Sur le fascisme…

          « J’ai vu, de mes yeux, le fascisme. Je sais aujourd’hui ce qu’il est. Et je songe qu’il nous faut faire, avant qu’il soit trop tard, notre examen de conscience. Depuis dix ans, nous n’avons pas prêté au phénomène une attention suffisante. César de Carnaval, blaguait Paul-Boncour. Non, le fascisme n’est pas une mascarade. Le fascisme est un système, une idéologie, une issue. Il ne résout certes rien, mais il dure. Il est la réponse de la bourgeoisie à la carence ouvrière, une tentative pour sortir du chaos, pour réaliser, sans trop compromettre les privilèges de la bourgeoisie, un nouvel aménagement de l’économie, un ersatz de socialisme.

          J’ai appris en Allemagne que, pour vaincre le fascisme, il faudrait lui opposer un exemple vivant, un idéal de chair…

          J’ai appris que, si la carence ouvrière se prolonge, le fascisme se généralisera dans le monde. Attendrez-vous, ici, que pleuvent les coups de matraque ? Le fascisme est essentiellement offensif : si nous le laissons prendre les devants, si nous restons sur la défensive, il nous anéantira. Il use d’un nouveau langage, démagogique et révolutionnaire : si nous ressassons, sans les revivifier par des actes, les vieux clichés usés jusqu’à la corde, si nous ne pénétrons pas jusqu’au fond de ses redoutables doctrines, si nous n’apprenons pas à lui répondre, nous subirons le sort des Italiens et des Allemands. Enfin, le fascisme est essentiellement un mouvement de jeunesse. Si nous ne savons pas attirer à nous la jeunesse, satisfaire son besoin d’action et d’idéal, elle risque de nous échapper et même de se retourner contre nous. Si nous ne purgeons pas notre action du moindre vestige de nationalisme, nous creuserons, nous aussi, sans le vouloir, le lit d’un national-socialisme. Qui sait, ce lit est peut-être, chez nous, déjà en train de se creuser… »

Daniel Guérin, La peste brune (1933)

          Daniel Guérin (1904-1988) est un écrivain révolutionnaire français, anticolonialiste, militant de l’émancipation homosexuelle, théoricien du communisme libertaire, historien et critique d’art. Il commence à militer dans les années 1930 avec les syndicalistes révolutionnaires de la revue La Révolution prolétarienne. Il s’engage dès ces années dans la lutte contre le colonialisme (Indochine, Liban…). En 1932, il part sac sur le dos pour l’Allemagne, où il observe la misère, les attentes des couches populaires. En 1933, il y retourne pour prendre la mesure des réalités du nouveau régime nazi. Il en rapportera une série d’articles dont il tirera un livre, La peste brune. Il se livrera ensuite à une analyse détaillée du fascisme et de ses dynamiques dans Fascisme et grand capital. Très proche de Trotsky dans les années 30, il s’éloigne ensuite du marxisme pour évoluer vers l’anarchisme. A partir de 1959, il tente de concilier le meilleur de ces deux tendances. Engagé dans le soutien à la révolution algérienne, Guérin tentera également beaucoup pour la difficile intégration par le mouvement ouvrier de la question homosexuelle. Il restera militant « communiste libertaire » jusqu’à sa mort en 1988.

          « Témoignage vivant et politiquement acéré, La peste brune révèle tangiblement la nature profondément contre-révolutionnaire du nazisme, fausse solution aux immenses problèmes des travailleurs allemands plongés dans la crise économique. » (note parue sur le site syndicaliste Ensemble)

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