17 octobre 1961: on n’a pas oublié!

Il y a 50 ans jour pour jour avaient lieu, en Région Parisienne, des manifestations de milliers d’Algériens en réponse à la mise en place par la préfecture de police de Paris d’un couvre feu raciste. Ces défilés pacifistes, organisés par le FLN, principal groupe indépendantiste algérien, furent sauvagement réprimés par les forces de l’ordre et firent des centaines de morts dans les rangs des manifestants. La Colonne de Fer profite de ce triste anniversaire pour revenir sur ces massacres, que l’Histoire officielle cherche, en vain, à nous faire oublier.

Quelques éléments de contexte

Lorsque surviennent les évènements du 17 octobre 1961, le conflit algérien est déjà entré dans la dernière phase de son déroulement. Depuis le 20 mai de la même année, le gouvernement français s’est engagé dans des négociations avec le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, en vue de trouver des accords permettant aux deux parties de sortir la tête haute d’une guerre qui dure depuis déjà plus de six ans. L’indépendance algérienne semble alors devenir la seule solution viable pour une résolution rapide du conflit.

Si, suite à ces négociations, le FLN suspend peu à peu ses attentats en métropole, la guerre est toutefois encore loin d’être terminée pour les opposants à l’indépendance. L’OAS (Organisation de l’Armée Secrète), groupe terroriste pro-Algérie française, va multiplier, durant l’été 1961, les attaques racistes contre les algériens en France, notamment en Région Parisienne. Le mois d’aout va également voir la répression policière s’intensifier contre les arabes de métropole poussant le FLN à reprendre finalement ses activités terroristes. Fin aout, le limogeage du Garde des Sceaux Edmond Michelet, partisan des négociations avec le FLN, cristallise encore un peu plus la tensions. Cet événement est vu, par les militants indépendantistes, comme une concession de De Gaulle à son premier ministre Michel Debré, opposé au désengagement français.

A Paris, Papon fait la loi

Si cette situation explosive va prendre une tournure dramatique à Paris, ce n’est pas par hasard. En effet, depuis 1958, le préfet de police de la capitale est Maurice Papon, ancien secrétaire de la préfecture de Gironde de 1942 à 1944 s’étant, à cette occasion, illustré par sa participation active à la traque et la déportation des juifs de cette région, et ayant réussi à continuer sa carrière de haut fonctionnaire après la guerre par un magnifique tour de passe-passe qui l’a fait habilement passé de la collaboration à la Résistance dans les derniers mois du conflit.

Dés son arrivée à Paris, il met en place un premier couvre-feu pour les « Français musulmans d’Algérie », aussitôt boycotté par le FLN et qui aura, finalement, assez peu d’impact. Il créé également des structures parallèles à la police composées d’Algériens hostiles à l’indépendance appelées Forces de police auxiliaires. Ces unités traquent les membres des réseaux pro-FLN, les arrêtent, les torturent et, régulièrement, les assassinent, avec l’aide de la police française. Ces Forces de police auxiliaires, qui rappellent en de nombreux points les milices de Vichy, participent à l’organisation de rafles massives d’Algériens. Malgré de nombreuses plaintes, l’activité de ces harkis continue de s’intensifier durant toute la période du conflit en Algérie, notamment à partir du mois d’aout 1961.

Début septembre, les rafles se font de plus en plus violentes. A cette époque, on commence à parler de la présence de cadavres dans la Seine. Mais Papon continue à serrer la vis. Le 2 octobre, aux obsèques d’un policier assassiné par le FLN il déclare « Pour un coup rendu, nous en porterons dix! ». Trois jours plus tard, le 5 octobre, un nouveau couvre-feu contre les arabes algériens est instauré pour « éviter les actions terroristes », institutionnalisant volontairement une confusion raciste entre criminels et Algériens…

 

17 octobre 1961: un massacre d’État

En réponse à ce nouveau couvre-feu, le FLN décide d’organiser des manifestations de protestation à Paris. Les consignes sont claires: ces défilés doivent être pacifiques et les participants ne doivent répondre à aucune provocation ou violence des forces de l’ordre. Le 17 octobre, des Algériens de toute la Région Parisienne descendent ainsi en masse dans les rues. On parle alors d’environ 30 000 manifestants. La répression atteint des proportions inouïes de violence. La police matraque systématiquement les participants aux défilés, souvent jusqu’à ce qu’ils s’écroulent. A certains endroits de la capitale, les forces de l’ordre tirent même à balles réelles dans la foule.

Plus de 10 000 personnes sont interpellées. Regroupées dans des centres provisoires d’internement aux quatre coin de Paris, elles seront torturées par la police aux ordres de Papon pendant plusieurs jours. Des exécutions sommaires sont organisées dans l’enceinte de ces lieux, beaucoup d’Algériens meurent également sous la torture.

Il est très difficile de savoir avec précision combien de personnes sont mortes le 17 octobre 1961. Si le bilan officiel est de deux morts, certains historiens n’hésitent plus, aujourd’hui, à parler de plusieurs centaines de personnes tuées. Les blessés quant à eux se compteraient par milliers.

 

Une fâcheuse tendance à l’omission…

On dit souvent que l’Histoire est écrite par ceux qui la gagnent. Le traitement historique réservé aux évènements du 17 octobre 1961 est une bonne illustration de cette formule.

Dés les jours qui ont suivis les massacres policiers, alors que l’on torturait et on assassinait encore dans de nombreux lieux de Paris, le gouvernement de De Gaulle a redoublé d’efforts pour masquer la réalité de ce qui s’était passé. Les bilans ont été créés de toutes pièces et la plupart des documents de police traitant objectivement de la situation furent rapidement détruits ou classés. Le gouvernement a également étouffé les nombreuses plaintes ainsi que les projets de mise en place d’une commission d’enquête avancés par quelques parlementaires de gauche. Les journaux traitant des événements sont saisis dés leur sortie par les services de Papon, toutes les personnalités voulant publier des documents relatifs aux évènements du 17 octobre se heurtent immédiatement à la censure. Tout est fait pour que les exactions de la police parisienne disparaissent de l’Histoire officielle.

Jusqu’en dans les années 1980, le sujet reste un tabou majeur en France au même titre que l’ensemble des crimes commis durant la Guerre d’Algérie. Si les langues commencent à se délier avec la levée de la censure étatique, les témoignages et travaux sur la période continuent pourtant à être difficile de diffusion. Critiquer le sale boulot de la police française n’est pas chose aisée… Les historiens travaillant sur la période se voient restreindre ou refuser l’accès aux archives de police et, bien souvent, le récit de la répression se limite à des rapport gouvernementaux minimisant le nombre de victimes et les responsabilités de l’État. Aujourd’hui encore, le travail de mémoire autour des manifestations du 17 octobre est bridé par les tenants de l’Histoire officielle. Pour preuve, aucun manuel d’Histoire utilisé dans l’enseignement scolaire ne mentionne sérieusement les événements. Au passage, aucun ne mentionne sérieusement non plus la répression de la Commune. Apparemment le massacre d’ouvriers dans les rues de Paris est un sport national dont l’Etat a du mal à se vanter…

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