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Programme économique du FN : beaucoup de bruit pour rien

26/02/2012

Pour continuer à mettre en lumière les impostures du Front National, la Colonne de Fer a voulu se pencher sur les détails du programme économique du parti d’extrême droite. Nous savions que Marine Le Pen souhaitait rompre, au moins en apparence, avec l’ultra-libéralisme du père (à l’époque de Jean-Marie, le parti prônait notamment la suppression de la retraite par répartition et de l’impôt sur le revenu), mais encore nous restait-il à savoir comment.

Nous avons donc pris nos ordinateurs, ressortis nos vieux manuels d’économie de Terminale ES, et nous sommes rendus sur le site du Front National, direction programme…et là, nous sommes tombés sur une difficulté que nous n’avions pas prévu.

Pour expliquer notre problème, permettons-nous une analogie entre le travail que nous avions entrepris et celui d’un critique de cinéma. Quand le critique tombe sur une grosse bouse sans imagination, comme le cinéma américain ou Luc Besson en produisent tous les mois, son travail est vite fait. Mais imaginez maintenant de devoir faire la critique d’un vrai nanard de chez nanard, genre un film turc qui reprendrait des passages entiers d’autres films, dont les personnages changeraient de nom et de visage au cours du film, où de nombreuses répliques n’auraient pas le moindre sens, où le preneur de son apparaitrait dans le coin de l’écran une bonne dizaine de fois, et où des acteurs surjouant à mort évolueraient dans un mélange de Star Wars, Autant en Emporte le Vent et Les bronzés font du ski, tout en passant la moitié du film à lire du Spinoza en mangeant des yaourts. Vous ne sauriez pas quoi dire tellement vous seriez sidérés, et ce serait carrément normal.

Eh bien, bosser sur le programme économique de Marine Le Pen, c’est un peu la même chose : l’esprit humain n’y est pas préparé. Heureusement, les capacités de la Colonne de Fer sont surhumaines, et c’est munis de nos combinaisons en téflon anti-portnawak que nous avons bravé les multiples inepties et contradictions de celle que l’on appelle déjà « la Ed Wood de la politique » afin d’extraire de son « programme » toute sa substantifique moelle.

Vous nous direz, c’est pas sympa de tirer sur une ambulance comme ça. Démonter le programme économique de Le Pen, tout le monde le fait. Certes, mais il nous a paru intéressant de le faire avec notre grille de lecture à nous. Pour ce faire, revenons à notre comparaison de cinéphiles : la Marine Le Pen réalisatrice nous a donc concocté un film aberrant, incohérent, truffé d’erreurs de montage et de fautes de goûts. Mais si l’on met de côté tous ces partis-pris maladroits, que l’on épure le film pour se concentrer sur le seul synopsis, on se rend compte que celui-ci est d’une platitude et d’une absence d’originalité et d’ambitions incroyable…une histoire incroyablement banale en somme, avec toujours à la fin les travailleurs et les chômeurs qui perdent.

Partie 1 : la rigueur

Comme tout programme économique, celui de Le Pen comporte deux volets : un de politique budgétaire et un de politique monétaire, plus ou moins articulés l’un à l’autre, la politique budgétaire étant l’ensemble des mesures consistant à jouer sur les recettes et les dépenses publiques pour stimuler l’activité, et la politique monétaire l’action des autorités sur l’offre de monnaie. Aujourd’hui nous ne traiterons que de la politique budgétaire. La politique monétaire envisagée par le FN fera l’objet d’un article séparé.

Pour ce qui nous concerne aujourd’hui, force est d’avouer que Le Pen ne se démarque guère, hormis par ses grandes envolées lyriques, de ses concurrents.

Elle prétend ainsi lutter contre l’austérité imposée par l’Europe , mais affiche pour principale ambition de « réduire drastiquement les dépenses inutiles et néfastes pour le pays » afin de répondre à « l’obligation d’un déficit structurel égal à zéro ». En gros, Le Pen refuse de se faire imposer une politique d’austérité par l’Europe, mais entend tout de même mettre en place cette politique ; à ce compte là, c’est bien la peine de gueuler…

Cependant, contrairement à son papa, Marine Le Pen affirme défendre les services publics, et ne pas vouloir réduire les dépenses de l’Etat à leur détriment. Là encore, elle manie la langue de bois, puisqu’elle n’hésite pas à présenter la sauvegarde des services publics comme une question « de première importance » et à s’insurger contre les suppressions de postes dans la fonction publique, avant de montrer son vrai visage en affichant ses propositions concrètes, qui sont de « moderniser et rationaliser le fonctionnement des services publics marchands » via « un effort d’organisation et d’efficacité », et de « stabiliser » et « réduire » les effectifs de l’Etat et des collectivités territoriales. Marine Le Pen, ou l’art de dire tout et son contraire, et de reprendre à son compte les méthodes libérales appliquées depuis 30 ans, en se présentant comme la candidate du peuple. Balèze !

Bon, pour une fois, soyons sympas, considérons que ce double langage n’est que le fruit de notre mauvaise foi et que Marine Le Pen est sincère quand elle prétend ne pas faire d’économies sur le service public. Dans ce cas comment compte-t-elle s’y prendre ? Qu’est-ce qui constitue, pour elle, les « dépenses inutiles et néfastes » ? Eh bien principalement l’immigration, bien sûr, et la fraude.

Nous détaillerons dans un article ultérieur les inepties du Front National concernant l’immigration. Contentons nous ici de dire que les chiffres avancés par Le Pen, qui prétend économiser 40 milliards sur 5 ans en faisant la chasse aux immigrés semblent bien fantaisistes, dans la mesure où certaines études montrent que l’immigration légale constituerait en réalité une manne financière et non un coût pour l’Etat, et qu’il semble bien difficile de mesurer les coût liés à une immigration clandestine par nature impossible à estimer. En revanche, on sait qu’une politique consistant à traquer les étrangers nécessitera beaucoup d’argent…

Concernant la fraude, ce sont ici « les petits », ceux que Marine Le Pen prétend représenter, qui sont pointés du doigt. Le discours est le même que chez Sarkozy : le chômeur sera soumis à des contrôles plus importants et à une « obligation d’acceptation d’un emploi ». Encore une fois, le chômeur est présenté comme un faignant qui ne fait pas d’efforts. Autres responsables de la ruine du pays d’après Le Pen ? « Les fraudes à la sécurité sociale » ; sans doute les salauds d’ouvriers qui se font faire des arrêts maladies alors qu’ils pourraient aller bosser…

Ces ouvriers, Le Pen prétend penser à eux : elle va même augmenter tous les salaires jusqu’à 1,4 fois le SMIC de 200 euros. Seulement, cette augmentation, Le Pen veut la faire sans que l’entreprise n’augmente ses dépenses. Aussi, elle la fait payer par l’Etat, via la suppression des cotisations sociales salariales, normalement allouées à la Sécurité Sociale. Comment Le Pen entend-elle compenser ce manque-à-gagner d’argent utile à la collectivité ? En taxant les marchandises importées de 3%, c’est à dire en organisant la hausse des prix des produits importés, des matières premières, du gaz ou encore du pétrole. Or qui devra payer la différence ? Le travailleur dont le salaire vient d’augmenter de 200 euros, pardi ! Situation exemplaire où Marine Le Pen reprend d’une main ce qu’elle donne de l’autre.

Partie 2 : la rigueur aussi, mais pas pour les riches

Bien sûr, autoproclamée candidate d’un peuple qu’elle ne cesse de trainer dans la boue, Marine est bien obligée de taper également sur quelques gros, ne serait-ce que pour montrer que ce n’est pas le système économique qui est biaisé, mais que le problème vient seulement d’une poignée de patrons sans scrupules qui ne respecteraient pas les lois du capitalisme… Aussi, elle pointe également du doigt ceux qui s’enrichissent grâce aux niches fiscales, et se présente comme la candidate des PME face aux gros de la finance. Pourtant, au vu de la politique fiscale préconisée par son parti, il semblerait que les riches n’aient guère à craindre pour leurs fesses.

Ainsi, si l’impôt est présenté comme un instrument de solidarité national indispensable, il est aussitôt souligné qu’il « doit rester aussi faible que possible ».

Et si Le Pen entend rendre l’impôt sur le revenu plus progressif afin d’être plus juste et équitable, le manque d’ambition des propositions concrètes laisse pantois. Pour commencer, Le Pen évoque la « création de nouvelles tranches intermédiaires », mais sans préciser ni combien, ni à quel niveau de revenu elles correspondront, ni à quelle hauteur elles seront taxées. Pour un projet présidentiel, il y a du sérieux, mais passons. Concernant la tranche supérieure, Marine Le Pen veut élever le niveau de prélèvement à 46%…contre 41% aujourd’hui. Quand on sait que cette tranche concerne les personnes déclarant un revenu supérieur à 70 000 euros par an, on se dit que ça va, la mesure révolutionnaire de Marine Le Pen ne devrait pas trop les foutre dans la merde… Mais surtout, Marine va donc créer des tranches intermédiaires supplémentaires, mais aucune tranche supérieure, ce qui fait qu’aucun ménage ne sera imposé au dessus de ces 46%, que le revenu annuel des personnes soit de 70 000 de 150 000 ou de 300 000 euros par an. Encore une fois, Super-Menteuse prétend soutenir les classes moyennes, et va en réalité leur faire supporter l’essentiel de l’impôt sur les revenus, pendant que les super-riches pourront dormir tranquilles. Globalement, quand Marine Le Pen prétend qu’elle est de votre côté, méfiez-vous…

Du côté de la fiscalité des entreprises, on utilise les mêmes tours de passe-passe. Le FN prétend rendre progressif l’impôt sur les sociétés pour favoriser les PME, avec la mise en place de 3 taux d’imposition à 15%, 25% et 34%. Pour les grosses entreprises, la différence sera de taille, puisque leur taux d’imposition est aujourd’hui de 33,33%… Mais surtout, le taux d’imposition réduit à 15% existe déjà pour les PME ! Ce que Le Pen présente comme le rétablissement de la justice fiscal, c’est donc le maintien de ce qui existe aujourd’hui. Pour une candidate « antisystème », il faut avouer que c’est une conception intéressante… Pourtant, il existe une différence de taille entre l’impôt sur les sociétés (IS) d’aujourd’hui et celui de Marine Le Pen : c’est que l’IS de Marine est en réalité la fusion de l’IS actuel et d’un autre impôt, la Contribution économique Territoriale (CET), destinée aux collectivités locale. Les recettes engendrées connaitront « un partage pour 2/3 pour le budget de l’Etat et 1/3 pour le budget des Collectivités ». Au final, sous couvert de justice sociale, Marine Le Pen fait chuter d’un tiers les recettes perçues par l’Etat grâce à l’IS, et procède à une manœuvre qui revient à supprimer la CET pour les entreprises. Du pain béni pour les actionnaires…

Tout le reste est du même acabit. L’impôt sur la fortune et la taxe foncière sont supprimés pour donner naissance à un impôt unique…sur lequel aucune information n’est donnée. Il en est de même pour toutes les « taxes et impôts dont le rendement fiscal est inférieur à 50 millions d’euros par an ».

Bref, la justice fiscale du FN ne profite qu’aux riches. Le Front National fait tout un ensemble de promesses sociales (nous verrons cela dans un futur article sur la politique sociale du FN) qu’il sera incapable de tenir faute d’argent. Dans le même temps, nous voyons que le FN entend imposer l’austérité aux travailleurs et aux chômeurs, et continuer les cadeaux aux riches. Le projet budgétaire du FN est donc un projet de droite, libéral, somme toute assez classique. Il n’y a absolument rien d’antisystème, d’anticapitaliste ou même de social là dedans. Simplement, la réalité des propositions est noyée dans un discours pompeux et contradictoire. Et comme d’habitude, les classes populaires paieront les pots cassés.

A suivre : Marine Le Pen, la monnaie et le capitalisme des imbéciles, ou Le retour du programme économique du FN… (mais pas tout de suite)

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Le Choix dans la Dette…

25/01/2012

S’il est un sujet de campagne présidentielle sur lequel les gros candidats ont tendance actuellement à s’écharper, c’est celui de la dette publique. Cette question a pris de l’ampleur avec la dégradation de la note de la France par l’agence de notation Standard and Poor’s.

Comme tout est fait dans les médias pour que 95% de la population ne pane rien aux questions économiques, et que nous-mêmes ne sommes pas sûrs d’avoir tout bien saisi, nous allons tenter de comprendre ensemble ce qu’est une dette publique et comment elle se crée, ce qui permettra de poser la question des responsabilités de chacun et donc de la légitimité des politiciens à vouloir à tout prix nous faire payer les conséquences de cette dette.

Pour commencer, qu’est ce qu’une dette publique ?

La dette publique, c’est l’ensemble des engagements financiers pris sous formes d’emprunts par l’État, les collectivités publiques et les organismes qui en dépendent directement.

Pour faire simple, lorsque vous empruntez de l’argent à votre banque (si elle veut bien vous en prêter), vous contractez en contrepartie de cet argent une dette que vous devrez rembourser dans des conditions clairement définies (délai, intérêt…).

Eh bien, l’État, il fait pareil : lorsque, sur une année, les recettes engrangées ne sont pas suffisantes pour subvenir aux dépenses prévues (on parle alors de déficit public), l’État va emprunter de l’argent auprès de divers organismes (banques commerciales, fonds de pensions, compagnies d’assurance français ou étrangers), qu’il s’engagera à rembourser à plus ou moins long terme (de 1 mois à 50 ans), avec des taux d’intérêts variables.

Ces taux d’intérêts sont fonction du risque encouru par le créancier, lui même estimé par les fameuses « agences de notation » (ainsi, fin 2011, soit avant la dégradation de sa note le taux pour un emprunt sur dix ans contracté par la France tournait autour de 3,5%, contre environ 2% pour l’Allemagne et…28,5% pour la Grèce).

Bien sûr, à chaque fois qu’un déficit public est compensé par l’emprunt, la dette du pays va se creuser.

La dette publique française est donc la somme des emprunts cumulés de l’État, ainsi que des intérêts que celui-ci doit verser à ses créanciers.

Elle tourne aujourd’hui autour de 1700 milliards d’euros, soit 86,6% du PIB (richesse totale produite sur le territoire) de l’année 2011.

Elle résulte d’un déficit continu depuis 1981, et de déficits plus anciens (liés à la crise économique de 1973 notamment).

Il importe également de noter que jusqu’en 1973, l’État pouvait emprunter directement auprès de la Banque Centrale. C’est depuis l’interdiction de cette pratique par Giscard que l’État est obligé de passer par les marchés privés.

Ces explications nécessaires ayant été effectuées, nous allons maintenant voir d’où vient précisément cette dette, ce qui permettra de poser la question des responsabilités de chacun, et de voir s’il est légitime de nous en faire les conséquences.

D’où vient la dette ?

Si l’on écoute les représentants de la « classe politique », et notamment les 4 gros candidats à la présidentielle (ceux que Mélenchon a astucieusement baptisé les « Daltons de l’austérité »), le discours est le même : la France est avant tout victime d’une mauvaise gestion de l’État, basée sur des dépenses trop importantes. Les français vivraient au dessus de leurs moyens et seraient en cela responsables de ce qui leur arrive.

Dès lors, Nicolas, François, François et Marine s’imaginent tous en champions de l’équilibre budgétaire et de la chasse aux « mauvaises dépenses » : quatre couplets pour un même refrain, celui de la rigueur et de la culpabilisation de la population. Pourtant, il s’agit là d’une lecture particulière, très orientée idéologiquement, de la situation.

Ce qui est indéniable, lorsque l’on regarde les statistiques (graphique ci-dessous), c’est l’apparition d’un déficit budgétaire en 1981. Cette année là, le gouvernement décide de relancer la croissance par des mesures de soutien à la consommation (hausse du SMIC, des aides sociales…) : les dépenses de l’État augmentent logiquement. Cependant, les recettes ne vont pas suivre la même augmentation, et c’est de cet écart que va naître le déficit public.

Dès lors, tandis que les dépenses de l’État varieront en fonction des années, ses recettes ne connaitront qu’une faible augmentation plus ou moins continue jusqu’en 1997, sans jamais lui permettre d’atteindre l’équilibre budgétaire. Pire, depuis cette année-là, elles stagnent autour de 50% du PIB, tandis que les dépenses continuent de grimper jusqu’à dépasser les 56% du PIB depuis 2009, d’où la forte augmentation de la dette ces dernières années.

On comprend bien alors que le problème peut être vu de 2 manières différentes : on peut, à l’instar des « Daltons », considérer que les français dépensent trop d’argent en matière de santé, de services publics, et envisager les solutions sous l’angle de la saignée et de la rigueur pour les classes populaires et moyennes.

Mais on peut aussi retourner la question, s’interroger sur les raisons pour lesquelles les recettes de l’État ne sont pas à la hauteur des dépenses, et regretter la baisse continue depuis les années 80 de la fiscalité des ménages les plus riches et des entreprises. Et, pourquoi pas, aller jusqu’à s’indigner (puisque c’est à la mode), de tous les cadeaux fiscaux ne bénéficiant qu’aux riches et au patronat :

– la baisse de l’impôt sur le revenu, pour lequel le taux d’imposition de la tranche la plus élevée est passé en 25 ans de 65 % à un taux actuel de 41 %.
– la multiplication des niches fiscales, avec un manque à gagner pour l’État de 75 milliards d’euros en 2010.
– le bouclier fiscal depuis 2009.
– l’impôt sur les bénéfices des entreprises qui est passé de 45 % en 1986 à 33,3 % aujourd’hui; avec des mesures dérogatoires qui font qu’il est en réalité de 13% pour les entreprises qui emploient plus de 2000 salariés et de 8 % pour celles du CAC 40, facilitant ainsi l’engraissement des actionnaires.
– les baisses de cotisations sociales des entreprises, venant creuser le trou de la sécu.

-etc…

On peut donc considérer la dette comme la conséquence d’une politique fiscale visant à toujours favoriser les plus riches, lesquels sont gagnants sur tous les tableaux.

Force est d’avouer que le système est bien foutu : dans un premier temps, les capitalistes payent moins d’impôts et s’enrichissent donc. Ce faisant, ils creusent le déficit de l’État, lequel, ne pouvant plus s’endetter auprès de la Banque Centrale, va emprunter aux capitalistes l’argent qu’il leur a fait gagner…ce qui permet à ceux-ci de s’enrichir une deuxième fois sur le dos de la collectivité, grâce aux intérêts perçus. Enfin, dans un troisième temps, le remboursement de la dette et de ses intérêts aux capitalistes va servir de prétexte à des politiques de rigueurs et de casse sociale.

Les pauvres payent donc la crise des riches, et le mécanisme de la dette permet un transfert incessant de richesse vers les plus riches : on n’est pas loin du hold-up du siècle !

Nous considérons donc que la dette n’est pas liée à des dépenses collectives trop importantes, mais bien à une politique orientée en faveur des capitalistes. Tous les gouvernements qui se sont succédés jusqu’à aujourd’hui ont appuyé ce choix politique. Hollande et Sarkozy continueront sur cette voie. Bayrou fera de même. Et si Le Pen prétend rompre avec cette politique, c’est par pure démagogie : son programme économique n’a aucune cohérence, et au-delà des mots s’affiche clairement dans les mesures préconisées la volonté de continuer à faire payer la dette aux classes populaires (une analyse du programme économique du FN sera prochainement disponible sur notre blog).

Alors, pourquoi sont-ils si méchants ?

Bien sûr, on peut s’interroger sur la raison de tout ça.

Expliquer la dette en disant que les banquiers, capitalistes et hommes politiques sont des connards, est-ce satisfaisant ? Nous pensons que non.

L’accroissement constant de la dette publique est le résultat d’une recherche de croissance économique par tous les moyens, afin que les profits, qui sont le seul moteur de l’économie capitaliste, ne tombent pas. Faute d’une croissance économique suffisante aux besoins du système, celui-ci se construit aujourd’hui sur un endettement massif des États, des entreprises et des ménages. Cette logique d’endettement permet au capital de continuer à dégager des profits à court terme. Cependant, elle conduit, à plus long terme, à une impasse :

-une impasse économique, puisqu’à terme les États sont confrontés à des situations de faillites, et les banques à des défauts de paiement, alimentant le risque d’une récession économique globale et d’une crise systémique.

-une impasse sociale, pour les peuples confrontés aux politiques d’austérité et aux conséquences de la crise du capitalisme, insoutenables à terme.

La dette n’est pas, comme l’affirment nos dirigeants, la conséquence de nombreuses années passées à « vivre au dessus de nos moyens ». Elle est la conséquence de l’échec des politiques visant à soutenir artificiellement un système capitaliste à bout de souffle, condamné par sa folle logique de croissance absolue.

Le problème de la dette ne se résoudra pas par davantage d’austérité, mais en cherchant une issue collective au système capitaliste.

Beaucoup plus concrètement, nous estimons qu’il est aujourd’hui nécessaire de combattre les discours dominants concernant la question de la dette, d’argumenter, de démasquer les mensonges officiels, de convaincre les classes populaires que cette dette est illégitime.

Nous changerons les choses en relevant la tête, en se serrant les coudes et en luttant ensemble pour nos droits et notre dignité ; pas en votant pour ceux et celles qui, derrière de belles promesses, veulent nous enfoncer un peu plus la tête sous l’eau.

C’est dans cette optique que la Colonne de Fer est partie prenante, aux côtés de plusieurs associations, syndicats et organisations politiques, du collectif contre la dette en train de se constituer à Tours.

Cette dette n’est pas la notre.

Ce n’est pas à nous de la payer.

L’imposture du « patriotisme économique »

22/12/2011

C’est apparemment avec les plus vieilles formules que l’on entube le mieux les électeurs. Ces derniers temps, il semble qu’un « nouveau » thème s’impose dans le débat électoral, celui de la relocalisation et du made in France. En effet, il ne se passe plus une semaine sans qu’un de nos estimés politicards y aille de son petit mot sur la question, quelle que soit par ailleurs la place qu’il occupe sur l’échiquier politique. Il y a 10 jours, ce n’est rien de moins que Nicolas Sarkozy, monsieur Casse-sociale himself, qui est allé se faire mousser sur ce thème là lors d’une visite des usines de skis Rossignol, emboitant le pas à…tous les autres.

En même temps, à priori, le fait de produire en France et de créer des emplois, on peut pas tellement être contre. Sauf que, si l’on regarde de plus près, ce discours en apparence évident n’est rien de moins que grotesque, qu’il soit entonné par opportunisme (Sarkozy), par nationalisme obtus (Dupont-Aignant), par bêtise (Bayrou), par démagogie (Hollande), par paresse intellectuelle (Mélenchon) ou pour toutes ces raisons à la fois (Le Pen).

Le profit, seul objectif de l’entreprise capitaliste

Car une fois que l’on a admis qu’effectivement, ce serait chouette de créer des emplois chez nous, comment fait on pour convaincre l’entreprise machin-chose de s’installer à Bar-le-Duc plutôt qu’à Shangaï ?

Pour cela, rappelons vite fait comment fonctionne l’entreprise capitaliste : elle se finance en émettant des titres de propriété, des actions, qui vont être achetés en échange de la promesse de revenus. Ce qui va intéresser l’actionnaire, qui a pris un risque en investissant, ça va être précisément ces revenus du capital, les dividendes qu’il va pouvoir toucher. Pour lui verser ses dividendes, l’entreprise va être obligée d’être compétitive. Si, par une politique de réduction des coûts et de maximisation des bénéfices, une de ses concurrentes est capable de verser des dividendes plus importants aux actionnaires, ceux-ci vont chercher à revendre leurs parts de l’entreprise pour acheter celles de l’entreprise qui leur reversera plus. La première entreprise va donc voir sa valeur s’effondrer, ne pourra plus investir, fera faillite ou sera rachetée ou démantelée. Pour éviter ça, l’entreprise va chercher elle aussi à réduire ses coûts en rognant sur les conditions de travail, augmenter les dividendes versées en prenant sur les salaires, augmenter ses bénéfices en conquérant de nouveaux marchés, etc… Ainsi, le capitalisme est-il basé sur une logique folle de croissance absolue.

C’est pour s’adapter à cette logique que les entreprises délocalisent tout ou partie de leur production (soit directement, soit indirectement en faisant appel à des sous-traitants étrangers). En allant s’installer dans des pays où les coûts sont moindres, elles peuvent s’opposer un temps à la concurrence et éviter des faillites qui auraient sur l’emploi un impact pire que les délocalisations elles-mêmes. Les libéraux disent que les entrepreneurs n’ont guère le choix. Hélas, on ne peut pas leur donner tort : les délocalisations sont une conséquence directe et inévitable du mode de production capitaliste. Si l’on empêche cela, en interdisant les licenciements par exemple, les entreprises ne survivront pas longtemps dans la jungle capitaliste.

Bien sûr, il existe des solutions pour que les entreprises restent chez nous : cependant, pas sûr que ces « solutions » nous conviennent.

Dans le capitalisme, pas de salut

Un moyen d’empêcher les entreprises de s’installer dans des pays où les coûts de production sont plus faibles (et donc la législation sociale moins favorable aux salariés) consiste à rendre notre pays plus attractif pour les entreprises, en répondant au « dumping social » des pays émergents. C’est facile : baisse des impôts aux entreprises, recul des minima sociaux, suppression du salaire minimum, etc…C’est la solution libérale : une fuite en avant sur le dos des salariés. Bien sûr, elle ne dure qu’un temps : les pays en face adoptent la même formule, redeviennent compétitifs, et tout est à refaire, entrainant toujours plus de précarité. Sans compter que l’impact d’une telle politique se traduit par une baisse de la consommation, et donc une crise de surproduction entrainant à nouveau une hausse du chômage que l’on entendait combattre…

Alors, une autre solution consisterait à favoriser la production nationale, comme le préconise Marion Anne Perrine Le Pen, en mettant en place des barrières douanières, en taxant les marchandises importées. Après la carotte libérale, le bâton protectionniste. Sauf que les pays ayant des rapports commerciaux avec la France répercuteraient immédiatement cette mesure en mettant également en place une taxe identique sur les produits français, entrainant une chute des exportations, et donc à nouveau des suppressions d’emplois massives (sans compter les mesures de rétorsion que ne manquerait pas de prendre l’Organisation Mondiale du Commerce). De plus, la mise en place des barrières douanières entrainerait une hausse des prix sur des produits comme l’essence, qui aurait un impact direct sur la consommation des ménages. Cette mesure semble donc encore une fois devoir aggraver la crise au lieu de la combattre.

Et ce n’est pas la mise en place de cette mesure à l’échelle européenne, comme Mélenchon peut le préconiser, qui changera les choses : les problèmes posés sont exactement les mêmes qu’à l’échelle nationale, avec en plus le problème que les intérêts des pays qui fondent l’Union Européenne sont parfois contradictoires (par exemple, l’Allemagne, qui exporte beaucoup, n’a aucun intérêt à la mise en place de mesures protectionnistes). Sur le coup, la proposition du Front de Gauche semble presque encore plus déconnectée que celle de Le Pen…

La rupture, seule issue possible

Comme nous le voyons, toutes les solutions proposées pour lutter contre la désindustrialisation du pays sont vouées à l’échec. Dans la crise nous sommes, dans la crise nous resterons. Au sein du capitalisme, aucune issue : tant que nous maintiendrons un système économique basé sur l’enrichissement personnel et l’accumulation infini de richesse, nous subirons crises et déséquilibres à répétition, pour le seul profit des actionnaires (et encore, celui-ci allant en s’amenuisant). Le capitalisme est certes immoral, mais là n’est pas son principal défaut : il est surtout malade, voué à la crise, condamné. Les mesurettes pathétiques avancées par des politiciens en mal d’électeurs n’y changeront rien.

La seule solution à terme pour sortir de la crise est la rupture avec le système qui la génère. Rompre avec le capitalisme, abolir la propriété privée des moyens de production et l’intérêt privé, placer au centre de l’économie les besoins des peuples, redéfinir le statut et le rôle de l’entreprise, mettre fin à l’exploitation du salariat, construire ensemble le socialisme du XXIeme siècle : tel est aujourd’hui la tâche qui incombe à tous ceux qui veulent changer la vie et transformer le monde.

Les révolutionnaires aussi offrent des cadeaux à noël !

15/12/2011

En cette fin d’année, Noël arrive à grands pas. Vous savez, Noël, c’est cette horrible fête chrétienne et capitaliste, ode à la famille bourgeoise s’il en est, qu’on ne devrait pas forcément célébrer si on vivait totalement en accord avec nos convictions.

Seulement, à la Colonne de Fer, on est des gens normaux. Du coup, malgré la crise et le fait qu’on ait pas de sous, on profite du mois de décembre pour aller affronter le froid et la foule de la rue Nationale à la recherche d’un cadeau pour maman ou pour notre petit neveu, que l’on mettra au pied du sapin pour fêter la naissance de l’enfant Jésus. Et comme on pense que globalement vous faites pareil, on s’est dit que ça pourrait être sympa de vous aider un peu si vous séchez et que vous voulez offrir des cadeaux pas trop cons (genre pas le dernier BHL…).

D’aucuns seront peut être surpris par nos sélections très mainstream, mais notre but est de verser tant dans l’accessible que dans le facile à trouver, pas de vous conseiller d’offrir à votre tante un fac-similé de l’édition de 1917 des Textes sur la jeunesse de Lénine, à commander 3 mois à l’avance en découpant le bon de commande sur le journal de l’Union pour une Renaissance Communiste en France. Pour le reste, on sera sans doute passé à côté de trucs vachement biens. Nous n’avons pas la prétention d’être exhaustifs.

Romans :

Le Bloc – Jérôme Leroy, Gallimard (17€50)

Alors que la France est en proie aux émeutes, le Bloc Patriotique s’apprête à entrer au gouvernement. 2 hommes se remémorent le chemin parcouru : Antoine, écrivain bourgeois, est un des idéologues du parti ; Stanko, prolétaire rongé par la haine, responsable du service d’ordre. Demain, l’un d’eux devra mourir, pour l’intérêt du parti. Ils le savent et ne regrettent rien… Un roman noir qui traite de la montée de l’extrême droite de manière intelligente, à travers le regard de 2 hommes perdus et cyniques. 2 « fascistes » extrêmement humains, qui dans d’autres circonstances, auraient pu se trouver dans les rangs de la gauche radicale si celle-ci avait gardé de la lutte des classes autre chose que des mots prononcés 1000 fois, s’ils avaient fait d’autres rencontres, si… Un grand roman doublé d’une analyse percutante.

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De mémoire (3), La courte saison des GARI : Toulouse 1974 – Jann-Marc Rouillan, Agone (22€)

Héritier de mai 68 et d’une Révolution espagnole exilée à Toulouse, le jeune Jean-Marc a tracé son chemin, des barricades du Mirail à la lutte armée de Barcelone. En 1974, tous les moyens sont bons pour déstabiliser le régime franquiste à l’agonie, sauver Puig Antich, l’ami condamné à mort, et contrecarrer les projets de « transition pacifique » de la grande bourgeoisie espagnole. En semie-liberté après avoir passé plus de 20 ans dans les prisons françaises pour ses activités avec Action Directe, Jann-Marc Rouillan poursuit le roman de sa vie en nous plongeant dans la réalité des « années de plomb », quand lui et ses potes combattaient le franquisme au sein des GARI et vivaient tout un tas d’aventures improbables, à 1000 lieues des clichés du guérillero coincé du cul. Vie en communauté, défonce au LSD dans les rues d’Amsterdam, plans improbables pour retenir un otage dans une grange régulièrement visitée par les pensionnaires de l’asile de fous voisin… Une tranche de vie quotidienne dans les 70’s : drôle, décalé, rock’n roll…et très politique ! (à lire aussi les tomes 1 et 2)

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L’homme qui aimait les chiens – Léonardo Padura, Metaillé (24€)

A la mort de sa femme, Iván, écrivain cubain, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait 2 lévriers sur la plage. Le souvenir de ses conversations avec « l’omme qui aimait les chiens » va amener Iván à s’interroger sur l’un des crimes les plus célèbres du 20eme siècle : l’assassinat de Trotsky par le NKVD de Staline. Iván va reconstruire les itinéraires de 2 hommes : Lev Davidovich Bronstein, dit Trotsky, héros de la révolution russe, et Ramón Mercader, son assassin, jusqu’à leur rencontre à Mexico. A travers ce grand roman riche en informations (parfois un peu trop riche, même…) et ses personnages complexes, c’est l’histoire du communisme que Léonardo Padura nous conte : un idéal toujours à atteindre qui a engendré son lot d’horreurs…

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La Mémoire des vaincus – Michel Ragon, Le livre de poche (7€50)

L’histoire de Fred Barthelemy, gamin des rues de Paris à l’aube de la Première Guerre Mondiale. En mettant la bande à Bonnot sur son chemin, le destin fera de lui un anarchiste. Du front russe au Paris de 68 en passant par le Front Populaire ou la guerre d’Espagne, Fred va rencontrer tout un tas de personnages ayant pour noms Vladimir Lénine, Victor Serge, Nestor Makhno, Buenaventura Durruti ou Louis Aragon, et traverser le 20eme siècle sans jamais renier son increvable esprit de révolte. Un roman épique, limpide, auquel on reprochera parfois une vision un peu sectaire de l’anarchisme, mais qui constitue une passionnante évocation de l’histoire des partisans du drapeau noir.

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Bandes dessinées :

Un homme est mort – Kris et Etienne Davodeau, Futuropolis (15€)

1950 : alors que la ville de Brest est en pleine reconstruction, la révolte gronde sur les chantiers. Les ouvriers ont faim. Manifestent. La police tire sur la foule. Edouard Mazé s’écroule. Un homme est mort. Appelé par la CGT, le cinéaste René Vautier va venir filmer la colère. En captant sur sa pellicule un peu de l’âme des travailleurs en lutte, il va faire de son cinéma une arme, et bien plus… Un album magnifique, qui ne tombe jamais dans le pathos malgré la tragédie. Plus qu’une bande dessinée, un hommage au mouvement ouvrier, un ouvrage « qui donne envie de se battre » !

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V pour Vendetta – Alan Moore, David Lloyd, Panini Comics (30€)

« Depuis l’aube de l’humanité, une poignée d’oppresseurs a accepté de diriger nos vies quand nous aurions dû les diriger nous-mêmes ». Dans une Angleterre fasciste, un homme brisé par le système va se dresser contre lui. Dissimulant son visage derrière un masque de théâtre, il va s’employer à réveiller des masses depuis longtemps apathiques.

Son nom : V. Son objectif : la Vendetta. Son idéal : l’Anarchie.

Alan Moore, auteur de nombreuses BD à succès (Watchmen, From Hell…), est également anarchiste. V pour Vendetta est son livre le plus politique (bien plus que la minable adaptation cinématographique). A lire.

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Superman, Red son – Mark Millar, Dave Jonhson, Kilian Plunket, Panini Comics (22€)

Superman : étrange visiteur venu d’un autre monde, qui, en tant que héros des travailleurs, mène un combat sans fin pour Staline, le socialisme et l’expansion mondiale du Pacte de Varsovie… Et si Superman, symbole de l’Amérique, n’avait pas grandi dans une ferme à Smallville, mais dans un kolkhoze ukrainien ? Tel est le point de départ de cet étrange comic où l’on retrouve Lex Luthor en suppôt du capitalisme, Batman en opposant politique libertaire, et tout un tas de personnages DC (Wonderwoman, Green Lantern…) dans une aventure de Superman pas si débile que ça, avec une vraie histoire, des personnages complexes et une réflexion intéressante. Et puis, rien que pour le caractère incongru de l’objet, ça vaut le détour !

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Films :

Coffret 4 films (Aaltra + Avida + Louise-Michel + Mammuth) – Gustave de Kervern et Benoit Delépine (29€99)

Entre comédie sociale, surréalisme, road movie et humour noir (glauque ?), voici une anthologie du cinéma de 2 des auteurs de Groland. Suivez les dans leur road-trip en fauteuil roulant à travers l’Europe ou lors de pérégrinations absurdes dans la montagne. Suivez Yolande Moreau et Bouli Lanners à la poursuite d’un patron-voyou à exécuter. Accompagnez Depardieu dans sa quête de ses fiches de paye. A travers 4 films aux allures d’OVNI réunissant une pléiade de figurants (Siné, Philippe Katerine, Dupontel, Noel Gaudin…), découvrez le cinéma grolandais tel qu’il est : sombre, grinçant, anarchiste… Le Groland, l’autre pays du cinéma ?

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Les LIP, L’imagination au pouvoir – Christian Rouaud (15€)

1973, les administrateurs de l’usine de montres LIP de Besançon envisage de licencier 480 salariés. Sous l’impulsion des syndicats, la grève se lance, on séquestre l’administrateur. Mais très vite, l’affaire LIP va prendre une autre ampleur : les salariés décident de se réapproprier la production et de placer l’usine sous le contrôle des travailleurs, en autogestion. Leur slogan : « On fabrique, on vend, on se paie ». La lutte durera plusieurs mois et restera emblématique des luttes des années 70 et de la « deuxième gauche ». En recueillant les témoignages d’acteurs de cette lutte, Christian Rouaud a réalisé un beau film, qui arrive à faire rire et réfléchir en même temps.

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Musique :

Citoyen du monde – HK et les Saltimbanks (15€)

On ne présente plus ici HK et les Saltimbanks, interprètes du fameux hymne « On lâche rien » et auteur d’un réjouissant double-album mêlant rock, chaâbi, hip-hop, reggae, musette… Nous avons déjà eu l’occasion de parler de ce groupe ici et ici. A offrir sans modération (bon, peut être pas à votre petit cousin ou neveu gothique fan de black metal…).

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Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien (Digipack 2 CD + DVD) – Noir Désir (20€99)

Pleurez pauvres gens, Noir Désir n’est plus, rattrapé par la tragédie. Ce groupe de rock, de tous les combats, aura marqué à jamais la scène musicale française. Avec ce best-of, l’occasion est donnée de faire découvrir Noir Dez’ à ceux qui ne connaîtraient pas. Certes, on est assez dubitatifs sur le format : le premier CD reprend des classiques du groupe (avec quelques oublis majeurs), tandis que le deuxième réunit des raretés, reprises et « faces B ». Du coup, on ne sait pas forcément sur quel pied danser : ce disque s’adresse aux néophytes ou aux fans absolus ? On ne sait pas trop. Dans le doute, on offrira ça aux deux. On aurait quand même préféré un objet un peu mieux foutu. Mais bon, c’est Noir Désir, on critique pas…

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Nevermind (20th anniversary – Deluxe edition) – Nirvana (17€99)

Qui ne connait pas cet album, devenu un monument du rock ? En 1991, Nirvana sort de l’ombre avec Nevermind, et la scène grunge explose, révélant le mal-être de toute une génération, comme le punk en son temps. Cet album est un symbole, l’expression d’une révolte brute, au même titre que Never Mind the Bollocks, Here the Sex Pistols, 14 ans auparavant. 20 ans après sa sortie, Geffen le réédite dans une édition spéciale, accompagnée de faces B, de lives, de sessions studios… Si toutefois quelqu’un dans votre entourage n’a pas Nevermind, c’est l’iccasion de rattraper le coup. Un classique de la subversion.

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Pour les chiards :

Travailler moins pour lire plus – Alain Serres et Pef, Rue du monde (12€50)

Sur l’île Turbin, le peuple travaille, tandis que le roi Dontontairalenom gagne beaucoup d’argent. Sur cette île, on fabrique notamment des livres, que l’on exporte : sur l’île Turbin, personne n’a le temps de lire. Un jour, le peuple se révolte. Son slogan : « Travailler moins pour lire plus » ! Bon d’accord, c’est un peu facile, mais ça fait du bien, et c’est franchement drôle. A partir de 7 ans.

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Tous en grève, tous en rêve – Alain Serres et Pef, Rue du monde (13€80)

Nous suivons dans ce livre illustré par Pef (La belle lisse poire du Prince de Motordu) les événements de mai 68 à travers le regard de Martin, âgé d’une dizaine d’années. Son papa est en grève depuis plusieurs jours avec ses collègues cheminots, sa maman est solidaire mais s’inquiète des problèmes d’argent, sa sœur Nina participe au blocus de sa faculté et rêve de plus de libertés… « En ancrant cette histoire dans le quotidien d’une famille ouvrière, Alain Serres fait ressortir toute la tension qui existe entre les revendications sociales, les rêves de changements et la difficulté de tenir la grève pour une famille au budget serré ». Un livre sorti pour les 40 ans de mai 68, pour les enfants à partir de 8 ans

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Véro en mai – Pascale Bouchié, Yvan Pommaux, L’école des loisirs (21€50)

Tout a été dit sur Mai 68. Tout, vraiment ? Pas si sûr…
Et si c’était un enfant qui racontait les événements ? Il y a bien des enfants, dans ce pays, en mai 1968 ? Oui, ils sont des millions. Ils ne vont plus à l’école. Ils écoutent les grandes personnes se disputer en parlant politique.
Parmi eux, Véro, neuf ans.
Entraînée par son grand frère, elle répète des slogans marrants, se pose des tas de questions, et regarde le monde changer… A partir de 8 ans.

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Voilà, il y a des trucs qui coûtent un peu cher quand même. Si c’est trop cher pour vous, volez-les.

Et joyeux noël.

Petit récapitulatif des méthodes de communication militante

02/12/2011

Une fois n’est pas coutume, nous reproduisons ici un excellent article, paru sur le blog Feu de Prairie (Média pour une culture révolutionnaire).

Cet article a pour but de passer en revue les méthodes de communication pouvant servir à diffuser rapidement nos idées, nos messages, un peu partout et par un maximum de moyens possible.

Le principe est simple : nous vivons dans une époque régie par la loi du spectacle, où l’habitude est à la consommation. Consommation d’informations, consommation artistique, consommation de relations, consommation de biens… Cette attitude produite par le système économique dans lequel nous vivons a aussi un effet en politique. L’aspect néfaste, c’est la consommation militante : les gens recherchent un engagement donnant une satisfaction immédiate, avec des résultats à court terme,  ce qui rend difficile la construction de projets sur le long terme. La moindre difficulté ou le plus petit contretemps apparait comme un échec (alors qu’ils devraient être source de questionnement et d’évolution). Cela explique en partie pourquoi les mouvements et partis inoffensifs mais attractifs aspirent beaucoup de gens sincères, dans une période où chaque jour apporte plus de raisons de se révolter.

Nous prenons acte de ce constat : nos modes de communication doivent changer. Les longs textes théoriques et l’imagerie austère n’attirent que les gens déjà convaincus, alors que nous voulons nous adresser aux personnes pas encore politisées.

Notre communication s’appuie sur le principe d’agitation et de propagande (agit-prop). Ces deux choses sont complémentaires. L’agitation, ça consiste à favoriser un climat de contestation radicale, à pousser les gens à s’organiser, à créer la subversion. La propagande, qui signifie « diffusion d’idée », vise à expliquer notre point de vue, nos analyses, bref notre position stratégique.

Maintenant voyons comment appliquer cela.

Sur internet

Internet est sans doute le media d’information le plus important à l’heure actuelle. Les gens se renseignent, se conscientisent, s’organisent sur internet. Bien sûr, il y a des tares, de grosses limites (présence énorme de l’extrême droite et des conspirationnistes, flicage massif, désinformation, discours n’ayant pas forcément d’impact dans la réalité). Mais c’est un media incontournable.

Il est conseillé de séparer au maximum son engagement politique de sa vie privée sur internet. Ce n’est pas facile mais pour des raisons de sécurité c’est important. Dans le même registre, nous vous conseillons l’emploi de boîte mail cryptée (hushmail par exemple), et de protections efficaces (réseau thor…). De nombreux sites spécialisés indiquent comment se protéger au maximum sur internet. La meilleure règle reste tout de même celle du silence : moins on en dit et moins on en sait, moins il y  de risque, dès qu’il s’agit d’action politique.

Les medias sont variés : blogs, sites, page facebook, compte twitter, listes de diffusion, forums. Il est tentant de perdre son temps en se dispersant, ou d’entrer dans des polémiques interminables ne faisant pas avancer les choses ; à moins de s’ennuyer pas la peine de répondre à tous les petits fachos « internet warriors » de la toile donc, mieux vaut se concentrer sur la création de contre-medias. Il est pour cela très facile de se faire un site, le format le plus accessible étant le blog (avec WordPress comme celui que vous lisez, avec Overblog, ou autre). Pour être efficace et progresser l’important est de déterminer une ligne conductrice et de s’y tenir, et si possible d’agir en réseau en créant des contacts.

A ce niveau là, deux choses sont à prendre en compte. D’abord, le rapport dialectique entre internet et vie courante : internet doit permettre de mettre en valeur des actions réelles et de diffuser des idées, mais aucun media ne se suffit à lui-même, il ne faut pas perdre de vue l’importance fondamentale de l’action de terrain. Ensuite, un bon équilibre entre agitation et propagande permet d’éviter de rester dans la « pose » ou de partir dans des textes théoriques interminables qui risquent de ne pas être lus.

L’esthétique est également un bon moyen d’être lu et connu. Des logiciels de traitement d’image comme Photoshop, Gimp (gratuit), ou Publisher (pour les textes, les tracts, les affiches) permettent d’avoir une communication efficace sur le fond comme sur la forme.

Dans la rue

Pour faire connaitre ses idées dans la rue, à part lors des manifestations habituelles qui mériteraient un article plus long, il existe quelques modes d’action.

Le plus connu est le tractage : un groupe de personne (ça peut être seulement 2 ou 3 individus, cela dépend de la zone à couvrir et des risques éventuels) diffusent un tract sur un sujet précis, en général une brève analyse ou un appel à un évènement. Cette méthode est assez aléatoire puisqu’elle peut donner l’impression d’une large diffusion sans forcément d’effet : un tract est souvent reçu comme une publicité, pas forcément lu ni conservé.

Là encore il est préférable d’opter pour un message bref, sur un papier de petit format, avec éventuellement une image ou un symbole choc.

Le lieu de tractage et le contenu dépendent du public visé (lycéens, étudiants, salariés, ouvriers). Mais tout cela relève du bon sens plus que de la stratégie…

Un autre mode d’action est le happening, et l’action coup de poing : c’est le cas des autoréductions  (récupération de produits dans un grand magasin pour les redistribuer, ou opération « transports gratuits »/ »péage gratuit », très efficaces puisque permettant d’obtenir des dons tout en rendant service à beaucoup de gens, et des grèves de loyers). Mais ce genre d’action peut aussi prendre la forme d’une banderole accrochée lors d’un évènement attirant beaucoup de monde, d’un regroupement massif surprise, d’un blocage de protestation… Bref, les modes d’action sont variés, du tractage au black bloc. Il serait inutile de les détailler tous ici. Les principes qui doivent guider l’action sont la sécurité (en organisant des binômes pendant les actions, en prévoyant des numéros d’avocats, en connaissant ses droits, en se dispersant de façon ordonnée, en étant équipés en fonction des circonstances), la bonne estimation de ses forces (pour ne pas se sous-estimer ni se surestimer), et l’efficacité (Quel objectif vise-t-on ? Quel niveau de radicalité ? Quel est le message, et destiné à qui ? Quelles sont les modalités ?).

Sur les murs

Les murs sont en général un bon indicateur de la contestation sociale : dans les zones où des luttes sont en cours, ou ayant une tradition contestataire, on peut voir de nombreux tags, affiches, messages politiques, etc.

Pour commencer, les messages à la peinture. Ils peuvent être efficaces sans nécessiter un grand tallent dans l’art du graff. Acheter des bombes de peinture en magasin (ou en récupérer ailleurs) ou des feutres style poscas permet de faire des miracles. Pour qu’un message soit lisible, il doit être assez grand, assez simple, et d’une couleur contrastant avec le support. Le seau de peinture blanche et le rouleau sont aussi intéressants, et très utilisés en Italie par exemple. Pour ce qui est des logos et symboles, le pochoir reste la solution la plus efficace et la plus jolie. Il suffit pour cela de découper au cutter la forme que l’on veut obtenir sur du carton ou mieux, sur des radios (des radios anonymisées peuvent être demandées gratuitement dans n’importe quel centre de radioscopie), après l’avoir dessinée. De nombreux exemples déjà préparés sont trouvables sur internet. Un message complexe peut être dessiné à l’avance sur du papier grand format et collé ensuite (le mieux étant le papier de tapisserie).

Sur un sujet précis, une banderole peinte (bâche publicitaire, drap) accrochée sur un pont routier ou devant un lieu de passage est un excellent moyen de diffuser un message très rapidement.

Les organisations politiques utilisent aussi massivement les affiches et les autocollants. Les affiches ne sont pas destinées à rester longtemps : elles sont rapidement recouvertes, arrachées, nettoyées. Par contre elles peuvent être assez esthétiques. Comme les autocollants nous vous conseillons de les imprimer en groupe pour diminuer les frais. Une affiche est vue quand elle est collée massivement, en les disposant par groupes de dix ou plus si possible. Avec un simple balai elles peuvent aussi être collées en hauteur pour durer plus longtemps.

Enfin, les autocollants : si leur petite taille ne leur permet pas de remplacer les affiches, ils sont beaucoup plus simples à utiliser puisqu’ils peuvent être utilisés n’importe quand tant qu’on en a sur soit. Pas mal pour saturer l’espace avec une image et un slogan. Le mieux est de les coller derrière les panneaux, sur les poteaux, sur toutes les surfaces plates et rarement nettoyées.

Voilà, ce récapitulatif n’a pas vocation à pousser la réflexion en profondeur ni à être exhaustif. Par contre, il permettra peut être de donner des idées à des gens voulant se lancer.

Ci-après, le lien vers l’article dans son contexte d’origine :

http://feudeprairie.wordpress.com/2011/12/02/petit-recapitulatif-des-methodes-de-communication-militante/

L’école du Front National : mythologie et ultralibéralisme

23/10/2011

Dans les temps qui viennent, la Colonne de Fer publiera plusieurs articles visant à dénoncer l’imposture du Front National, un parti prétendument « antisystème », en réalité au service des puissants. Pas d’anathèmes antifascistes ici, juste une analyse rigoureuse du programme du FN.

Nous débuterons ce travail en abordant les question de l’éducation et de l’école.

Lorsque l’on veut regarder le programme du Front National sur son site internet et que l’on clique sur l’onglet « éducation et formation », on tombe sur un message nous prévenant que cette partie n’est pas encore accessible. On ne trouve qu’une vidéo de Marine Le Pen intitulée « Refonder l’école », dont le son ne fonctionne pas. Mais lorsque l’on approfondit les recherches, on trouve un discours-programme prononcé par Le Pen lors d’un colloque du club « Idées & Nation » le 29 septembre 2011 sur le thème « Comment redresser l’école de la République ? ». C’est sur ce discours là que nous nous baserons, en attendant la version définitive du site du FN, prévue pour très bientôt (qui sera peut-être lancée lorsque vous lirez cet article).

Dans ce discours, Le Pen part du constat que l’école va mal, et énumère et développe un ensemble de propositions, qui, on peut le supposer, seront mises en œuvre par le Front National si celui-ci arrivait au pouvoir. Elle ne parle pas ici, volontairement, de l’enseignement supérieur, question qui fera l’objet d’un article séparé.

La tolérance zéro, bien sûr…

Comme on peut s’en douter, le programme du FN en matière d’éducation fait la part belle à la question de la sécurité dans les écoles, avec pour mot d’ordre la tolérance zéro. L’école y est décrite comme un lieu effroyable, ou les professeurs sont « tapés, violentés, parfois même poignardés par un élève ou un parent d’élève ». Pour Le Pen, la résolution de ce problème passe par des peines alourdies, par la mise en place de détecteurs de métaux dans les établissements les plus dangereux, par l’instauration de rondes de police dans les établissements et par le fait de punir au portefeuille les parents d’enfants perturbateurs. Bref, rien de bien nouveau, dans la mesure où c’est dans ce sens là que vont toutes les annonces gouvernementales depuis plusieurs années. Comme avec Sarkozy, la seule réponse apportée est la répression. Rien n’est fait pour combattre les causes de l’insécurité, on préfère les annonces spectaculaires au travail de fond. Ca n’améliore rien, mais ça permet de donner l’illusion que l’on fait quelque chose : le FN, « parti antisystème », semble avoir bien intégré les bases de la politique-spectacle !

Mais limiter le programme du FN à son seul aspect sécuritaire serait une erreur. En fait, c’est même loin d’être ce qu’il y a de plus important. Le projet de Le Pen pour l’école concerne avant tout les questions pédagogiques. Ici, les choses sont claires : « l’école doit être une sorte de sanctuaire, mettant à l’abri des modes et des lubies l’exigence de transmission des savoirs, des connaissances et du goût de l’effort ».

Si Marine Le Pen vous le dit, c’est que ça doit être vrai…

Dans son discours, Le Pen s’en prend violemment aux « expériences pédagogistes ». Le professeur est au dessus des élèves en tout (« l’élève n’est pas l’égal du professeur »), ce qui implique le retour à tout un tas de règles montrant la soumission à son autorité : les élèves devront se lever quand l’enseignant entre en classe, le tutoiement de l’enseignant par l’élève sera formellement banni « dans tous les établissements scolaires » (c’est à dire y compris dans les écoles maternelles, à un âge où l’enfant ne maîtrise pas suffisamment la langue pour comprendre les subtilités du tutoiement et du vouvoiement…), etc… Globalement, c’est la discipline et la soumission à l’autorité qui sont au centre du projet pédagogique du FN. L’importance des punitions est réaffirmé, et Le Pen insiste sur le fait que « les rangs à l’école primaire devront être de vrais rangs, ordonnés, calmes ». Dans le monde d’aujourd’hui, on comprend la nécessité impérieuse de faire de ce point une priorité absolue…

Mais la remise en cause des méthodes d’éducation « imbibées de l’esprit de 68 » concerne principalement les programmes scolaires. Ainsi, l’école primaire devra se centrer sur « l’apprentissage des savoirs fondamentaux : français, calcul. Il faudra ainsi augmenter le nombre d’heures consacrées à ces matières, qui n’a eu de cesse de baisser depuis les années 1960. L’école qui se disperse dans des matières moins essentielles est une école de l’injustice sociale, parce que l’enfant de riches pourra toujours compenser par des cours particuliers hors de prix les lacunes essentielles de l’école, alors que l’enfant des milieux populaires, mais aussi de plus en plus de la classe moyenne, n’a que l’école, ne peut compter sur ce service public de la Nation. Ainsi, il n’est pas utile de remplir le cerveau de nos petits d’anglais ou d’autres langues étrangères dès la maternelle. […] On cessera les aventures pédagogistes : la méthode syllabique doit être obligatoire en CP, l’histoire doit être apprise de façon chronologique tout au long de la scolarité, évidemment. La géographie enseignée sur des cartes, et la carte de France bien connue : nos fleuves, nos montagnes, nos départements. Bien sûr mes chers amis, on remettra au cœur des programmes scolaires l’apprentissage de l’Histoire de France ! Parce qu’il est fou de ne plus apprendre les grands noms de notre Histoire, de notre glorieuse Histoire, à nos enfants ! Clovis, Henri IV, Louis XIV, Napoléon doivent être enseignés ! ». Concernant l’apprentissage de la langue française, « il faudra fixer une bonne fois pour toutes les termes et les mots employés, et veiller à ne pas sans cesse complexifier les choses pour le plaisir de les complexifier. »

Ainsi, sous couvert de bon sens, Marine Le Pen nous montre un aspect intéressant de son programme, à savoir que les contenus et les méthodes d’enseignements ne seront plus fixés par les pédagogues ou les enseignants, mais par…elle même ! La manière d’apprendre le français en CP ne lui convient pas ? On la change ! L’Histoire de France telle qu’enseignée aux enfants n’est pas celle qui lui convient ? Faisons table rase de tout ça pour limiter l’Histoire à une succession de grandes dates et de grands hommes, conception par ailleurs totalement imbécile et sensationnaliste. Quant au français, il s’agit d’une langue vivante, en perpétuelle évolution, en lien avec la société ; il est dommage que celle qui prétend défendre les français ait décidé de faire de leur langue une langue morte !

Une mythologie au service du Capital

Concrètement, en insistant sur les valeurs de discipline et de travail, en mettant en avant le bon sens et des enseignements figés dans un monde qui perd la tête, Marine Le Pen parle à l’imaginaire collectif en faisant miroiter le retour à un « âge d’or » : l’école de la Troisième République. Elle ne dit pas autre chose lorsqu’elle affirme que les enseignants « devront être, les hussards noirs de notre République française du XXIème siècle ». Le Pen utilise ainsi l’image d’Epinal de l’école de Jules Ferry : cette école de l’ascension sociale, avec ses élèves en file indienne dans la cour, ses instituteurs respectés et ses bonnets d’âne. Hélas, on ne forge pas un projet pédagogique sur des chimères ! Car cette école de l’âge d’or ne relève de rien d’autre que de la mythologie. L’école de Jules Ferry n’a jamais servi à supprimer les différences sociales : si l’école primaire obligatoire servait à acquérir des savoirs de base et à souder les citoyens autour de la République (les préparant notamment idéologiquement à aller servir les intérêts des puissants dans les abattoirs de 14-18), l’enseignement secondaire était réservé aux enfants de la bourgeoisie, et seule un poignée d’élèves des classes populaires accédaient à un enseignement supérieur leur permettant d’accéder à des concours administratifs…et de perpétuer le mythe républicain !

D’ailleurs, Marine Le Pen ne s’y trompe pas : une autre de ses ambitions est de mettre fin au collège unique et de mettre en place des sections techniques et manuelles au collège, afin d’éviter que les élèves en difficulté ne « végètent dans des filières qui ne sont pas faites pour eux ». Ce faisant, le Front National opérerait dès l’entrée au collège une sélection entre les élèves qui auraient accès à un enseignement secondaire ouvrant la voie à des études supérieures, et des élèves ne maîtrisant que les savoirs fondamentaux (calcul, écriture) allant engorger des filières servant à produire des travailleurs soumis et dociles. Bien sûr, ceux-ci seraient ultra-majoritairement les enfants des classes populaires, seule une poignée d’entre eux pouvant avoir accès à des aides (scolaires et sociales) au mérite. Ainsi, la reproduction sociale s’aggraverait encore, pour le plus grand bonheur des actionnaires en recherche de main d’œuvre bon marché… Le patronat en a rêvé, Le Pen le fera !

Ici, nous voyons la réalité du projet du FN : Le Pen nous prend pour des cons en nous vendant des mythes, mais son rêve d’âge d’or n’est qu’un cauchemar pour tous les enfants des classes populaires prêts à lui accorder leur confiance !

L’école, une entreprise comme une autre

Le projet du FN, c’est donc le capitalisme le plus sauvage, derrière le masque de la bonhomie républicaine…Masque qui d’ailleurs vole en éclat lorsque l’on regarde les autres propositions de Le Pen : ainsi, si elle entend stopper les suppressions de postes d’enseignants, elle n’entend pas rétablir ceux supprimés par Sarkozy (invoquant des logiques comptables), et avoue vouloir faire des économies en supprimant des postes non-enseignants (comme si l’éducation nationale n’avait pas besoin de personnels administratifs, d’assistants d’éducation, etc…). Elle entend également « imposer aux professeurs un temps de présence supplémentaire au sein de leur établissement » (c’est bien connu, les enseignants sont des faignants qui ne travaillent pas assez) et  » lutter contre la politisation de l’Éducation nationale, en interdisant les manifestations politiques d’enseignants organisées pendant les heures de cours » (toutes les questions liées au statut, à l’emploi ou aux conditions de travail étant des questions politiques, cela revient à interdire toute expression publique de mécontentement aux enseignants ; Le Pen ne dit pas ce qu’il advient du droit de grève, mais on peut craindre le pire…) [note : ces deux propositions ne sont pas évoquées dans le discours de Le Pen, mais dans le programme du FN concernant la jeunesse].

Enfin, le meilleur pour la fin : Marine Le Pen veut « revoir le statut de l’école, créer un nouveau type d’établissement public, doté de la personnalité juridique et d’une autonomie administrative et financière. On en parle depuis longtemps, mais rien ne bouge. Je le ferai. Soumis à l’autorité des acteurs institutionnels (Etat et collectivités territoriales), le directeur d’école souffre en outre d’un manque cruel de légitimité pour assurer les responsabilités qui sont les siennes. […] Il doit avoir ce rôle de véritable «manager » chargé d’impulser le projet pédagogique de l’école en dialogue permanent avec l’ensemble des acteurs de la communauté éducative ». Effectivement, on en parle depuis longtemps…dans les milieux ultralibéraux. Cette mesure a été mise en place il y a 3 ans par Sarkozy au niveau des Universités, convertissant celles-ci aux lois de l’entreprise et transformant leurs présidents en managers cherchant à rendre leurs établissements attractifs pour continuer à toucher autant d’argent. Elle a provoqué un tollé auprès des enseignants et des étudiants, entrainant plusieurs mois de grève et de contestation à travers la France, si bien que les gouvernements les plus soumis au libéralisme n’osent pas la mettre en place au niveau des établissements scolaires. Donner à chaque école l’autonomie administrative et financière revient à casser tout cadrage national des programmes, à mettre toutes les écoles en concurrence directe, et à faire rentrer les logiques patronales au sein de l’école. Cela signifierait également la fin de l’école gratuite, chaque établissement devant trouver des moyens de s’autofinancer. Ce serait une catastrophe pour toutes les classes moyennes et populaires, en totale contradiction avec tous les principes de l’école républicaine. Moins grave mais plus étonnant, ce serait en contradiction totale avec toutes les autres propositions de Marine Le Pen : si chaque directeur d’école s’occupe de fixer les règles de son établissement, les enseignements, les programmes, tout ce qu’a dit Le Pen sur les règles, enseignements et programmes comme ciments de l’école républicaine avant est sans effet.

Dans un même discours, Le Pen trouve moyen de dire tout et son contraire, de promettre des choses absolument contradictoires, de nous vendre du rêve pour mieux nous saigner…

Comme la politicarde magouilleuse vendue aux exploiteurs qu’elle est !

Demain, partout dans ta ville !

14/09/2011