Situation en Grèce: Interview de Dimitra, prof au chomage.

Le vote d’un nouveau plan d’austérité en Grèce cette semaine, et les réactions très impressionnantes, autant par le nombre de manifestants que par la violence insurrectionnelle de la population, suscite de plus en plus de commentaires sur la situation honteuse dans laquelle est plongé le peuple grec depuis plus de deux ans. Une situation que seule une victoire de la rue semble pouvoir faire évoluer. La Colonne de Fer a posé quelques question à Dimitra, 35 ans, professeure actuellement au chômage, à Athènes.  

Le centre ville d'Athènes noir de monde, le 12 février dernier

 La Colonne de Fer: Comment les grecs ont il réagit à ce nouveau plan d’austérité ? Trouvent-ils encore la force de se battre ?

 Dimitra : Les grecs sont déjà désespérés par ce qu’il s’est passé au cours des deux dernières années. Aujourd’hui, les gens ont le sentiment que, de toute façon, on n’a plus rien à perdre.

CdF : Qu’est ce que ces plans de rigueur à répétition changent concrètement pour la population grecque ?

 D. :Le chômage a atteint des chiffres records. Il touche environ une personne sur quatre actuellement. En ce qui concerne ma profession, celle de professeur, les salaires ont été réduits d’environ 300 à 400 euros. En gros, pour donner un exemple, ceux qui touchaient un salaire de 1200 euros l’année dernière, touchent environ 800 euros aujourd’hui. Et ça, ça concerne ceux qui ont la chance de ne pas avoir été licenciés… comme moi. A coté de ça, le cout de la vie reste le même, voir a augmenté. Avec le dernier plan d’austérité, le salaire minimum a été diminué de 22% pour les plus de 25 ans, et de plus de 30% pour les jeunes.

 CdF : On est habitué à voir des images assez impressionnantes sur les mouvements sociaux en Grèce. Comment se manifeste la résistance des gens aujourd’hui ?

 D. :Très violemment. Vous avez vu ce qu’il s’est passé, le 12 février, place Syntagma, en plein centre ville d’Athènes ? Des dizaines de bâtiments ont été incendiés, cassés, détruits sous les applaudissements de la population !

CdF :Dans ces manifestations, l’Union Européenne est très souvent montrée du doigt. Comment les grecs voient ils l’Union aujourd’hui ?

 D. :Je pense que les grecs ont perdu toutes les illusions qu’ils avaient encore sur l’Union Européenne. L’idée, partagé durant des années, qu’avec l’entrée dans l’Union Européenne, la Grèce allait devenir automatiquement un membre considéré à égalité des autres n’existe plus. Maintenant, les gens sont vraiment hostiles à l’Europe (et encore plus à certains pays d’Europe comme l’Allemagne et la France), mais ils ont quand même peur de la possibilité d’une exclusion de la Grèce du pays.

 CdF : Comment vois-tu l’avenir économique en Grèce ?

 D. : Je pense que le futur économique de la Grèce, comme de tous les autres pays, dépendra de la capacité de la classe ouvrière à prendre le contrôle de la production. Si ça n’arrive pas, nous serons condamnés à une production essentiellement basée sur les service et à un cout très bas du travail, comme beaucoup de pays de l’Est de l’Europe.

CdF : On a du mal à voir des perspectives politiques se dégager en Grèce aujourd’hui. Au mois d’avril, il y aura des élections législatives. Elle ne semble soulever aucun enthousiasme. Comment expliquer ça ?

D. :Aujourd’hui, il n’y a plus aucune tolérance des gens envers les politiciens. On le voit depuis un certain temps : il y a énormément d’incidents dans lesquels des politiciens sont interrompus dans leurs discours, attaqués verbalement, ou même physiquement, dans des conférences, des meetings, ou même des restaurants. Les gens n’ont plus aucune confiance.

CdF : Ici, en France, on nous parle de plus en plus, de l’arrivée d’une vague d’immigrés grecs cherchant à fuir le pays. Qu’en est il réellement ?

D. : C’est vrai qu’une nouvelle vague d’émigration est en train de toucher la Grèce. La plupart de ces nouveaux émigrés sont des jeunes mais pas seulement. On voit de plus en plus de familles entières quitter le pays. Ils partent pour avoir une vie meilleure. Pas vraiment pour avoir un meilleur boulot, mais simplement pour pouvoir survivre. D’autres profitent de départs dans le cadre de leurs études pour essayer de s’installer ailleurs, ou au moins de retarder leur retour.

 A l’heure où l’on commence à parler de l’application d’une cure d’austérité généralisée à toute l’Europe, la résistance courageuse du peuple grec doit trouver, plus que jamais, échos à nos oreilles. Ce qui se passe aujourd’hui en Grèce, si l’on ne réagit pas, sera bientôt notre quotidien, à nous aussi. Il est temps de s’unir pour affirmer le désir d’une société plus juste, basée sur le partage des richesses et la propriété collective des moyens de production. Une société démocratique. Une société socialiste. Le peuple grec n’a plus besoin de notre seule solidarité, il a besoin, maintenant, qu’on le suive !

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Une Réponse to “Situation en Grèce: Interview de Dimitra, prof au chomage.”

  1. Pellicier Says:

    Je suis assez optimiste sur la situation de la Grèce par rapport à celle qu’elle était il y a quelques mois. Maintenant que le KKE est viré des manifs à coup de pierres et que sa collaboration avec les néo-nazis de l’Aube Dorée a été mise à jour lorsqu’ils sont venus « soutenir » les grévistes des aciéries (mouvement presque totalement contrôlé par le KKE/PAME).
    L’exemple de l’hôpital Kilkis est aussi très encourageant et est apparemment bien suivit et reproduit dans toute la Grèce.

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