Communiste ou lié à celui ci est bien plus importante et ne reconnaît pas De Gaulle. La plupart des actions emblématiques de la Résistance des maquis à la libération de Paris, que les représentants de la bourgeoisie actuelle n’hésite d’ailleurs pas à récupérer aujourd’hui, comme si elles faisaient partie de leur histoire à eux, sont d’ailleurs bien souvent l’œuvre des communistes et non pas des gaullistes, de même que la plupart des « symboles résistants » dont le célèbre Chant des Partisans.

la résistance communiste en action

La Libération; le retour de l’ordre social

 Malheureusement pour De Gaulle, la Résistance ne se sera pas seulement centrés sur la perspective d’un débarquement allié. En France, comme dans beaucoup de pays européens à la même époque, la Résistance va devenir un mouvement du peuple avec des aspirations beaucoup plus larges que le simple renversement du nazisme. Les résistants sont en grande majorité communistes et, pour eux, la « Libération » c’est avant tout la libération du capitalisme, responsable de l’émergence du fascisme et de la guerre. Pour beaucoup de ces combattants, il faut aussi bien se libérer de Hitler que de De Gaulle. Ainsi, après le débarquement du 6 juin 1944, les résistants français profitent de la situation pour libérer la France eux mêmes. Partout des grèves apparaissent. L’été 1944 sera marqué dans toute la France par des conflits sociaux majeurs. En Août, ce sont les résistants, et non les chars de Leclerc, qui libèrent Paris rue par rue. La bourgeoisie française n’est pourtant pas prête à se faire avoir par surprise comme ça. Les troupes alliées reprennent militairement Paris, puis les forces du tout nouveau pouvoir français vont faire taire les contestations des ouvrier, n’hésitant pas à les réprimer violemment. Des militants révolutionnaires qui avaient participés à la Résistance se retrouvent emprisonnés après la Libération par le gouvernement de De Gaulle…

Les mouvements sociaux de la Libération continueront, en France, jusqu’à la fin des années 1940 et parviendront à arracher quelques acquis sociaux (la sécurité sociale notamment) à une bourgeoisie qui, pour l’occasion, s’est même alliée avec le PCF pour acheter la paix sociale. Faute d’avoir pu éviter des grèves très longues et très violentes, De Gaulle le « libérateur » aura ainsi tout de même empéché au peuple de se libérer totalement.

un peu partout, les maquisards rejoignent les grévistes pour la libération... et la Révolution!

 Selon la formule très souvent employée, l’histoire est écrite par ceux qui la gagne. L’histoire de la Résistance telle qu’elle est enseignée aujourd’hui dans nos écoles, dans nos médias, et dans la bouche de nos politiques, est une histoire écrite de toute pièce par ceux qui l’ont gagné. Une histoire qui glorifie la bourgeoisie française en faisant croire qu’elle avait le soutien des résistants. Une histoire qui cache la répression de l’après guerre pour nous présenter un De Gaulle libérateur du peuple. Une histoire qui a permit ce matin au gratin de la bourgeoisie française actuelle, Sarkozy en tète, d’aller faire des courbettes au Mont Valérien pour rendre hommage aux maquisards communistes transformés pour les besoin de la cérémonie en nationalistes bourgeois…