Les révolutionnaires aussi offrent des cadeaux à noël !

En cette fin d’année, Noël arrive à grands pas. Vous savez, Noël, c’est cette horrible fête chrétienne et capitaliste, ode à la famille bourgeoise s’il en est, qu’on ne devrait pas forcément célébrer si on vivait totalement en accord avec nos convictions.

Seulement, à la Colonne de Fer, on est des gens normaux. Du coup, malgré la crise et le fait qu’on ait pas de sous, on profite du mois de décembre pour aller affronter le froid et la foule de la rue Nationale à la recherche d’un cadeau pour maman ou pour notre petit neveu, que l’on mettra au pied du sapin pour fêter la naissance de l’enfant Jésus. Et comme on pense que globalement vous faites pareil, on s’est dit que ça pourrait être sympa de vous aider un peu si vous séchez et que vous voulez offrir des cadeaux pas trop cons (genre pas le dernier BHL…).

D’aucuns seront peut être surpris par nos sélections très mainstream, mais notre but est de verser tant dans l’accessible que dans le facile à trouver, pas de vous conseiller d’offrir à votre tante un fac-similé de l’édition de 1917 des Textes sur la jeunesse de Lénine, à commander 3 mois à l’avance en découpant le bon de commande sur le journal de l’Union pour une Renaissance Communiste en France. Pour le reste, on sera sans doute passé à côté de trucs vachement biens. Nous n’avons pas la prétention d’être exhaustifs.

Romans :

Le Bloc – Jérôme Leroy, Gallimard (17€50)

Alors que la France est en proie aux émeutes, le Bloc Patriotique s’apprête à entrer au gouvernement. 2 hommes se remémorent le chemin parcouru : Antoine, écrivain bourgeois, est un des idéologues du parti ; Stanko, prolétaire rongé par la haine, responsable du service d’ordre. Demain, l’un d’eux devra mourir, pour l’intérêt du parti. Ils le savent et ne regrettent rien… Un roman noir qui traite de la montée de l’extrême droite de manière intelligente, à travers le regard de 2 hommes perdus et cyniques. 2 « fascistes » extrêmement humains, qui dans d’autres circonstances, auraient pu se trouver dans les rangs de la gauche radicale si celle-ci avait gardé de la lutte des classes autre chose que des mots prononcés 1000 fois, s’ils avaient fait d’autres rencontres, si… Un grand roman doublé d’une analyse percutante.

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De mémoire (3), La courte saison des GARI : Toulouse 1974 – Jann-Marc Rouillan, Agone (22€)

Héritier de mai 68 et d’une Révolution espagnole exilée à Toulouse, le jeune Jean-Marc a tracé son chemin, des barricades du Mirail à la lutte armée de Barcelone. En 1974, tous les moyens sont bons pour déstabiliser le régime franquiste à l’agonie, sauver Puig Antich, l’ami condamné à mort, et contrecarrer les projets de « transition pacifique » de la grande bourgeoisie espagnole. En semie-liberté après avoir passé plus de 20 ans dans les prisons françaises pour ses activités avec Action Directe, Jann-Marc Rouillan poursuit le roman de sa vie en nous plongeant dans la réalité des « années de plomb », quand lui et ses potes combattaient le franquisme au sein des GARI et vivaient tout un tas d’aventures improbables, à 1000 lieues des clichés du guérillero coincé du cul. Vie en communauté, défonce au LSD dans les rues d’Amsterdam, plans improbables pour retenir un otage dans une grange régulièrement visitée par les pensionnaires de l’asile de fous voisin… Une tranche de vie quotidienne dans les 70’s : drôle, décalé, rock’n roll…et très politique ! (à lire aussi les tomes 1 et 2)

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L’homme qui aimait les chiens – Léonardo Padura, Metaillé (24€)

A la mort de sa femme, Iván, écrivain cubain, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait 2 lévriers sur la plage. Le souvenir de ses conversations avec « l’omme qui aimait les chiens » va amener Iván à s’interroger sur l’un des crimes les plus célèbres du 20eme siècle : l’assassinat de Trotsky par le NKVD de Staline. Iván va reconstruire les itinéraires de 2 hommes : Lev Davidovich Bronstein, dit Trotsky, héros de la révolution russe, et Ramón Mercader, son assassin, jusqu’à leur rencontre à Mexico. A travers ce grand roman riche en informations (parfois un peu trop riche, même…) et ses personnages complexes, c’est l’histoire du communisme que Léonardo Padura nous conte : un idéal toujours à atteindre qui a engendré son lot d’horreurs…

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La Mémoire des vaincus – Michel Ragon, Le livre de poche (7€50)

L’histoire de Fred Barthelemy, gamin des rues de Paris à l’aube de la Première Guerre Mondiale. En mettant la bande à Bonnot sur son chemin, le destin fera de lui un anarchiste. Du front russe au Paris de 68 en passant par le Front Populaire ou la guerre d’Espagne, Fred va rencontrer tout un tas de personnages ayant pour noms Vladimir Lénine, Victor Serge, Nestor Makhno, Buenaventura Durruti ou Louis Aragon, et traverser le 20eme siècle sans jamais renier son increvable esprit de révolte. Un roman épique, limpide, auquel on reprochera parfois une vision un peu sectaire de l’anarchisme, mais qui constitue une passionnante évocation de l’histoire des partisans du drapeau noir.

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Bandes dessinées :

Un homme est mort – Kris et Etienne Davodeau, Futuropolis (15€)

1950 : alors que la ville de Brest est en pleine reconstruction, la révolte gronde sur les chantiers. Les ouvriers ont faim. Manifestent. La police tire sur la foule. Edouard Mazé s’écroule. Un homme est mort. Appelé par la CGT, le cinéaste René Vautier va venir filmer la colère. En captant sur sa pellicule un peu de l’âme des travailleurs en lutte, il va faire de son cinéma une arme, et bien plus… Un album magnifique, qui ne tombe jamais dans le pathos malgré la tragédie. Plus qu’une bande dessinée, un hommage au mouvement ouvrier, un ouvrage « qui donne envie de se battre » !

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V pour Vendetta – Alan Moore, David Lloyd, Panini Comics (30€)

« Depuis l’aube de l’humanité, une poignée d’oppresseurs a accepté de diriger nos vies quand nous aurions dû les diriger nous-mêmes ». Dans une Angleterre fasciste, un homme brisé par le système va se dresser contre lui. Dissimulant son visage derrière un masque de théâtre, il va s’employer à réveiller des masses depuis longtemps apathiques.

Son nom : V. Son objectif : la Vendetta. Son idéal : l’Anarchie.

Alan Moore, auteur de nombreuses BD à succès (Watchmen, From Hell…), est également anarchiste. V pour Vendetta est son livre le plus politique (bien plus que la minable adaptation cinématographique). A lire.

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Superman, Red son – Mark Millar, Dave Jonhson, Kilian Plunket, Panini Comics (22€)

Superman : étrange visiteur venu d’un autre monde, qui, en tant que héros des travailleurs, mène un combat sans fin pour Staline, le socialisme et l’expansion mondiale du Pacte de Varsovie… Et si Superman, symbole de l’Amérique, n’avait pas grandi dans une ferme à Smallville, mais dans un kolkhoze ukrainien ? Tel est le point de départ de cet étrange comic où l’on retrouve Lex Luthor en suppôt du capitalisme, Batman en opposant politique libertaire, et tout un tas de personnages DC (Wonderwoman, Green Lantern…) dans une aventure de Superman pas si débile que ça, avec une vraie histoire, des personnages complexes et une réflexion intéressante. Et puis, rien que pour le caractère incongru de l’objet, ça vaut le détour !

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Films :

Coffret 4 films (Aaltra + Avida + Louise-Michel + Mammuth) – Gustave de Kervern et Benoit Delépine (29€99)

Entre comédie sociale, surréalisme, road movie et humour noir (glauque ?), voici une anthologie du cinéma de 2 des auteurs de Groland. Suivez les dans leur road-trip en fauteuil roulant à travers l’Europe ou lors de pérégrinations absurdes dans la montagne. Suivez Yolande Moreau et Bouli Lanners à la poursuite d’un patron-voyou à exécuter. Accompagnez Depardieu dans sa quête de ses fiches de paye. A travers 4 films aux allures d’OVNI réunissant une pléiade de figurants (Siné, Philippe Katerine, Dupontel, Noel Gaudin…), découvrez le cinéma grolandais tel qu’il est : sombre, grinçant, anarchiste… Le Groland, l’autre pays du cinéma ?

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Les LIP, L’imagination au pouvoir – Christian Rouaud (15€)

1973, les administrateurs de l’usine de montres LIP de Besançon envisage de licencier 480 salariés. Sous l’impulsion des syndicats, la grève se lance, on séquestre l’administrateur. Mais très vite, l’affaire LIP va prendre une autre ampleur : les salariés décident de se réapproprier la production et de placer l’usine sous le contrôle des travailleurs, en autogestion. Leur slogan : « On fabrique, on vend, on se paie ». La lutte durera plusieurs mois et restera emblématique des luttes des années 70 et de la « deuxième gauche ». En recueillant les témoignages d’acteurs de cette lutte, Christian Rouaud a réalisé un beau film, qui arrive à faire rire et réfléchir en même temps.

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Musique :

Citoyen du monde – HK et les Saltimbanks (15€)

On ne présente plus ici HK et les Saltimbanks, interprètes du fameux hymne « On lâche rien » et auteur d’un réjouissant double-album mêlant rock, chaâbi, hip-hop, reggae, musette… Nous avons déjà eu l’occasion de parler de ce groupe ici et ici. A offrir sans modération (bon, peut être pas à votre petit cousin ou neveu gothique fan de black metal…).

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Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien (Digipack 2 CD + DVD) – Noir Désir (20€99)

Pleurez pauvres gens, Noir Désir n’est plus, rattrapé par la tragédie. Ce groupe de rock, de tous les combats, aura marqué à jamais la scène musicale française. Avec ce best-of, l’occasion est donnée de faire découvrir Noir Dez’ à ceux qui ne connaîtraient pas. Certes, on est assez dubitatifs sur le format : le premier CD reprend des classiques du groupe (avec quelques oublis majeurs), tandis que le deuxième réunit des raretés, reprises et « faces B ». Du coup, on ne sait pas forcément sur quel pied danser : ce disque s’adresse aux néophytes ou aux fans absolus ? On ne sait pas trop. Dans le doute, on offrira ça aux deux. On aurait quand même préféré un objet un peu mieux foutu. Mais bon, c’est Noir Désir, on critique pas…

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Nevermind (20th anniversary – Deluxe edition) – Nirvana (17€99)

Qui ne connait pas cet album, devenu un monument du rock ? En 1991, Nirvana sort de l’ombre avec Nevermind, et la scène grunge explose, révélant le mal-être de toute une génération, comme le punk en son temps. Cet album est un symbole, l’expression d’une révolte brute, au même titre que Never Mind the Bollocks, Here the Sex Pistols, 14 ans auparavant. 20 ans après sa sortie, Geffen le réédite dans une édition spéciale, accompagnée de faces B, de lives, de sessions studios… Si toutefois quelqu’un dans votre entourage n’a pas Nevermind, c’est l’iccasion de rattraper le coup. Un classique de la subversion.

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Pour les chiards :

Travailler moins pour lire plus – Alain Serres et Pef, Rue du monde (12€50)

Sur l’île Turbin, le peuple travaille, tandis que le roi Dontontairalenom gagne beaucoup d’argent. Sur cette île, on fabrique notamment des livres, que l’on exporte : sur l’île Turbin, personne n’a le temps de lire. Un jour, le peuple se révolte. Son slogan : « Travailler moins pour lire plus » ! Bon d’accord, c’est un peu facile, mais ça fait du bien, et c’est franchement drôle. A partir de 7 ans.

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Tous en grève, tous en rêve – Alain Serres et Pef, Rue du monde (13€80)

Nous suivons dans ce livre illustré par Pef (La belle lisse poire du Prince de Motordu) les événements de mai 68 à travers le regard de Martin, âgé d’une dizaine d’années. Son papa est en grève depuis plusieurs jours avec ses collègues cheminots, sa maman est solidaire mais s’inquiète des problèmes d’argent, sa sœur Nina participe au blocus de sa faculté et rêve de plus de libertés… « En ancrant cette histoire dans le quotidien d’une famille ouvrière, Alain Serres fait ressortir toute la tension qui existe entre les revendications sociales, les rêves de changements et la difficulté de tenir la grève pour une famille au budget serré ». Un livre sorti pour les 40 ans de mai 68, pour les enfants à partir de 8 ans

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Véro en mai – Pascale Bouchié, Yvan Pommaux, L’école des loisirs (21€50)

Tout a été dit sur Mai 68. Tout, vraiment ? Pas si sûr…
Et si c’était un enfant qui racontait les événements ? Il y a bien des enfants, dans ce pays, en mai 1968 ? Oui, ils sont des millions. Ils ne vont plus à l’école. Ils écoutent les grandes personnes se disputer en parlant politique.
Parmi eux, Véro, neuf ans.
Entraînée par son grand frère, elle répète des slogans marrants, se pose des tas de questions, et regarde le monde changer… A partir de 8 ans.

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Voilà, il y a des trucs qui coûtent un peu cher quand même. Si c’est trop cher pour vous, volez-les.

Et joyeux noël.

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2 Réponses to “Les révolutionnaires aussi offrent des cadeaux à noël !”

  1. Pellicer Says:

    Tant qu’à faire vous pouvez ajouter l’excellent <> d’Abel Paz.

    Pellicier approuve 😉

  2. Pellicer Says:

    L’excellent « Chroniques passionnées de la Colonne de Fer », pardon.

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