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Plus ça devient vieux, plus ça devient bête

19/03/2012

« J’affirme que dans la religion musulmane rien ne s’oppose, au point de vue moral, à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet. Bien au contraire. Sur l’essentiel, ses préceptes sont les mêmes que ceux de la religion chrétienne, fondement de la civilisation occidentale. Aux musulmans, offrons l’entrée et l’intégration dans une France dynamique, dans une France conquérante. Au lieu de leur dire comme nous le faisons maintenant : « Vous nous coûtez très cher, vous êtes un fardeau », disons-leur : « Nous avons besoin de vous. Vous êtes la jeunesse de la nation ». »

Jean-Marie Le Pen, le 29 janvier 1958

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Programme économique du FN : beaucoup de bruit pour rien

26/02/2012

Pour continuer à mettre en lumière les impostures du Front National, la Colonne de Fer a voulu se pencher sur les détails du programme économique du parti d’extrême droite. Nous savions que Marine Le Pen souhaitait rompre, au moins en apparence, avec l’ultra-libéralisme du père (à l’époque de Jean-Marie, le parti prônait notamment la suppression de la retraite par répartition et de l’impôt sur le revenu), mais encore nous restait-il à savoir comment.

Nous avons donc pris nos ordinateurs, ressortis nos vieux manuels d’économie de Terminale ES, et nous sommes rendus sur le site du Front National, direction programme…et là, nous sommes tombés sur une difficulté que nous n’avions pas prévu.

Pour expliquer notre problème, permettons-nous une analogie entre le travail que nous avions entrepris et celui d’un critique de cinéma. Quand le critique tombe sur une grosse bouse sans imagination, comme le cinéma américain ou Luc Besson en produisent tous les mois, son travail est vite fait. Mais imaginez maintenant de devoir faire la critique d’un vrai nanard de chez nanard, genre un film turc qui reprendrait des passages entiers d’autres films, dont les personnages changeraient de nom et de visage au cours du film, où de nombreuses répliques n’auraient pas le moindre sens, où le preneur de son apparaitrait dans le coin de l’écran une bonne dizaine de fois, et où des acteurs surjouant à mort évolueraient dans un mélange de Star Wars, Autant en Emporte le Vent et Les bronzés font du ski, tout en passant la moitié du film à lire du Spinoza en mangeant des yaourts. Vous ne sauriez pas quoi dire tellement vous seriez sidérés, et ce serait carrément normal.

Eh bien, bosser sur le programme économique de Marine Le Pen, c’est un peu la même chose : l’esprit humain n’y est pas préparé. Heureusement, les capacités de la Colonne de Fer sont surhumaines, et c’est munis de nos combinaisons en téflon anti-portnawak que nous avons bravé les multiples inepties et contradictions de celle que l’on appelle déjà « la Ed Wood de la politique » afin d’extraire de son « programme » toute sa substantifique moelle.

Vous nous direz, c’est pas sympa de tirer sur une ambulance comme ça. Démonter le programme économique de Le Pen, tout le monde le fait. Certes, mais il nous a paru intéressant de le faire avec notre grille de lecture à nous. Pour ce faire, revenons à notre comparaison de cinéphiles : la Marine Le Pen réalisatrice nous a donc concocté un film aberrant, incohérent, truffé d’erreurs de montage et de fautes de goûts. Mais si l’on met de côté tous ces partis-pris maladroits, que l’on épure le film pour se concentrer sur le seul synopsis, on se rend compte que celui-ci est d’une platitude et d’une absence d’originalité et d’ambitions incroyable…une histoire incroyablement banale en somme, avec toujours à la fin les travailleurs et les chômeurs qui perdent.

Partie 1 : la rigueur

Comme tout programme économique, celui de Le Pen comporte deux volets : un de politique budgétaire et un de politique monétaire, plus ou moins articulés l’un à l’autre, la politique budgétaire étant l’ensemble des mesures consistant à jouer sur les recettes et les dépenses publiques pour stimuler l’activité, et la politique monétaire l’action des autorités sur l’offre de monnaie. Aujourd’hui nous ne traiterons que de la politique budgétaire. La politique monétaire envisagée par le FN fera l’objet d’un article séparé.

Pour ce qui nous concerne aujourd’hui, force est d’avouer que Le Pen ne se démarque guère, hormis par ses grandes envolées lyriques, de ses concurrents.

Elle prétend ainsi lutter contre l’austérité imposée par l’Europe , mais affiche pour principale ambition de « réduire drastiquement les dépenses inutiles et néfastes pour le pays » afin de répondre à « l’obligation d’un déficit structurel égal à zéro ». En gros, Le Pen refuse de se faire imposer une politique d’austérité par l’Europe, mais entend tout de même mettre en place cette politique ; à ce compte là, c’est bien la peine de gueuler…

Cependant, contrairement à son papa, Marine Le Pen affirme défendre les services publics, et ne pas vouloir réduire les dépenses de l’Etat à leur détriment. Là encore, elle manie la langue de bois, puisqu’elle n’hésite pas à présenter la sauvegarde des services publics comme une question « de première importance » et à s’insurger contre les suppressions de postes dans la fonction publique, avant de montrer son vrai visage en affichant ses propositions concrètes, qui sont de « moderniser et rationaliser le fonctionnement des services publics marchands » via « un effort d’organisation et d’efficacité », et de « stabiliser » et « réduire » les effectifs de l’Etat et des collectivités territoriales. Marine Le Pen, ou l’art de dire tout et son contraire, et de reprendre à son compte les méthodes libérales appliquées depuis 30 ans, en se présentant comme la candidate du peuple. Balèze !

Bon, pour une fois, soyons sympas, considérons que ce double langage n’est que le fruit de notre mauvaise foi et que Marine Le Pen est sincère quand elle prétend ne pas faire d’économies sur le service public. Dans ce cas comment compte-t-elle s’y prendre ? Qu’est-ce qui constitue, pour elle, les « dépenses inutiles et néfastes » ? Eh bien principalement l’immigration, bien sûr, et la fraude.

Nous détaillerons dans un article ultérieur les inepties du Front National concernant l’immigration. Contentons nous ici de dire que les chiffres avancés par Le Pen, qui prétend économiser 40 milliards sur 5 ans en faisant la chasse aux immigrés semblent bien fantaisistes, dans la mesure où certaines études montrent que l’immigration légale constituerait en réalité une manne financière et non un coût pour l’Etat, et qu’il semble bien difficile de mesurer les coût liés à une immigration clandestine par nature impossible à estimer. En revanche, on sait qu’une politique consistant à traquer les étrangers nécessitera beaucoup d’argent…

Concernant la fraude, ce sont ici « les petits », ceux que Marine Le Pen prétend représenter, qui sont pointés du doigt. Le discours est le même que chez Sarkozy : le chômeur sera soumis à des contrôles plus importants et à une « obligation d’acceptation d’un emploi ». Encore une fois, le chômeur est présenté comme un faignant qui ne fait pas d’efforts. Autres responsables de la ruine du pays d’après Le Pen ? « Les fraudes à la sécurité sociale » ; sans doute les salauds d’ouvriers qui se font faire des arrêts maladies alors qu’ils pourraient aller bosser…

Ces ouvriers, Le Pen prétend penser à eux : elle va même augmenter tous les salaires jusqu’à 1,4 fois le SMIC de 200 euros. Seulement, cette augmentation, Le Pen veut la faire sans que l’entreprise n’augmente ses dépenses. Aussi, elle la fait payer par l’Etat, via la suppression des cotisations sociales salariales, normalement allouées à la Sécurité Sociale. Comment Le Pen entend-elle compenser ce manque-à-gagner d’argent utile à la collectivité ? En taxant les marchandises importées de 3%, c’est à dire en organisant la hausse des prix des produits importés, des matières premières, du gaz ou encore du pétrole. Or qui devra payer la différence ? Le travailleur dont le salaire vient d’augmenter de 200 euros, pardi ! Situation exemplaire où Marine Le Pen reprend d’une main ce qu’elle donne de l’autre.

Partie 2 : la rigueur aussi, mais pas pour les riches

Bien sûr, autoproclamée candidate d’un peuple qu’elle ne cesse de trainer dans la boue, Marine est bien obligée de taper également sur quelques gros, ne serait-ce que pour montrer que ce n’est pas le système économique qui est biaisé, mais que le problème vient seulement d’une poignée de patrons sans scrupules qui ne respecteraient pas les lois du capitalisme… Aussi, elle pointe également du doigt ceux qui s’enrichissent grâce aux niches fiscales, et se présente comme la candidate des PME face aux gros de la finance. Pourtant, au vu de la politique fiscale préconisée par son parti, il semblerait que les riches n’aient guère à craindre pour leurs fesses.

Ainsi, si l’impôt est présenté comme un instrument de solidarité national indispensable, il est aussitôt souligné qu’il « doit rester aussi faible que possible ».

Et si Le Pen entend rendre l’impôt sur le revenu plus progressif afin d’être plus juste et équitable, le manque d’ambition des propositions concrètes laisse pantois. Pour commencer, Le Pen évoque la « création de nouvelles tranches intermédiaires », mais sans préciser ni combien, ni à quel niveau de revenu elles correspondront, ni à quelle hauteur elles seront taxées. Pour un projet présidentiel, il y a du sérieux, mais passons. Concernant la tranche supérieure, Marine Le Pen veut élever le niveau de prélèvement à 46%…contre 41% aujourd’hui. Quand on sait que cette tranche concerne les personnes déclarant un revenu supérieur à 70 000 euros par an, on se dit que ça va, la mesure révolutionnaire de Marine Le Pen ne devrait pas trop les foutre dans la merde… Mais surtout, Marine va donc créer des tranches intermédiaires supplémentaires, mais aucune tranche supérieure, ce qui fait qu’aucun ménage ne sera imposé au dessus de ces 46%, que le revenu annuel des personnes soit de 70 000 de 150 000 ou de 300 000 euros par an. Encore une fois, Super-Menteuse prétend soutenir les classes moyennes, et va en réalité leur faire supporter l’essentiel de l’impôt sur les revenus, pendant que les super-riches pourront dormir tranquilles. Globalement, quand Marine Le Pen prétend qu’elle est de votre côté, méfiez-vous…

Du côté de la fiscalité des entreprises, on utilise les mêmes tours de passe-passe. Le FN prétend rendre progressif l’impôt sur les sociétés pour favoriser les PME, avec la mise en place de 3 taux d’imposition à 15%, 25% et 34%. Pour les grosses entreprises, la différence sera de taille, puisque leur taux d’imposition est aujourd’hui de 33,33%… Mais surtout, le taux d’imposition réduit à 15% existe déjà pour les PME ! Ce que Le Pen présente comme le rétablissement de la justice fiscal, c’est donc le maintien de ce qui existe aujourd’hui. Pour une candidate « antisystème », il faut avouer que c’est une conception intéressante… Pourtant, il existe une différence de taille entre l’impôt sur les sociétés (IS) d’aujourd’hui et celui de Marine Le Pen : c’est que l’IS de Marine est en réalité la fusion de l’IS actuel et d’un autre impôt, la Contribution économique Territoriale (CET), destinée aux collectivités locale. Les recettes engendrées connaitront « un partage pour 2/3 pour le budget de l’Etat et 1/3 pour le budget des Collectivités ». Au final, sous couvert de justice sociale, Marine Le Pen fait chuter d’un tiers les recettes perçues par l’Etat grâce à l’IS, et procède à une manœuvre qui revient à supprimer la CET pour les entreprises. Du pain béni pour les actionnaires…

Tout le reste est du même acabit. L’impôt sur la fortune et la taxe foncière sont supprimés pour donner naissance à un impôt unique…sur lequel aucune information n’est donnée. Il en est de même pour toutes les « taxes et impôts dont le rendement fiscal est inférieur à 50 millions d’euros par an ».

Bref, la justice fiscale du FN ne profite qu’aux riches. Le Front National fait tout un ensemble de promesses sociales (nous verrons cela dans un futur article sur la politique sociale du FN) qu’il sera incapable de tenir faute d’argent. Dans le même temps, nous voyons que le FN entend imposer l’austérité aux travailleurs et aux chômeurs, et continuer les cadeaux aux riches. Le projet budgétaire du FN est donc un projet de droite, libéral, somme toute assez classique. Il n’y a absolument rien d’antisystème, d’anticapitaliste ou même de social là dedans. Simplement, la réalité des propositions est noyée dans un discours pompeux et contradictoire. Et comme d’habitude, les classes populaires paieront les pots cassés.

A suivre : Marine Le Pen, la monnaie et le capitalisme des imbéciles, ou Le retour du programme économique du FN… (mais pas tout de suite)

L’école du Front National : mythologie et ultralibéralisme

23/10/2011

Dans les temps qui viennent, la Colonne de Fer publiera plusieurs articles visant à dénoncer l’imposture du Front National, un parti prétendument « antisystème », en réalité au service des puissants. Pas d’anathèmes antifascistes ici, juste une analyse rigoureuse du programme du FN.

Nous débuterons ce travail en abordant les question de l’éducation et de l’école.

Lorsque l’on veut regarder le programme du Front National sur son site internet et que l’on clique sur l’onglet « éducation et formation », on tombe sur un message nous prévenant que cette partie n’est pas encore accessible. On ne trouve qu’une vidéo de Marine Le Pen intitulée « Refonder l’école », dont le son ne fonctionne pas. Mais lorsque l’on approfondit les recherches, on trouve un discours-programme prononcé par Le Pen lors d’un colloque du club « Idées & Nation » le 29 septembre 2011 sur le thème « Comment redresser l’école de la République ? ». C’est sur ce discours là que nous nous baserons, en attendant la version définitive du site du FN, prévue pour très bientôt (qui sera peut-être lancée lorsque vous lirez cet article).

Dans ce discours, Le Pen part du constat que l’école va mal, et énumère et développe un ensemble de propositions, qui, on peut le supposer, seront mises en œuvre par le Front National si celui-ci arrivait au pouvoir. Elle ne parle pas ici, volontairement, de l’enseignement supérieur, question qui fera l’objet d’un article séparé.

La tolérance zéro, bien sûr…

Comme on peut s’en douter, le programme du FN en matière d’éducation fait la part belle à la question de la sécurité dans les écoles, avec pour mot d’ordre la tolérance zéro. L’école y est décrite comme un lieu effroyable, ou les professeurs sont « tapés, violentés, parfois même poignardés par un élève ou un parent d’élève ». Pour Le Pen, la résolution de ce problème passe par des peines alourdies, par la mise en place de détecteurs de métaux dans les établissements les plus dangereux, par l’instauration de rondes de police dans les établissements et par le fait de punir au portefeuille les parents d’enfants perturbateurs. Bref, rien de bien nouveau, dans la mesure où c’est dans ce sens là que vont toutes les annonces gouvernementales depuis plusieurs années. Comme avec Sarkozy, la seule réponse apportée est la répression. Rien n’est fait pour combattre les causes de l’insécurité, on préfère les annonces spectaculaires au travail de fond. Ca n’améliore rien, mais ça permet de donner l’illusion que l’on fait quelque chose : le FN, « parti antisystème », semble avoir bien intégré les bases de la politique-spectacle !

Mais limiter le programme du FN à son seul aspect sécuritaire serait une erreur. En fait, c’est même loin d’être ce qu’il y a de plus important. Le projet de Le Pen pour l’école concerne avant tout les questions pédagogiques. Ici, les choses sont claires : « l’école doit être une sorte de sanctuaire, mettant à l’abri des modes et des lubies l’exigence de transmission des savoirs, des connaissances et du goût de l’effort ».

Si Marine Le Pen vous le dit, c’est que ça doit être vrai…

Dans son discours, Le Pen s’en prend violemment aux « expériences pédagogistes ». Le professeur est au dessus des élèves en tout (« l’élève n’est pas l’égal du professeur »), ce qui implique le retour à tout un tas de règles montrant la soumission à son autorité : les élèves devront se lever quand l’enseignant entre en classe, le tutoiement de l’enseignant par l’élève sera formellement banni « dans tous les établissements scolaires » (c’est à dire y compris dans les écoles maternelles, à un âge où l’enfant ne maîtrise pas suffisamment la langue pour comprendre les subtilités du tutoiement et du vouvoiement…), etc… Globalement, c’est la discipline et la soumission à l’autorité qui sont au centre du projet pédagogique du FN. L’importance des punitions est réaffirmé, et Le Pen insiste sur le fait que « les rangs à l’école primaire devront être de vrais rangs, ordonnés, calmes ». Dans le monde d’aujourd’hui, on comprend la nécessité impérieuse de faire de ce point une priorité absolue…

Mais la remise en cause des méthodes d’éducation « imbibées de l’esprit de 68 » concerne principalement les programmes scolaires. Ainsi, l’école primaire devra se centrer sur « l’apprentissage des savoirs fondamentaux : français, calcul. Il faudra ainsi augmenter le nombre d’heures consacrées à ces matières, qui n’a eu de cesse de baisser depuis les années 1960. L’école qui se disperse dans des matières moins essentielles est une école de l’injustice sociale, parce que l’enfant de riches pourra toujours compenser par des cours particuliers hors de prix les lacunes essentielles de l’école, alors que l’enfant des milieux populaires, mais aussi de plus en plus de la classe moyenne, n’a que l’école, ne peut compter sur ce service public de la Nation. Ainsi, il n’est pas utile de remplir le cerveau de nos petits d’anglais ou d’autres langues étrangères dès la maternelle. […] On cessera les aventures pédagogistes : la méthode syllabique doit être obligatoire en CP, l’histoire doit être apprise de façon chronologique tout au long de la scolarité, évidemment. La géographie enseignée sur des cartes, et la carte de France bien connue : nos fleuves, nos montagnes, nos départements. Bien sûr mes chers amis, on remettra au cœur des programmes scolaires l’apprentissage de l’Histoire de France ! Parce qu’il est fou de ne plus apprendre les grands noms de notre Histoire, de notre glorieuse Histoire, à nos enfants ! Clovis, Henri IV, Louis XIV, Napoléon doivent être enseignés ! ». Concernant l’apprentissage de la langue française, « il faudra fixer une bonne fois pour toutes les termes et les mots employés, et veiller à ne pas sans cesse complexifier les choses pour le plaisir de les complexifier. »

Ainsi, sous couvert de bon sens, Marine Le Pen nous montre un aspect intéressant de son programme, à savoir que les contenus et les méthodes d’enseignements ne seront plus fixés par les pédagogues ou les enseignants, mais par…elle même ! La manière d’apprendre le français en CP ne lui convient pas ? On la change ! L’Histoire de France telle qu’enseignée aux enfants n’est pas celle qui lui convient ? Faisons table rase de tout ça pour limiter l’Histoire à une succession de grandes dates et de grands hommes, conception par ailleurs totalement imbécile et sensationnaliste. Quant au français, il s’agit d’une langue vivante, en perpétuelle évolution, en lien avec la société ; il est dommage que celle qui prétend défendre les français ait décidé de faire de leur langue une langue morte !

Une mythologie au service du Capital

Concrètement, en insistant sur les valeurs de discipline et de travail, en mettant en avant le bon sens et des enseignements figés dans un monde qui perd la tête, Marine Le Pen parle à l’imaginaire collectif en faisant miroiter le retour à un « âge d’or » : l’école de la Troisième République. Elle ne dit pas autre chose lorsqu’elle affirme que les enseignants « devront être, les hussards noirs de notre République française du XXIème siècle ». Le Pen utilise ainsi l’image d’Epinal de l’école de Jules Ferry : cette école de l’ascension sociale, avec ses élèves en file indienne dans la cour, ses instituteurs respectés et ses bonnets d’âne. Hélas, on ne forge pas un projet pédagogique sur des chimères ! Car cette école de l’âge d’or ne relève de rien d’autre que de la mythologie. L’école de Jules Ferry n’a jamais servi à supprimer les différences sociales : si l’école primaire obligatoire servait à acquérir des savoirs de base et à souder les citoyens autour de la République (les préparant notamment idéologiquement à aller servir les intérêts des puissants dans les abattoirs de 14-18), l’enseignement secondaire était réservé aux enfants de la bourgeoisie, et seule un poignée d’élèves des classes populaires accédaient à un enseignement supérieur leur permettant d’accéder à des concours administratifs…et de perpétuer le mythe républicain !

D’ailleurs, Marine Le Pen ne s’y trompe pas : une autre de ses ambitions est de mettre fin au collège unique et de mettre en place des sections techniques et manuelles au collège, afin d’éviter que les élèves en difficulté ne « végètent dans des filières qui ne sont pas faites pour eux ». Ce faisant, le Front National opérerait dès l’entrée au collège une sélection entre les élèves qui auraient accès à un enseignement secondaire ouvrant la voie à des études supérieures, et des élèves ne maîtrisant que les savoirs fondamentaux (calcul, écriture) allant engorger des filières servant à produire des travailleurs soumis et dociles. Bien sûr, ceux-ci seraient ultra-majoritairement les enfants des classes populaires, seule une poignée d’entre eux pouvant avoir accès à des aides (scolaires et sociales) au mérite. Ainsi, la reproduction sociale s’aggraverait encore, pour le plus grand bonheur des actionnaires en recherche de main d’œuvre bon marché… Le patronat en a rêvé, Le Pen le fera !

Ici, nous voyons la réalité du projet du FN : Le Pen nous prend pour des cons en nous vendant des mythes, mais son rêve d’âge d’or n’est qu’un cauchemar pour tous les enfants des classes populaires prêts à lui accorder leur confiance !

L’école, une entreprise comme une autre

Le projet du FN, c’est donc le capitalisme le plus sauvage, derrière le masque de la bonhomie républicaine…Masque qui d’ailleurs vole en éclat lorsque l’on regarde les autres propositions de Le Pen : ainsi, si elle entend stopper les suppressions de postes d’enseignants, elle n’entend pas rétablir ceux supprimés par Sarkozy (invoquant des logiques comptables), et avoue vouloir faire des économies en supprimant des postes non-enseignants (comme si l’éducation nationale n’avait pas besoin de personnels administratifs, d’assistants d’éducation, etc…). Elle entend également « imposer aux professeurs un temps de présence supplémentaire au sein de leur établissement » (c’est bien connu, les enseignants sont des faignants qui ne travaillent pas assez) et  » lutter contre la politisation de l’Éducation nationale, en interdisant les manifestations politiques d’enseignants organisées pendant les heures de cours » (toutes les questions liées au statut, à l’emploi ou aux conditions de travail étant des questions politiques, cela revient à interdire toute expression publique de mécontentement aux enseignants ; Le Pen ne dit pas ce qu’il advient du droit de grève, mais on peut craindre le pire…) [note : ces deux propositions ne sont pas évoquées dans le discours de Le Pen, mais dans le programme du FN concernant la jeunesse].

Enfin, le meilleur pour la fin : Marine Le Pen veut « revoir le statut de l’école, créer un nouveau type d’établissement public, doté de la personnalité juridique et d’une autonomie administrative et financière. On en parle depuis longtemps, mais rien ne bouge. Je le ferai. Soumis à l’autorité des acteurs institutionnels (Etat et collectivités territoriales), le directeur d’école souffre en outre d’un manque cruel de légitimité pour assurer les responsabilités qui sont les siennes. […] Il doit avoir ce rôle de véritable «manager » chargé d’impulser le projet pédagogique de l’école en dialogue permanent avec l’ensemble des acteurs de la communauté éducative ». Effectivement, on en parle depuis longtemps…dans les milieux ultralibéraux. Cette mesure a été mise en place il y a 3 ans par Sarkozy au niveau des Universités, convertissant celles-ci aux lois de l’entreprise et transformant leurs présidents en managers cherchant à rendre leurs établissements attractifs pour continuer à toucher autant d’argent. Elle a provoqué un tollé auprès des enseignants et des étudiants, entrainant plusieurs mois de grève et de contestation à travers la France, si bien que les gouvernements les plus soumis au libéralisme n’osent pas la mettre en place au niveau des établissements scolaires. Donner à chaque école l’autonomie administrative et financière revient à casser tout cadrage national des programmes, à mettre toutes les écoles en concurrence directe, et à faire rentrer les logiques patronales au sein de l’école. Cela signifierait également la fin de l’école gratuite, chaque établissement devant trouver des moyens de s’autofinancer. Ce serait une catastrophe pour toutes les classes moyennes et populaires, en totale contradiction avec tous les principes de l’école républicaine. Moins grave mais plus étonnant, ce serait en contradiction totale avec toutes les autres propositions de Marine Le Pen : si chaque directeur d’école s’occupe de fixer les règles de son établissement, les enseignements, les programmes, tout ce qu’a dit Le Pen sur les règles, enseignements et programmes comme ciments de l’école républicaine avant est sans effet.

Dans un même discours, Le Pen trouve moyen de dire tout et son contraire, de promettre des choses absolument contradictoires, de nous vendre du rêve pour mieux nous saigner…

Comme la politicarde magouilleuse vendue aux exploiteurs qu’elle est !

Front National, marketing et ravalement de façade

15/09/2011

Dans le sillage de son dernier congrès tenu à Tours en janvier dernier, la campagne présidentielle a démarré le week end dernier pour le Front National autour d’un discours quelque peu différent de celui que l’on pouvait encore entendre il y a quelques années. Le premier parti d’extrême droite français, en quête de respectabilité et à la recherche de la confiance populaire, tente de faire passer un message de prime abord plus construit, plus sérieux, et aux arguments plus affinés. Le propos ne change pas, le manque de construction politique cohérente de l’argumentaire général non plus, mais le FN parvient tout de même à marquer les esprits par sa pseudo “nouvelle image dynamique et jeune”, véritable attrape-nigauds politico-marketting.

Les changements politiques que l’on peut observer au Front National ne sont pas anodins. Ils s’inscrivent dans une logique de transformations majeures qui touche l’ensemble de l’extrême droite européenne, sur le modèle de ce qui se passe déjà depuis quelques années en Scandinavie, aux Pays-Bas ou en Autriche. Ces partis quittent ainsi leurs vieilles images patriotes, cléricales, anticommunistes et putschistes, directement héritées de la tradition fasciste, pour s’orienter vers un discours moderne, dynamique, social et une stratégie plus institutionnelle. Le fond xénophobe et réactionnaire ne change pas, mais la forme évolue vers un faux semblant de politiquement correct. En France, cette évolution permet de ranger au grenier les bérets verts, les provocations douteuses et l’amour mêlé de la bagarre, du saucisson et des chansons paillardes de papa Le Pen, pour s’orienter vers une Marine plus jeune, plus tactique, plus marketing.

Dans le même temps, le FN se fait populiste pour attirer à lui les déçus de la gauche, et a troqué le discours ultralibéral du père contre un rhétorique plus sociale qui entend défendre les « petits » contre les abus de la finance. Ce changement de ton donne la mesure de l’opportunisme d’un parti prompte à suivre le sens du vent : hier pour un impôt minimum et la privatisation des services publics, aujourd’hui champion du protectionnisme et de l’Etat social. Un repositionnement qui n’engage pas à grand chose, la situation actuelle n’étant pas liée à de simples « abus » mais découlant de mécanismes structurels au système économique actuel, ne pouvant donc être améliorée par de simples ajustements. Sous couvert de social, le FN ne fait que distiller un discours démagogique, qui peut cependant attirer à lui des populations fragilisées en l’absence d’alternatives réelles. Sous couvert de lutte contre les abus du capitalisme, le FN n’entend au final que le sauver en le « relocalisant » : comme si l’exploitation était plus tolérable orchestrée par des exploiteurs français que par des exploiteurs étrangers …

Ces mutations ne doivent pas être considérées par les adversaires du fascisme comme de simples gadgets ou, encore moins, comme un adoucissement, mais comme une menace importante. Les résultats électoraux impressionnants des nouveaux partis d’extrême droite nord européens et du Front National doivent nous en faire prendre conscience. Réfléchissez donc avant de baisser votre garde: le FN reste une organisation xénophobe, sexiste, homophobe, autoritaire. Le FN, dans sa forme d’hier comme dans celle d’aujourd’hui, reste un outil de division des travailleurs, au service de l’ordre général établi, et de son système économique: le capitalisme.

Dans les jours et les semaines qui viennent, nous décortiquerons point par point le programme du Front National, afin de mieux le connaître et de mieux le combattre…

A suivre…