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Programme économique du FN : beaucoup de bruit pour rien

26/02/2012

Pour continuer à mettre en lumière les impostures du Front National, la Colonne de Fer a voulu se pencher sur les détails du programme économique du parti d’extrême droite. Nous savions que Marine Le Pen souhaitait rompre, au moins en apparence, avec l’ultra-libéralisme du père (à l’époque de Jean-Marie, le parti prônait notamment la suppression de la retraite par répartition et de l’impôt sur le revenu), mais encore nous restait-il à savoir comment.

Nous avons donc pris nos ordinateurs, ressortis nos vieux manuels d’économie de Terminale ES, et nous sommes rendus sur le site du Front National, direction programme…et là, nous sommes tombés sur une difficulté que nous n’avions pas prévu.

Pour expliquer notre problème, permettons-nous une analogie entre le travail que nous avions entrepris et celui d’un critique de cinéma. Quand le critique tombe sur une grosse bouse sans imagination, comme le cinéma américain ou Luc Besson en produisent tous les mois, son travail est vite fait. Mais imaginez maintenant de devoir faire la critique d’un vrai nanard de chez nanard, genre un film turc qui reprendrait des passages entiers d’autres films, dont les personnages changeraient de nom et de visage au cours du film, où de nombreuses répliques n’auraient pas le moindre sens, où le preneur de son apparaitrait dans le coin de l’écran une bonne dizaine de fois, et où des acteurs surjouant à mort évolueraient dans un mélange de Star Wars, Autant en Emporte le Vent et Les bronzés font du ski, tout en passant la moitié du film à lire du Spinoza en mangeant des yaourts. Vous ne sauriez pas quoi dire tellement vous seriez sidérés, et ce serait carrément normal.

Eh bien, bosser sur le programme économique de Marine Le Pen, c’est un peu la même chose : l’esprit humain n’y est pas préparé. Heureusement, les capacités de la Colonne de Fer sont surhumaines, et c’est munis de nos combinaisons en téflon anti-portnawak que nous avons bravé les multiples inepties et contradictions de celle que l’on appelle déjà « la Ed Wood de la politique » afin d’extraire de son « programme » toute sa substantifique moelle.

Vous nous direz, c’est pas sympa de tirer sur une ambulance comme ça. Démonter le programme économique de Le Pen, tout le monde le fait. Certes, mais il nous a paru intéressant de le faire avec notre grille de lecture à nous. Pour ce faire, revenons à notre comparaison de cinéphiles : la Marine Le Pen réalisatrice nous a donc concocté un film aberrant, incohérent, truffé d’erreurs de montage et de fautes de goûts. Mais si l’on met de côté tous ces partis-pris maladroits, que l’on épure le film pour se concentrer sur le seul synopsis, on se rend compte que celui-ci est d’une platitude et d’une absence d’originalité et d’ambitions incroyable…une histoire incroyablement banale en somme, avec toujours à la fin les travailleurs et les chômeurs qui perdent.

Partie 1 : la rigueur

Comme tout programme économique, celui de Le Pen comporte deux volets : un de politique budgétaire et un de politique monétaire, plus ou moins articulés l’un à l’autre, la politique budgétaire étant l’ensemble des mesures consistant à jouer sur les recettes et les dépenses publiques pour stimuler l’activité, et la politique monétaire l’action des autorités sur l’offre de monnaie. Aujourd’hui nous ne traiterons que de la politique budgétaire. La politique monétaire envisagée par le FN fera l’objet d’un article séparé.

Pour ce qui nous concerne aujourd’hui, force est d’avouer que Le Pen ne se démarque guère, hormis par ses grandes envolées lyriques, de ses concurrents.

Elle prétend ainsi lutter contre l’austérité imposée par l’Europe , mais affiche pour principale ambition de « réduire drastiquement les dépenses inutiles et néfastes pour le pays » afin de répondre à « l’obligation d’un déficit structurel égal à zéro ». En gros, Le Pen refuse de se faire imposer une politique d’austérité par l’Europe, mais entend tout de même mettre en place cette politique ; à ce compte là, c’est bien la peine de gueuler…

Cependant, contrairement à son papa, Marine Le Pen affirme défendre les services publics, et ne pas vouloir réduire les dépenses de l’Etat à leur détriment. Là encore, elle manie la langue de bois, puisqu’elle n’hésite pas à présenter la sauvegarde des services publics comme une question « de première importance » et à s’insurger contre les suppressions de postes dans la fonction publique, avant de montrer son vrai visage en affichant ses propositions concrètes, qui sont de « moderniser et rationaliser le fonctionnement des services publics marchands » via « un effort d’organisation et d’efficacité », et de « stabiliser » et « réduire » les effectifs de l’Etat et des collectivités territoriales. Marine Le Pen, ou l’art de dire tout et son contraire, et de reprendre à son compte les méthodes libérales appliquées depuis 30 ans, en se présentant comme la candidate du peuple. Balèze !

Bon, pour une fois, soyons sympas, considérons que ce double langage n’est que le fruit de notre mauvaise foi et que Marine Le Pen est sincère quand elle prétend ne pas faire d’économies sur le service public. Dans ce cas comment compte-t-elle s’y prendre ? Qu’est-ce qui constitue, pour elle, les « dépenses inutiles et néfastes » ? Eh bien principalement l’immigration, bien sûr, et la fraude.

Nous détaillerons dans un article ultérieur les inepties du Front National concernant l’immigration. Contentons nous ici de dire que les chiffres avancés par Le Pen, qui prétend économiser 40 milliards sur 5 ans en faisant la chasse aux immigrés semblent bien fantaisistes, dans la mesure où certaines études montrent que l’immigration légale constituerait en réalité une manne financière et non un coût pour l’Etat, et qu’il semble bien difficile de mesurer les coût liés à une immigration clandestine par nature impossible à estimer. En revanche, on sait qu’une politique consistant à traquer les étrangers nécessitera beaucoup d’argent…

Concernant la fraude, ce sont ici « les petits », ceux que Marine Le Pen prétend représenter, qui sont pointés du doigt. Le discours est le même que chez Sarkozy : le chômeur sera soumis à des contrôles plus importants et à une « obligation d’acceptation d’un emploi ». Encore une fois, le chômeur est présenté comme un faignant qui ne fait pas d’efforts. Autres responsables de la ruine du pays d’après Le Pen ? « Les fraudes à la sécurité sociale » ; sans doute les salauds d’ouvriers qui se font faire des arrêts maladies alors qu’ils pourraient aller bosser…

Ces ouvriers, Le Pen prétend penser à eux : elle va même augmenter tous les salaires jusqu’à 1,4 fois le SMIC de 200 euros. Seulement, cette augmentation, Le Pen veut la faire sans que l’entreprise n’augmente ses dépenses. Aussi, elle la fait payer par l’Etat, via la suppression des cotisations sociales salariales, normalement allouées à la Sécurité Sociale. Comment Le Pen entend-elle compenser ce manque-à-gagner d’argent utile à la collectivité ? En taxant les marchandises importées de 3%, c’est à dire en organisant la hausse des prix des produits importés, des matières premières, du gaz ou encore du pétrole. Or qui devra payer la différence ? Le travailleur dont le salaire vient d’augmenter de 200 euros, pardi ! Situation exemplaire où Marine Le Pen reprend d’une main ce qu’elle donne de l’autre.

Partie 2 : la rigueur aussi, mais pas pour les riches

Bien sûr, autoproclamée candidate d’un peuple qu’elle ne cesse de trainer dans la boue, Marine est bien obligée de taper également sur quelques gros, ne serait-ce que pour montrer que ce n’est pas le système économique qui est biaisé, mais que le problème vient seulement d’une poignée de patrons sans scrupules qui ne respecteraient pas les lois du capitalisme… Aussi, elle pointe également du doigt ceux qui s’enrichissent grâce aux niches fiscales, et se présente comme la candidate des PME face aux gros de la finance. Pourtant, au vu de la politique fiscale préconisée par son parti, il semblerait que les riches n’aient guère à craindre pour leurs fesses.

Ainsi, si l’impôt est présenté comme un instrument de solidarité national indispensable, il est aussitôt souligné qu’il « doit rester aussi faible que possible ».

Et si Le Pen entend rendre l’impôt sur le revenu plus progressif afin d’être plus juste et équitable, le manque d’ambition des propositions concrètes laisse pantois. Pour commencer, Le Pen évoque la « création de nouvelles tranches intermédiaires », mais sans préciser ni combien, ni à quel niveau de revenu elles correspondront, ni à quelle hauteur elles seront taxées. Pour un projet présidentiel, il y a du sérieux, mais passons. Concernant la tranche supérieure, Marine Le Pen veut élever le niveau de prélèvement à 46%…contre 41% aujourd’hui. Quand on sait que cette tranche concerne les personnes déclarant un revenu supérieur à 70 000 euros par an, on se dit que ça va, la mesure révolutionnaire de Marine Le Pen ne devrait pas trop les foutre dans la merde… Mais surtout, Marine va donc créer des tranches intermédiaires supplémentaires, mais aucune tranche supérieure, ce qui fait qu’aucun ménage ne sera imposé au dessus de ces 46%, que le revenu annuel des personnes soit de 70 000 de 150 000 ou de 300 000 euros par an. Encore une fois, Super-Menteuse prétend soutenir les classes moyennes, et va en réalité leur faire supporter l’essentiel de l’impôt sur les revenus, pendant que les super-riches pourront dormir tranquilles. Globalement, quand Marine Le Pen prétend qu’elle est de votre côté, méfiez-vous…

Du côté de la fiscalité des entreprises, on utilise les mêmes tours de passe-passe. Le FN prétend rendre progressif l’impôt sur les sociétés pour favoriser les PME, avec la mise en place de 3 taux d’imposition à 15%, 25% et 34%. Pour les grosses entreprises, la différence sera de taille, puisque leur taux d’imposition est aujourd’hui de 33,33%… Mais surtout, le taux d’imposition réduit à 15% existe déjà pour les PME ! Ce que Le Pen présente comme le rétablissement de la justice fiscal, c’est donc le maintien de ce qui existe aujourd’hui. Pour une candidate « antisystème », il faut avouer que c’est une conception intéressante… Pourtant, il existe une différence de taille entre l’impôt sur les sociétés (IS) d’aujourd’hui et celui de Marine Le Pen : c’est que l’IS de Marine est en réalité la fusion de l’IS actuel et d’un autre impôt, la Contribution économique Territoriale (CET), destinée aux collectivités locale. Les recettes engendrées connaitront « un partage pour 2/3 pour le budget de l’Etat et 1/3 pour le budget des Collectivités ». Au final, sous couvert de justice sociale, Marine Le Pen fait chuter d’un tiers les recettes perçues par l’Etat grâce à l’IS, et procède à une manœuvre qui revient à supprimer la CET pour les entreprises. Du pain béni pour les actionnaires…

Tout le reste est du même acabit. L’impôt sur la fortune et la taxe foncière sont supprimés pour donner naissance à un impôt unique…sur lequel aucune information n’est donnée. Il en est de même pour toutes les « taxes et impôts dont le rendement fiscal est inférieur à 50 millions d’euros par an ».

Bref, la justice fiscale du FN ne profite qu’aux riches. Le Front National fait tout un ensemble de promesses sociales (nous verrons cela dans un futur article sur la politique sociale du FN) qu’il sera incapable de tenir faute d’argent. Dans le même temps, nous voyons que le FN entend imposer l’austérité aux travailleurs et aux chômeurs, et continuer les cadeaux aux riches. Le projet budgétaire du FN est donc un projet de droite, libéral, somme toute assez classique. Il n’y a absolument rien d’antisystème, d’anticapitaliste ou même de social là dedans. Simplement, la réalité des propositions est noyée dans un discours pompeux et contradictoire. Et comme d’habitude, les classes populaires paieront les pots cassés.

A suivre : Marine Le Pen, la monnaie et le capitalisme des imbéciles, ou Le retour du programme économique du FN… (mais pas tout de suite)

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Et le pire, c’est qu’il s’en vante…

17/02/2012

En pleine campagne électorale, Hollande craque complétement et révèle la vraie nature du PS dans la presse britannique, en espérant qu’on ne s’en rendrait pas compte. Bref, comme disait Audiard, les cons ça ose tout…

 

Passe de l’indignation à la révolution !

13/02/2012

Depuis des années, la crise sert de prétexte pour que notre avenir se résume à survivre en enchaînant les boulots sans intérêt.

Pendant que le contrôle de nos vies nous échappe, les actionnaires continuent de s’engraisser, et les politiques nous font oublier qui sont les vrais responsables de la situation en pointant du doigt les immigrés, en entretenant la peur et la haine.

Prisonnier de ses contradictions, le  capitalisme nous entraîne dans sa chute. Pour couronner le tout, on nous explique qu’il n’y a pas d’alternatives, qu’il faut se résigner, accepter les choses telles qu’elles sont. Mais c’est faux !

Quand le système entier est malade, s’indigner ne suffit plus : la seule issue est la rupture !

Rompre avec la logique de mort du capitalisme, construire une société plus juste, c’est possible et nécessaire. Ceux qui prétendent le contraire sont des cyniques ou des blasés ! Mais pour ça, il faut s’engager, être solidaires les uns des autres, argumenter, démontrer, expérimenter et convaincre !

Tu en as marre de laisser les autres décider a ta place ?
Tu veux te battre pour tes droits, pour ta dignité et pour ton avenir ?

Alors, rejoins-nous !

 

Le tract en pdf. (téléchargez la police d’écriture Dirty Headline pour un rendu optimal du tract)

Le Choix dans la Dette…

25/01/2012

S’il est un sujet de campagne présidentielle sur lequel les gros candidats ont tendance actuellement à s’écharper, c’est celui de la dette publique. Cette question a pris de l’ampleur avec la dégradation de la note de la France par l’agence de notation Standard and Poor’s.

Comme tout est fait dans les médias pour que 95% de la population ne pane rien aux questions économiques, et que nous-mêmes ne sommes pas sûrs d’avoir tout bien saisi, nous allons tenter de comprendre ensemble ce qu’est une dette publique et comment elle se crée, ce qui permettra de poser la question des responsabilités de chacun et donc de la légitimité des politiciens à vouloir à tout prix nous faire payer les conséquences de cette dette.

Pour commencer, qu’est ce qu’une dette publique ?

La dette publique, c’est l’ensemble des engagements financiers pris sous formes d’emprunts par l’État, les collectivités publiques et les organismes qui en dépendent directement.

Pour faire simple, lorsque vous empruntez de l’argent à votre banque (si elle veut bien vous en prêter), vous contractez en contrepartie de cet argent une dette que vous devrez rembourser dans des conditions clairement définies (délai, intérêt…).

Eh bien, l’État, il fait pareil : lorsque, sur une année, les recettes engrangées ne sont pas suffisantes pour subvenir aux dépenses prévues (on parle alors de déficit public), l’État va emprunter de l’argent auprès de divers organismes (banques commerciales, fonds de pensions, compagnies d’assurance français ou étrangers), qu’il s’engagera à rembourser à plus ou moins long terme (de 1 mois à 50 ans), avec des taux d’intérêts variables.

Ces taux d’intérêts sont fonction du risque encouru par le créancier, lui même estimé par les fameuses « agences de notation » (ainsi, fin 2011, soit avant la dégradation de sa note le taux pour un emprunt sur dix ans contracté par la France tournait autour de 3,5%, contre environ 2% pour l’Allemagne et…28,5% pour la Grèce).

Bien sûr, à chaque fois qu’un déficit public est compensé par l’emprunt, la dette du pays va se creuser.

La dette publique française est donc la somme des emprunts cumulés de l’État, ainsi que des intérêts que celui-ci doit verser à ses créanciers.

Elle tourne aujourd’hui autour de 1700 milliards d’euros, soit 86,6% du PIB (richesse totale produite sur le territoire) de l’année 2011.

Elle résulte d’un déficit continu depuis 1981, et de déficits plus anciens (liés à la crise économique de 1973 notamment).

Il importe également de noter que jusqu’en 1973, l’État pouvait emprunter directement auprès de la Banque Centrale. C’est depuis l’interdiction de cette pratique par Giscard que l’État est obligé de passer par les marchés privés.

Ces explications nécessaires ayant été effectuées, nous allons maintenant voir d’où vient précisément cette dette, ce qui permettra de poser la question des responsabilités de chacun, et de voir s’il est légitime de nous en faire les conséquences.

D’où vient la dette ?

Si l’on écoute les représentants de la « classe politique », et notamment les 4 gros candidats à la présidentielle (ceux que Mélenchon a astucieusement baptisé les « Daltons de l’austérité »), le discours est le même : la France est avant tout victime d’une mauvaise gestion de l’État, basée sur des dépenses trop importantes. Les français vivraient au dessus de leurs moyens et seraient en cela responsables de ce qui leur arrive.

Dès lors, Nicolas, François, François et Marine s’imaginent tous en champions de l’équilibre budgétaire et de la chasse aux « mauvaises dépenses » : quatre couplets pour un même refrain, celui de la rigueur et de la culpabilisation de la population. Pourtant, il s’agit là d’une lecture particulière, très orientée idéologiquement, de la situation.

Ce qui est indéniable, lorsque l’on regarde les statistiques (graphique ci-dessous), c’est l’apparition d’un déficit budgétaire en 1981. Cette année là, le gouvernement décide de relancer la croissance par des mesures de soutien à la consommation (hausse du SMIC, des aides sociales…) : les dépenses de l’État augmentent logiquement. Cependant, les recettes ne vont pas suivre la même augmentation, et c’est de cet écart que va naître le déficit public.

Dès lors, tandis que les dépenses de l’État varieront en fonction des années, ses recettes ne connaitront qu’une faible augmentation plus ou moins continue jusqu’en 1997, sans jamais lui permettre d’atteindre l’équilibre budgétaire. Pire, depuis cette année-là, elles stagnent autour de 50% du PIB, tandis que les dépenses continuent de grimper jusqu’à dépasser les 56% du PIB depuis 2009, d’où la forte augmentation de la dette ces dernières années.

On comprend bien alors que le problème peut être vu de 2 manières différentes : on peut, à l’instar des « Daltons », considérer que les français dépensent trop d’argent en matière de santé, de services publics, et envisager les solutions sous l’angle de la saignée et de la rigueur pour les classes populaires et moyennes.

Mais on peut aussi retourner la question, s’interroger sur les raisons pour lesquelles les recettes de l’État ne sont pas à la hauteur des dépenses, et regretter la baisse continue depuis les années 80 de la fiscalité des ménages les plus riches et des entreprises. Et, pourquoi pas, aller jusqu’à s’indigner (puisque c’est à la mode), de tous les cadeaux fiscaux ne bénéficiant qu’aux riches et au patronat :

– la baisse de l’impôt sur le revenu, pour lequel le taux d’imposition de la tranche la plus élevée est passé en 25 ans de 65 % à un taux actuel de 41 %.
– la multiplication des niches fiscales, avec un manque à gagner pour l’État de 75 milliards d’euros en 2010.
– le bouclier fiscal depuis 2009.
– l’impôt sur les bénéfices des entreprises qui est passé de 45 % en 1986 à 33,3 % aujourd’hui; avec des mesures dérogatoires qui font qu’il est en réalité de 13% pour les entreprises qui emploient plus de 2000 salariés et de 8 % pour celles du CAC 40, facilitant ainsi l’engraissement des actionnaires.
– les baisses de cotisations sociales des entreprises, venant creuser le trou de la sécu.

-etc…

On peut donc considérer la dette comme la conséquence d’une politique fiscale visant à toujours favoriser les plus riches, lesquels sont gagnants sur tous les tableaux.

Force est d’avouer que le système est bien foutu : dans un premier temps, les capitalistes payent moins d’impôts et s’enrichissent donc. Ce faisant, ils creusent le déficit de l’État, lequel, ne pouvant plus s’endetter auprès de la Banque Centrale, va emprunter aux capitalistes l’argent qu’il leur a fait gagner…ce qui permet à ceux-ci de s’enrichir une deuxième fois sur le dos de la collectivité, grâce aux intérêts perçus. Enfin, dans un troisième temps, le remboursement de la dette et de ses intérêts aux capitalistes va servir de prétexte à des politiques de rigueurs et de casse sociale.

Les pauvres payent donc la crise des riches, et le mécanisme de la dette permet un transfert incessant de richesse vers les plus riches : on n’est pas loin du hold-up du siècle !

Nous considérons donc que la dette n’est pas liée à des dépenses collectives trop importantes, mais bien à une politique orientée en faveur des capitalistes. Tous les gouvernements qui se sont succédés jusqu’à aujourd’hui ont appuyé ce choix politique. Hollande et Sarkozy continueront sur cette voie. Bayrou fera de même. Et si Le Pen prétend rompre avec cette politique, c’est par pure démagogie : son programme économique n’a aucune cohérence, et au-delà des mots s’affiche clairement dans les mesures préconisées la volonté de continuer à faire payer la dette aux classes populaires (une analyse du programme économique du FN sera prochainement disponible sur notre blog).

Alors, pourquoi sont-ils si méchants ?

Bien sûr, on peut s’interroger sur la raison de tout ça.

Expliquer la dette en disant que les banquiers, capitalistes et hommes politiques sont des connards, est-ce satisfaisant ? Nous pensons que non.

L’accroissement constant de la dette publique est le résultat d’une recherche de croissance économique par tous les moyens, afin que les profits, qui sont le seul moteur de l’économie capitaliste, ne tombent pas. Faute d’une croissance économique suffisante aux besoins du système, celui-ci se construit aujourd’hui sur un endettement massif des États, des entreprises et des ménages. Cette logique d’endettement permet au capital de continuer à dégager des profits à court terme. Cependant, elle conduit, à plus long terme, à une impasse :

-une impasse économique, puisqu’à terme les États sont confrontés à des situations de faillites, et les banques à des défauts de paiement, alimentant le risque d’une récession économique globale et d’une crise systémique.

-une impasse sociale, pour les peuples confrontés aux politiques d’austérité et aux conséquences de la crise du capitalisme, insoutenables à terme.

La dette n’est pas, comme l’affirment nos dirigeants, la conséquence de nombreuses années passées à « vivre au dessus de nos moyens ». Elle est la conséquence de l’échec des politiques visant à soutenir artificiellement un système capitaliste à bout de souffle, condamné par sa folle logique de croissance absolue.

Le problème de la dette ne se résoudra pas par davantage d’austérité, mais en cherchant une issue collective au système capitaliste.

Beaucoup plus concrètement, nous estimons qu’il est aujourd’hui nécessaire de combattre les discours dominants concernant la question de la dette, d’argumenter, de démasquer les mensonges officiels, de convaincre les classes populaires que cette dette est illégitime.

Nous changerons les choses en relevant la tête, en se serrant les coudes et en luttant ensemble pour nos droits et notre dignité ; pas en votant pour ceux et celles qui, derrière de belles promesses, veulent nous enfoncer un peu plus la tête sous l’eau.

C’est dans cette optique que la Colonne de Fer est partie prenante, aux côtés de plusieurs associations, syndicats et organisations politiques, du collectif contre la dette en train de se constituer à Tours.

Cette dette n’est pas la notre.

Ce n’est pas à nous de la payer.

L’imposture du « patriotisme économique »

22/12/2011

C’est apparemment avec les plus vieilles formules que l’on entube le mieux les électeurs. Ces derniers temps, il semble qu’un « nouveau » thème s’impose dans le débat électoral, celui de la relocalisation et du made in France. En effet, il ne se passe plus une semaine sans qu’un de nos estimés politicards y aille de son petit mot sur la question, quelle que soit par ailleurs la place qu’il occupe sur l’échiquier politique. Il y a 10 jours, ce n’est rien de moins que Nicolas Sarkozy, monsieur Casse-sociale himself, qui est allé se faire mousser sur ce thème là lors d’une visite des usines de skis Rossignol, emboitant le pas à…tous les autres.

En même temps, à priori, le fait de produire en France et de créer des emplois, on peut pas tellement être contre. Sauf que, si l’on regarde de plus près, ce discours en apparence évident n’est rien de moins que grotesque, qu’il soit entonné par opportunisme (Sarkozy), par nationalisme obtus (Dupont-Aignant), par bêtise (Bayrou), par démagogie (Hollande), par paresse intellectuelle (Mélenchon) ou pour toutes ces raisons à la fois (Le Pen).

Le profit, seul objectif de l’entreprise capitaliste

Car une fois que l’on a admis qu’effectivement, ce serait chouette de créer des emplois chez nous, comment fait on pour convaincre l’entreprise machin-chose de s’installer à Bar-le-Duc plutôt qu’à Shangaï ?

Pour cela, rappelons vite fait comment fonctionne l’entreprise capitaliste : elle se finance en émettant des titres de propriété, des actions, qui vont être achetés en échange de la promesse de revenus. Ce qui va intéresser l’actionnaire, qui a pris un risque en investissant, ça va être précisément ces revenus du capital, les dividendes qu’il va pouvoir toucher. Pour lui verser ses dividendes, l’entreprise va être obligée d’être compétitive. Si, par une politique de réduction des coûts et de maximisation des bénéfices, une de ses concurrentes est capable de verser des dividendes plus importants aux actionnaires, ceux-ci vont chercher à revendre leurs parts de l’entreprise pour acheter celles de l’entreprise qui leur reversera plus. La première entreprise va donc voir sa valeur s’effondrer, ne pourra plus investir, fera faillite ou sera rachetée ou démantelée. Pour éviter ça, l’entreprise va chercher elle aussi à réduire ses coûts en rognant sur les conditions de travail, augmenter les dividendes versées en prenant sur les salaires, augmenter ses bénéfices en conquérant de nouveaux marchés, etc… Ainsi, le capitalisme est-il basé sur une logique folle de croissance absolue.

C’est pour s’adapter à cette logique que les entreprises délocalisent tout ou partie de leur production (soit directement, soit indirectement en faisant appel à des sous-traitants étrangers). En allant s’installer dans des pays où les coûts sont moindres, elles peuvent s’opposer un temps à la concurrence et éviter des faillites qui auraient sur l’emploi un impact pire que les délocalisations elles-mêmes. Les libéraux disent que les entrepreneurs n’ont guère le choix. Hélas, on ne peut pas leur donner tort : les délocalisations sont une conséquence directe et inévitable du mode de production capitaliste. Si l’on empêche cela, en interdisant les licenciements par exemple, les entreprises ne survivront pas longtemps dans la jungle capitaliste.

Bien sûr, il existe des solutions pour que les entreprises restent chez nous : cependant, pas sûr que ces « solutions » nous conviennent.

Dans le capitalisme, pas de salut

Un moyen d’empêcher les entreprises de s’installer dans des pays où les coûts de production sont plus faibles (et donc la législation sociale moins favorable aux salariés) consiste à rendre notre pays plus attractif pour les entreprises, en répondant au « dumping social » des pays émergents. C’est facile : baisse des impôts aux entreprises, recul des minima sociaux, suppression du salaire minimum, etc…C’est la solution libérale : une fuite en avant sur le dos des salariés. Bien sûr, elle ne dure qu’un temps : les pays en face adoptent la même formule, redeviennent compétitifs, et tout est à refaire, entrainant toujours plus de précarité. Sans compter que l’impact d’une telle politique se traduit par une baisse de la consommation, et donc une crise de surproduction entrainant à nouveau une hausse du chômage que l’on entendait combattre…

Alors, une autre solution consisterait à favoriser la production nationale, comme le préconise Marion Anne Perrine Le Pen, en mettant en place des barrières douanières, en taxant les marchandises importées. Après la carotte libérale, le bâton protectionniste. Sauf que les pays ayant des rapports commerciaux avec la France répercuteraient immédiatement cette mesure en mettant également en place une taxe identique sur les produits français, entrainant une chute des exportations, et donc à nouveau des suppressions d’emplois massives (sans compter les mesures de rétorsion que ne manquerait pas de prendre l’Organisation Mondiale du Commerce). De plus, la mise en place des barrières douanières entrainerait une hausse des prix sur des produits comme l’essence, qui aurait un impact direct sur la consommation des ménages. Cette mesure semble donc encore une fois devoir aggraver la crise au lieu de la combattre.

Et ce n’est pas la mise en place de cette mesure à l’échelle européenne, comme Mélenchon peut le préconiser, qui changera les choses : les problèmes posés sont exactement les mêmes qu’à l’échelle nationale, avec en plus le problème que les intérêts des pays qui fondent l’Union Européenne sont parfois contradictoires (par exemple, l’Allemagne, qui exporte beaucoup, n’a aucun intérêt à la mise en place de mesures protectionnistes). Sur le coup, la proposition du Front de Gauche semble presque encore plus déconnectée que celle de Le Pen…

La rupture, seule issue possible

Comme nous le voyons, toutes les solutions proposées pour lutter contre la désindustrialisation du pays sont vouées à l’échec. Dans la crise nous sommes, dans la crise nous resterons. Au sein du capitalisme, aucune issue : tant que nous maintiendrons un système économique basé sur l’enrichissement personnel et l’accumulation infini de richesse, nous subirons crises et déséquilibres à répétition, pour le seul profit des actionnaires (et encore, celui-ci allant en s’amenuisant). Le capitalisme est certes immoral, mais là n’est pas son principal défaut : il est surtout malade, voué à la crise, condamné. Les mesurettes pathétiques avancées par des politiciens en mal d’électeurs n’y changeront rien.

La seule solution à terme pour sortir de la crise est la rupture avec le système qui la génère. Rompre avec le capitalisme, abolir la propriété privée des moyens de production et l’intérêt privé, placer au centre de l’économie les besoins des peuples, redéfinir le statut et le rôle de l’entreprise, mettre fin à l’exploitation du salariat, construire ensemble le socialisme du XXIeme siècle : tel est aujourd’hui la tâche qui incombe à tous ceux qui veulent changer la vie et transformer le monde.

Le capitalisme a fait son temps !

11/10/2011

Tract de la Colonne de Fer pour la manif du 11 octobre 2011

La journée de grève d’aujourd’hui intervient dans un contexte difficile pour les classes populaires : hausse du cout de la vie, destruction d’emplois, mal-être au travail, incertitudes face à l’avenir… La crise sert de prétexte à des mesures d’austérité générant toujours plus d’inégalités et de frustrations, alors que les profits de quelques uns s’envolent.

Face à cette situation, les politiques nous expliquent “qu’on ne peut pas faire autrement”, ou cherchent à désigner des boucs émissaires pour masquer les vraies responsabilité.

Dans ce contexte, il est nécessaire de ne pas se résigner, de s’organiser au quotidien, en bref de résister collectivement à la casse sociale. Cependant, cela ne suffit plus ! Pour régler le problème, il faut l’attaquer à la racine !

La crise actuelle trouve ses origines dans le fonctionnement même du système capitaliste, basé sur l’égoïsme, l’exploitation de l’homme par l’homme…mais également sur un besoin de croissance absolue. Mondialisé, ce système a atteint ses limites, et ne perdure plus qu’en pillant les ressources, en détruisant des vies, en acculant les peuples à l’endettement et à la ruine. Il n’est plus capable d’engendrer autre chose que des catastrophes sociales, humaines et écologiques, dont les classes populaires sont les victimes.

Aussi, plus que jamais, la question de la légitimité du capitalisme, et donc de son dépassement, se pose : se contenter d’ajustements superficiels ne suffira plus, ce sont les bases même du système qu’il faut remettre en cause !

Avec la chute des dictatures soviétiques, le capitalisme a tenté de nous faire croire qu’il n’existait pas d’alternatives à son règne. Pourtant, le changement est aujourd’hui possible et nécessaire : à nous d’être à la hauteur en dessinant les contours d’un système basé sur la propriété et la gestion commune des biens communs et des moyens de production, basées sur les besoins réels de l’individu : un socialisme adapté aux réalités du 21eme siècle !

Plus que jamais, un nouveau projet de rupture est nécessaire. La Colonne de Fer participera à son émergence. Elle invite tous ceux qui aspirent à un monde meilleur à la rejoindre !

Tract en version pdf, téléchargeable et imprimable : Le capitalisme a fait son temps !