L’école du Front National : mythologie et ultralibéralisme

Dans les temps qui viennent, la Colonne de Fer publiera plusieurs articles visant à dénoncer l’imposture du Front National, un parti prétendument « antisystème », en réalité au service des puissants. Pas d’anathèmes antifascistes ici, juste une analyse rigoureuse du programme du FN.

Nous débuterons ce travail en abordant les question de l’éducation et de l’école.

Lorsque l’on veut regarder le programme du Front National sur son site internet et que l’on clique sur l’onglet « éducation et formation », on tombe sur un message nous prévenant que cette partie n’est pas encore accessible. On ne trouve qu’une vidéo de Marine Le Pen intitulée « Refonder l’école », dont le son ne fonctionne pas. Mais lorsque l’on approfondit les recherches, on trouve un discours-programme prononcé par Le Pen lors d’un colloque du club « Idées & Nation » le 29 septembre 2011 sur le thème « Comment redresser l’école de la République ? ». C’est sur ce discours là que nous nous baserons, en attendant la version définitive du site du FN, prévue pour très bientôt (qui sera peut-être lancée lorsque vous lirez cet article).

Dans ce discours, Le Pen part du constat que l’école va mal, et énumère et développe un ensemble de propositions, qui, on peut le supposer, seront mises en œuvre par le Front National si celui-ci arrivait au pouvoir. Elle ne parle pas ici, volontairement, de l’enseignement supérieur, question qui fera l’objet d’un article séparé.

La tolérance zéro, bien sûr…

Comme on peut s’en douter, le programme du FN en matière d’éducation fait la part belle à la question de la sécurité dans les écoles, avec pour mot d’ordre la tolérance zéro. L’école y est décrite comme un lieu effroyable, ou les professeurs sont « tapés, violentés, parfois même poignardés par un élève ou un parent d’élève ». Pour Le Pen, la résolution de ce problème passe par des peines alourdies, par la mise en place de détecteurs de métaux dans les établissements les plus dangereux, par l’instauration de rondes de police dans les établissements et par le fait de punir au portefeuille les parents d’enfants perturbateurs. Bref, rien de bien nouveau, dans la mesure où c’est dans ce sens là que vont toutes les annonces gouvernementales depuis plusieurs années. Comme avec Sarkozy, la seule réponse apportée est la répression. Rien n’est fait pour combattre les causes de l’insécurité, on préfère les annonces spectaculaires au travail de fond. Ca n’améliore rien, mais ça permet de donner l’illusion que l’on fait quelque chose : le FN, « parti antisystème », semble avoir bien intégré les bases de la politique-spectacle !

Mais limiter le programme du FN à son seul aspect sécuritaire serait une erreur. En fait, c’est même loin d’être ce qu’il y a de plus important. Le projet de Le Pen pour l’école concerne avant tout les questions pédagogiques. Ici, les choses sont claires : « l’école doit être une sorte de sanctuaire, mettant à l’abri des modes et des lubies l’exigence de transmission des savoirs, des connaissances et du goût de l’effort ».

Si Marine Le Pen vous le dit, c’est que ça doit être vrai…

Dans son discours, Le Pen s’en prend violemment aux « expériences pédagogistes ». Le professeur est au dessus des élèves en tout (« l’élève n’est pas l’égal du professeur »), ce qui implique le retour à tout un tas de règles montrant la soumission à son autorité : les élèves devront se lever quand l’enseignant entre en classe, le tutoiement de l’enseignant par l’élève sera formellement banni « dans tous les établissements scolaires » (c’est à dire y compris dans les écoles maternelles, à un âge où l’enfant ne maîtrise pas suffisamment la langue pour comprendre les subtilités du tutoiement et du vouvoiement…), etc… Globalement, c’est la discipline et la soumission à l’autorité qui sont au centre du projet pédagogique du FN. L’importance des punitions est réaffirmé, et Le Pen insiste sur le fait que « les rangs à l’école primaire devront être de vrais rangs, ordonnés, calmes ». Dans le monde d’aujourd’hui, on comprend la nécessité impérieuse de faire de ce point une priorité absolue…

Mais la remise en cause des méthodes d’éducation « imbibées de l’esprit de 68 » concerne principalement les programmes scolaires. Ainsi, l’école primaire devra se centrer sur « l’apprentissage des savoirs fondamentaux : français, calcul. Il faudra ainsi augmenter le nombre d’heures consacrées à ces matières, qui n’a eu de cesse de baisser depuis les années 1960. L’école qui se disperse dans des matières moins essentielles est une école de l’injustice sociale, parce que l’enfant de riches pourra toujours compenser par des cours particuliers hors de prix les lacunes essentielles de l’école, alors que l’enfant des milieux populaires, mais aussi de plus en plus de la classe moyenne, n’a que l’école, ne peut compter sur ce service public de la Nation. Ainsi, il n’est pas utile de remplir le cerveau de nos petits d’anglais ou d’autres langues étrangères dès la maternelle. […] On cessera les aventures pédagogistes : la méthode syllabique doit être obligatoire en CP, l’histoire doit être apprise de façon chronologique tout au long de la scolarité, évidemment. La géographie enseignée sur des cartes, et la carte de France bien connue : nos fleuves, nos montagnes, nos départements. Bien sûr mes chers amis, on remettra au cœur des programmes scolaires l’apprentissage de l’Histoire de France ! Parce qu’il est fou de ne plus apprendre les grands noms de notre Histoire, de notre glorieuse Histoire, à nos enfants ! Clovis, Henri IV, Louis XIV, Napoléon doivent être enseignés ! ». Concernant l’apprentissage de la langue française, « il faudra fixer une bonne fois pour toutes les termes et les mots employés, et veiller à ne pas sans cesse complexifier les choses pour le plaisir de les complexifier. »

Ainsi, sous couvert de bon sens, Marine Le Pen nous montre un aspect intéressant de son programme, à savoir que les contenus et les méthodes d’enseignements ne seront plus fixés par les pédagogues ou les enseignants, mais par…elle même ! La manière d’apprendre le français en CP ne lui convient pas ? On la change ! L’Histoire de France telle qu’enseignée aux enfants n’est pas celle qui lui convient ? Faisons table rase de tout ça pour limiter l’Histoire à une succession de grandes dates et de grands hommes, conception par ailleurs totalement imbécile et sensationnaliste. Quant au français, il s’agit d’une langue vivante, en perpétuelle évolution, en lien avec la société ; il est dommage que celle qui prétend défendre les français ait décidé de faire de leur langue une langue morte !

Une mythologie au service du Capital

Concrètement, en insistant sur les valeurs de discipline et de travail, en mettant en avant le bon sens et des enseignements figés dans un monde qui perd la tête, Marine Le Pen parle à l’imaginaire collectif en faisant miroiter le retour à un « âge d’or » : l’école de la Troisième République. Elle ne dit pas autre chose lorsqu’elle affirme que les enseignants « devront être, les hussards noirs de notre République française du XXIème siècle ». Le Pen utilise ainsi l’image d’Epinal de l’école de Jules Ferry : cette école de l’ascension sociale, avec ses élèves en file indienne dans la cour, ses instituteurs respectés et ses bonnets d’âne. Hélas, on ne forge pas un projet pédagogique sur des chimères ! Car cette école de l’âge d’or ne relève de rien d’autre que de la mythologie. L’école de Jules Ferry n’a jamais servi à supprimer les différences sociales : si l’école primaire obligatoire servait à acquérir des savoirs de base et à souder les citoyens autour de la République (les préparant notamment idéologiquement à aller servir les intérêts des puissants dans les abattoirs de 14-18), l’enseignement secondaire était réservé aux enfants de la bourgeoisie, et seule un poignée d’élèves des classes populaires accédaient à un enseignement supérieur leur permettant d’accéder à des concours administratifs…et de perpétuer le mythe républicain !

D’ailleurs, Marine Le Pen ne s’y trompe pas : une autre de ses ambitions est de mettre fin au collège unique et de mettre en place des sections techniques et manuelles au collège, afin d’éviter que les élèves en difficulté ne « végètent dans des filières qui ne sont pas faites pour eux ». Ce faisant, le Front National opérerait dès l’entrée au collège une sélection entre les élèves qui auraient accès à un enseignement secondaire ouvrant la voie à des études supérieures, et des élèves ne maîtrisant que les savoirs fondamentaux (calcul, écriture) allant engorger des filières servant à produire des travailleurs soumis et dociles. Bien sûr, ceux-ci seraient ultra-majoritairement les enfants des classes populaires, seule une poignée d’entre eux pouvant avoir accès à des aides (scolaires et sociales) au mérite. Ainsi, la reproduction sociale s’aggraverait encore, pour le plus grand bonheur des actionnaires en recherche de main d’œuvre bon marché… Le patronat en a rêvé, Le Pen le fera !

Ici, nous voyons la réalité du projet du FN : Le Pen nous prend pour des cons en nous vendant des mythes, mais son rêve d’âge d’or n’est qu’un cauchemar pour tous les enfants des classes populaires prêts à lui accorder leur confiance !

L’école, une entreprise comme une autre

Le projet du FN, c’est donc le capitalisme le plus sauvage, derrière le masque de la bonhomie républicaine…Masque qui d’ailleurs vole en éclat lorsque l’on regarde les autres propositions de Le Pen : ainsi, si elle entend stopper les suppressions de postes d’enseignants, elle n’entend pas rétablir ceux supprimés par Sarkozy (invoquant des logiques comptables), et avoue vouloir faire des économies en supprimant des postes non-enseignants (comme si l’éducation nationale n’avait pas besoin de personnels administratifs, d’assistants d’éducation, etc…). Elle entend également « imposer aux professeurs un temps de présence supplémentaire au sein de leur établissement » (c’est bien connu, les enseignants sont des faignants qui ne travaillent pas assez) et  » lutter contre la politisation de l’Éducation nationale, en interdisant les manifestations politiques d’enseignants organisées pendant les heures de cours » (toutes les questions liées au statut, à l’emploi ou aux conditions de travail étant des questions politiques, cela revient à interdire toute expression publique de mécontentement aux enseignants ; Le Pen ne dit pas ce qu’il advient du droit de grève, mais on peut craindre le pire…) [note : ces deux propositions ne sont pas évoquées dans le discours de Le Pen, mais dans le programme du FN concernant la jeunesse].

Enfin, le meilleur pour la fin : Marine Le Pen veut « revoir le statut de l’école, créer un nouveau type d’établissement public, doté de la personnalité juridique et d’une autonomie administrative et financière. On en parle depuis longtemps, mais rien ne bouge. Je le ferai. Soumis à l’autorité des acteurs institutionnels (Etat et collectivités territoriales), le directeur d’école souffre en outre d’un manque cruel de légitimité pour assurer les responsabilités qui sont les siennes. […] Il doit avoir ce rôle de véritable «manager » chargé d’impulser le projet pédagogique de l’école en dialogue permanent avec l’ensemble des acteurs de la communauté éducative ». Effectivement, on en parle depuis longtemps…dans les milieux ultralibéraux. Cette mesure a été mise en place il y a 3 ans par Sarkozy au niveau des Universités, convertissant celles-ci aux lois de l’entreprise et transformant leurs présidents en managers cherchant à rendre leurs établissements attractifs pour continuer à toucher autant d’argent. Elle a provoqué un tollé auprès des enseignants et des étudiants, entrainant plusieurs mois de grève et de contestation à travers la France, si bien que les gouvernements les plus soumis au libéralisme n’osent pas la mettre en place au niveau des établissements scolaires. Donner à chaque école l’autonomie administrative et financière revient à casser tout cadrage national des programmes, à mettre toutes les écoles en concurrence directe, et à faire rentrer les logiques patronales au sein de l’école. Cela signifierait également la fin de l’école gratuite, chaque établissement devant trouver des moyens de s’autofinancer. Ce serait une catastrophe pour toutes les classes moyennes et populaires, en totale contradiction avec tous les principes de l’école républicaine. Moins grave mais plus étonnant, ce serait en contradiction totale avec toutes les autres propositions de Marine Le Pen : si chaque directeur d’école s’occupe de fixer les règles de son établissement, les enseignements, les programmes, tout ce qu’a dit Le Pen sur les règles, enseignements et programmes comme ciments de l’école républicaine avant est sans effet.

Dans un même discours, Le Pen trouve moyen de dire tout et son contraire, de promettre des choses absolument contradictoires, de nous vendre du rêve pour mieux nous saigner…

Comme la politicarde magouilleuse vendue aux exploiteurs qu’elle est !

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