Programme économique du FN : beaucoup de bruit pour rien

Pour continuer à mettre en lumière les impostures du Front National, la Colonne de Fer a voulu se pencher sur les détails du programme économique du parti d’extrême droite. Nous savions que Marine Le Pen souhaitait rompre, au moins en apparence, avec l’ultra-libéralisme du père (à l’époque de Jean-Marie, le parti prônait notamment la suppression de la retraite par répartition et de l’impôt sur le revenu), mais encore nous restait-il à savoir comment.

Nous avons donc pris nos ordinateurs, ressortis nos vieux manuels d’économie de Terminale ES, et nous sommes rendus sur le site du Front National, direction programme…et là, nous sommes tombés sur une difficulté que nous n’avions pas prévu.

Pour expliquer notre problème, permettons-nous une analogie entre le travail que nous avions entrepris et celui d’un critique de cinéma. Quand le critique tombe sur une grosse bouse sans imagination, comme le cinéma américain ou Luc Besson en produisent tous les mois, son travail est vite fait. Mais imaginez maintenant de devoir faire la critique d’un vrai nanard de chez nanard, genre un film turc qui reprendrait des passages entiers d’autres films, dont les personnages changeraient de nom et de visage au cours du film, où de nombreuses répliques n’auraient pas le moindre sens, où le preneur de son apparaitrait dans le coin de l’écran une bonne dizaine de fois, et où des acteurs surjouant à mort évolueraient dans un mélange de Star Wars, Autant en Emporte le Vent et Les bronzés font du ski, tout en passant la moitié du film à lire du Spinoza en mangeant des yaourts. Vous ne sauriez pas quoi dire tellement vous seriez sidérés, et ce serait carrément normal.

Eh bien, bosser sur le programme économique de Marine Le Pen, c’est un peu la même chose : l’esprit humain n’y est pas préparé. Heureusement, les capacités de la Colonne de Fer sont surhumaines, et c’est munis de nos combinaisons en téflon anti-portnawak que nous avons bravé les multiples inepties et contradictions de celle que l’on appelle déjà « la Ed Wood de la politique » afin d’extraire de son « programme » toute sa substantifique moelle.

Vous nous direz, c’est pas sympa de tirer sur une ambulance comme ça. Démonter le programme économique de Le Pen, tout le monde le fait. Certes, mais il nous a paru intéressant de le faire avec notre grille de lecture à nous. Pour ce faire, revenons à notre comparaison de cinéphiles : la Marine Le Pen réalisatrice nous a donc concocté un film aberrant, incohérent, truffé d’erreurs de montage et de fautes de goûts. Mais si l’on met de côté tous ces partis-pris maladroits, que l’on épure le film pour se concentrer sur le seul synopsis, on se rend compte que celui-ci est d’une platitude et d’une absence d’originalité et d’ambitions incroyable…une histoire incroyablement banale en somme, avec toujours à la fin les travailleurs et les chômeurs qui perdent.

Partie 1 : la rigueur

Comme tout programme économique, celui de Le Pen comporte deux volets : un de politique budgétaire et un de politique monétaire, plus ou moins articulés l’un à l’autre, la politique budgétaire étant l’ensemble des mesures consistant à jouer sur les recettes et les dépenses publiques pour stimuler l’activité, et la politique monétaire l’action des autorités sur l’offre de monnaie. Aujourd’hui nous ne traiterons que de la politique budgétaire. La politique monétaire envisagée par le FN fera l’objet d’un article séparé.

Pour ce qui nous concerne aujourd’hui, force est d’avouer que Le Pen ne se démarque guère, hormis par ses grandes envolées lyriques, de ses concurrents.

Elle prétend ainsi lutter contre l’austérité imposée par l’Europe , mais affiche pour principale ambition de « réduire drastiquement les dépenses inutiles et néfastes pour le pays » afin de répondre à « l’obligation d’un déficit structurel égal à zéro ». En gros, Le Pen refuse de se faire imposer une politique d’austérité par l’Europe, mais entend tout de même mettre en place cette politique ; à ce compte là, c’est bien la peine de gueuler…

Cependant, contrairement à son papa, Marine Le Pen affirme défendre les services publics, et ne pas vouloir réduire les dépenses de l’Etat à leur détriment. Là encore, elle manie la langue de bois, puisqu’elle n’hésite pas à présenter la sauvegarde des services publics comme une question « de première importance » et à s’insurger contre les suppressions de postes dans la fonction publique, avant de montrer son vrai visage en affichant ses propositions concrètes, qui sont de « moderniser et rationaliser le fonctionnement des services publics marchands » via « un effort d’organisation et d’efficacité », et de « stabiliser » et « réduire » les effectifs de l’Etat et des collectivités territoriales. Marine Le Pen, ou l’art de dire tout et son contraire, et de reprendre à son compte les méthodes libérales appliquées depuis 30 ans, en se présentant comme la candidate du peuple. Balèze !

Bon, pour une fois, soyons sympas, considérons que ce double langage n’est que le fruit de notre mauvaise foi et que Marine Le Pen est sincère quand elle prétend ne pas faire d’économies sur le service public. Dans ce cas comment compte-t-elle s’y prendre ? Qu’est-ce qui constitue, pour elle, les « dépenses inutiles et néfastes » ? Eh bien principalement l’immigration, bien sûr, et la fraude.

Nous détaillerons dans un article ultérieur les inepties du Front National concernant l’immigration. Contentons nous ici de dire que les chiffres avancés par Le Pen, qui prétend économiser 40 milliards sur 5 ans en faisant la chasse aux immigrés semblent bien fantaisistes, dans la mesure où certaines études montrent que l’immigration légale constituerait en réalité une manne financière et non un coût pour l’Etat, et qu’il semble bien difficile de mesurer les coût liés à une immigration clandestine par nature impossible à estimer. En revanche, on sait qu’une politique consistant à traquer les étrangers nécessitera beaucoup d’argent…

Concernant la fraude, ce sont ici « les petits », ceux que Marine Le Pen prétend représenter, qui sont pointés du doigt. Le discours est le même que chez Sarkozy : le chômeur sera soumis à des contrôles plus importants et à une « obligation d’acceptation d’un emploi ». Encore une fois, le chômeur est présenté comme un faignant qui ne fait pas d’efforts. Autres responsables de la ruine du pays d’après Le Pen ? « Les fraudes à la sécurité sociale » ; sans doute les salauds d’ouvriers qui se font faire des arrêts maladies alors qu’ils pourraient aller bosser…

Ces ouvriers, Le Pen prétend penser à eux : elle va même augmenter tous les salaires jusqu’à 1,4 fois le SMIC de 200 euros. Seulement, cette augmentation, Le Pen veut la faire sans que l’entreprise n’augmente ses dépenses. Aussi, elle la fait payer par l’Etat, via la suppression des cotisations sociales salariales, normalement allouées à la Sécurité Sociale. Comment Le Pen entend-elle compenser ce manque-à-gagner d’argent utile à la collectivité ? En taxant les marchandises importées de 3%, c’est à dire en organisant la hausse des prix des produits importés, des matières premières, du gaz ou encore du pétrole. Or qui devra payer la différence ? Le travailleur dont le salaire vient d’augmenter de 200 euros, pardi ! Situation exemplaire où Marine Le Pen reprend d’une main ce qu’elle donne de l’autre.

Partie 2 : la rigueur aussi, mais pas pour les riches

Bien sûr, autoproclamée candidate d’un peuple qu’elle ne cesse de trainer dans la boue, Marine est bien obligée de taper également sur quelques gros, ne serait-ce que pour montrer que ce n’est pas le système économique qui est biaisé, mais que le problème vient seulement d’une poignée de patrons sans scrupules qui ne respecteraient pas les lois du capitalisme… Aussi, elle pointe également du doigt ceux qui s’enrichissent grâce aux niches fiscales, et se présente comme la candidate des PME face aux gros de la finance. Pourtant, au vu de la politique fiscale préconisée par son parti, il semblerait que les riches n’aient guère à craindre pour leurs fesses.

Ainsi, si l’impôt est présenté comme un instrument de solidarité national indispensable, il est aussitôt souligné qu’il « doit rester aussi faible que possible ».

Et si Le Pen entend rendre l’impôt sur le revenu plus progressif afin d’être plus juste et équitable, le manque d’ambition des propositions concrètes laisse pantois. Pour commencer, Le Pen évoque la « création de nouvelles tranches intermédiaires », mais sans préciser ni combien, ni à quel niveau de revenu elles correspondront, ni à quelle hauteur elles seront taxées. Pour un projet présidentiel, il y a du sérieux, mais passons. Concernant la tranche supérieure, Marine Le Pen veut élever le niveau de prélèvement à 46%…contre 41% aujourd’hui. Quand on sait que cette tranche concerne les personnes déclarant un revenu supérieur à 70 000 euros par an, on se dit que ça va, la mesure révolutionnaire de Marine Le Pen ne devrait pas trop les foutre dans la merde… Mais surtout, Marine va donc créer des tranches intermédiaires supplémentaires, mais aucune tranche supérieure, ce qui fait qu’aucun ménage ne sera imposé au dessus de ces 46%, que le revenu annuel des personnes soit de 70 000 de 150 000 ou de 300 000 euros par an. Encore une fois, Super-Menteuse prétend soutenir les classes moyennes, et va en réalité leur faire supporter l’essentiel de l’impôt sur les revenus, pendant que les super-riches pourront dormir tranquilles. Globalement, quand Marine Le Pen prétend qu’elle est de votre côté, méfiez-vous…

Du côté de la fiscalité des entreprises, on utilise les mêmes tours de passe-passe. Le FN prétend rendre progressif l’impôt sur les sociétés pour favoriser les PME, avec la mise en place de 3 taux d’imposition à 15%, 25% et 34%. Pour les grosses entreprises, la différence sera de taille, puisque leur taux d’imposition est aujourd’hui de 33,33%… Mais surtout, le taux d’imposition réduit à 15% existe déjà pour les PME ! Ce que Le Pen présente comme le rétablissement de la justice fiscal, c’est donc le maintien de ce qui existe aujourd’hui. Pour une candidate « antisystème », il faut avouer que c’est une conception intéressante… Pourtant, il existe une différence de taille entre l’impôt sur les sociétés (IS) d’aujourd’hui et celui de Marine Le Pen : c’est que l’IS de Marine est en réalité la fusion de l’IS actuel et d’un autre impôt, la Contribution économique Territoriale (CET), destinée aux collectivités locale. Les recettes engendrées connaitront « un partage pour 2/3 pour le budget de l’Etat et 1/3 pour le budget des Collectivités ». Au final, sous couvert de justice sociale, Marine Le Pen fait chuter d’un tiers les recettes perçues par l’Etat grâce à l’IS, et procède à une manœuvre qui revient à supprimer la CET pour les entreprises. Du pain béni pour les actionnaires…

Tout le reste est du même acabit. L’impôt sur la fortune et la taxe foncière sont supprimés pour donner naissance à un impôt unique…sur lequel aucune information n’est donnée. Il en est de même pour toutes les « taxes et impôts dont le rendement fiscal est inférieur à 50 millions d’euros par an ».

Bref, la justice fiscale du FN ne profite qu’aux riches. Le Front National fait tout un ensemble de promesses sociales (nous verrons cela dans un futur article sur la politique sociale du FN) qu’il sera incapable de tenir faute d’argent. Dans le même temps, nous voyons que le FN entend imposer l’austérité aux travailleurs et aux chômeurs, et continuer les cadeaux aux riches. Le projet budgétaire du FN est donc un projet de droite, libéral, somme toute assez classique. Il n’y a absolument rien d’antisystème, d’anticapitaliste ou même de social là dedans. Simplement, la réalité des propositions est noyée dans un discours pompeux et contradictoire. Et comme d’habitude, les classes populaires paieront les pots cassés.

A suivre : Marine Le Pen, la monnaie et le capitalisme des imbéciles, ou Le retour du programme économique du FN… (mais pas tout de suite)

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