A propos de l’affaire DSK…

Oui, on imagine très bien ce que vous êtes en train de vous dire : “ Bah voilà, on va visiter un blog un peu différent, ça fait 2 mois qu’ils ont rien publié, et il reviennent pour nous parler des mêmes trucs que les autres (en retard en plus) …” Ne vous en faites pas, le sort de DSK, en soi, on s’en fout autant que vous. D’ailleurs si l’ex patron du FMI avait été condamné à 74 ans de prison, on aurait pas pleuré non plus.

 Si on veut revenir sur cette affaire, c’est pour attirer votre œil sur ce qui nous a semblé être très choquant depuis son début: à la fois la complaisance de la justice et des médias avec nos puissants dans les affaires politico-judiciaires et, encore plus, le sexisme incroyable de la campagne médiatique autour de cet évènement.

 Que la justice et les médias soient du côté de ceux qui ont le fric, jusque là ça n’a rien de surprenant. Seulement, le caractère exemplaire de l’affaire a amené un traitement à ce point caricatural que l’on n’aurait presque pas osé l’imaginer. Nous avons ici d’un coté un homme, riche, blanc, puissant et célèbre. De l’autre, Nafissatou Diallo, qui sera le plus souvent désignée comme « la femme de ménage » : femme, noire, prolétaire, immigrée… Tout de suite, on sentait que ce serait pas gagné pour elle ! Eh bien on ne s’est pas trompé. Quand bien même les tests scientifiques démontrent qu’il y a eu viol, on met en doute sa parole, coupable d’avoir menti pour entrer sur le territoire américain, et donc coupable de mentir à jamais, donc suspectée d’être une manipulatrice et une femme de mauvaise vie, bref, « une pute », et c’est bien connu les putes ne se font jamais violer… Bref, l’affaire est classée, et la justice réussit l’exploit de démontrer à la fois son caractère de classe, son racisme et sa défense acharnée du patriarcat. A la limite, jusque là, les choses sont plutôt normales, le système judiciaire américain ne nous ayant que peu habitué à se placer du côté des opprimés…

Ce qui est aberrant, c’est, malgré le traitement de l’affaire, d’entendre des voix s’élever dans les grands médias et au sein de la classe politique pour dénoncer l’acharnement dont fut victime Strauss-Kahn. Ainsi, on croit halluciner lorsqu’on nous explique aujourd’hui que les médias ont descendu DSK, alors même que tout le temps qu’a duré l’affaire, la moindre occasion était bonne pour nous expliquer que “Il n’est pas comme ça”, que “C’est un gars bien”. Comme si, dans une affaire aussi grave qu’une affaire de viol mais impliquant un individu n’ayant pas la chance d’être directeur du FMI, on invitait tous les potes de l’individu en question sur les plateaux de télé pour les entendre dire que non, ça peut pas être lui parce que c’est un mec sympa… Enfin bon, passons, depuis le temps, ce n’est pas aujourd’hui que l’on va commencer à s’indigner de la servilité des médias envers ceux qui les font vivre…

Cependant, il y a des choses sur lesquelles il serait plus grave de passer: la vision de la femme et des agressions sexuelles véhiculé par les médias lors de cette affaire. A les écouter on dirait que l’accusation n’est pas trop grave finalement. Simple « troussage de domestique » pour le journaliste Jean François Kahn (qui par là même conjugue mépris des femmes et mépris de classe), alors qu’il « n’y a pas mort d’homme » selon Jack Lang. On nous a dit que Anne Sinclair avait pardonné à son mari d’être volage, comme si on l’accusait d’un simple adultère. On nous a dit qu’il aimait beaucoup les femmes, comme si un viol était une preuve d’amour ; et que d’ailleurs c’est surement pas lui puisqu’elle n’est pas très jolie (sic), comme si seules les femmes jugées belles (par qui ?) pouvaient se faire violer… En bref, au delà de savoir si DSK est coupable ou non (ce qu’on ne saura jamais), c’est la dédramatisation constante des faits reprochés qui a été et est encore très choquante. Tout cela ne fait qu’accréditer l’idée qu’au final un viol n’est pas si grave, voir même qu’une femme peut s’estimer heureuse de se faire violer puisque cela veut dire que finalement elle n’est pas trop moche. Au final, cette affaire donne aux pires raclures réactionnaires (on pense à Gollnisch ou à Zemmour), mais également à l’ensemble de la classe politique, un prétexte pour mener l’offensive culturelle contre les droits des femmes, ce qui n’empêche pas par ailleurs ces mêmes individus d’avoir l’indécence d’utiliser de manière dévoyée et hypocrite des argument féministes, lorsqu’il s’agit par exemple de stigmatiser des populations immigrées ou musulmanes.

Face à de telles attaques, on se dit que le combat féministe est plus que jamais d’actualité.

* Sur « l’affaire DSK » et les problèmes liés aux représentations sexistes des atteintes aux droits des femmes qu’elle a pu mettre en évidence, nous conseillons la lecture du livre Un troussage de domestique, paru aux éditions Syllepse sous la coordination de Christine Delphy. C’est petit, ça coute pas très cher (7 euros le bouquin, ça va, et si ça ne va pas vous pouvez toujours le voler à la FNAC de Tours ou ailleurs), et ça permet d’approfondir le sujet et de saisir les enjeux liés au sexisme.

Un troussage de domestique, Christine Delphy (coord), éditions Syllepse, 184p, 7€

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