Manif antiraciste samedi 28 mai

Expulsons les banquiers, pas les sans-papiers !

          Ce samedi 28 mai avaient lieu dans les grandes villes de France des manifestations contre le racisme et les discriminations, à l’appel du collectif D’ailleurs nous sommes d’ici. A Tours, l’appel avait été relayé par le Collectif Antiraciste 37 et par des organisations politiques, syndicats et associations intervenant dans la vie de la cité.

          Rendez-vous était donc pris, à 14h30 sur la place Jean Jaurès.

          Lorsque nous arrivons, entre 100 et 150 personnes sont déjà présentes. Au milieu des travaux, on discute, on serre des mains, on échange des tracts. L’heure est à la convivialité, aux ambiances chaleureuses, presque familiales. Drapeaux et banderoles claquent au vent. Jeunes, moins jeunes, parents venus avec leurs enfants sont là, rassemblés sous le soleil du moi de mai. Vieux briscards rompus au militantisme échangent avec de simples « indignés », réunis par les mêmes aspirations à la justice sociale et à la paix entre les peuples.

          La foule continue de grossir lorsque les militants de la Colonne de Fer déploient leur banderole aux yeux des passants, pour leur première apparition publique. « Ni nations, ni frontières : notre identité c’est notre classe sociale ! « , peut-on y lire. En dessous, une signature énigmatique : « Colonne de Fer ».

          D’emblée, cette banderole soulève un mélange d’étonnement et d’enthousiasme. Pensez donc : des jeunes qui osent parler de classes sociales aujourd’hui ! Qui affichent leur internationalisme et leur refus de toute division artificielle, adressant un bras d’honneur à la droite, à l’extrême droite et à leur « identité nationale » puante ! Dans le contexte politique actuel, il y a de quoi surprendre !

          Tout de suite, des discussions s’engagent. Lorsque le cortège réunissant plus de 300 manifestants s’ébranle, plusieurs personnes prennent place à nos côtés.

          Dès que nous empruntons le boulevard Béranger, les slogans s’élèvent des rangs de la Colonne de Fer : « Français, immigrés : même patron, même combat ! », « Expulsons les banquiers, pas les sans-papiers ! », « Notre identité est internationale ! Notre identité c’est notre classe sociale ! »… Ces slogans vont être repris par les manifestants et contribueront à donner au défilé son dynamisme, et un ton plus offensif qu’on pouvait l’attendre.

          La manifestation progresse dans les rues du vieux Tours, soulevant la sympathie de nombreux riverains. Au détour d’une rue, 3 nazillons, occupés à dépenser, à la terrasse d’un bar, les richesses créées par les salariés de leurs parents, tentent de nous provoquer, mais leurs voix sont couvertes par les slogans internationalistes. Sans doute espéraient-ils une réaction violente de notre part pour se laisser aller au seul moyen d’expression « politique » à leur niveau…pas de chance pour eux, nous ne sommes pas là pour jouer, et la manifestation continue de plus belle.

          Arrivée en vue de la préfecture…dans nos rangs, on entonne « El pueblo unido jamás será vencido ! » : le peuple uni jamais ne sera vaincu, le vieux slogan des combattants de la liberté chiliens. Un membre du collectif antiraciste prend le mégaphone pour un dernier discours, la manif se termine dans la bonne humeur, sans le moindre incident. Certains manifestants rentrent chez eux, d’autre décident de continuer à discuter autour d’un verre, histoire de prolonger l’instant. Ce qui est sûr, c’est que cette journée aura réchauffé les cœurs, après les violences policières de la semaine précédente…

          Mais elle aura aussi permis de faire entendre dans les rues un discours qui tranche avec la xénophobie ambiante : « Depuis des années nous assistons à une montée du racisme dans un contexte politique marqué par une xénophobie d’Etat, une stigmatisation des minorités et des politiques discriminatoires et répressives », pouvait-on lire sur un tract distribué par des militants. Ce qui est inquiétant dans ce constat, ce n’est pas la persistance de discours racistes ou xénophobes au sein d’une partie de la population, ceux-ci ayant toujours plus ou moins existé, mais le fait que ce discours soit aujourd’hui accepté et légitimé jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat.

          Qu’un individu lambda suggère de mettre tous les immigrés dans des bateaux ou déplore qu’il y ait trop de musulmans en France, c’est gênant, mais hélas la bêtise est humaine. Que ce soit une députée ou un ministre qui tienne ce genre de propos, voilà qui est plus problématique. Aujourd’hui, un consensus large semble exister, de Claude Guéant à Marine Le Pen, de Robert Ménard à Eric Zemmour, pour présenter l’immigré comme le responsable de tous les problèmes des français et remettre à la mode la vieille antienne lepéniste « 3 millions de chômeurs, c’est 3 millions d’immigrés en trop », à grand renfort d’images spectaculaires.

          Face à cette escroquerie intellectuelle, il importe de remettre les pendules à l’heure :

          Économiquement, l’immigration n’est pas un problème pour la France. Tous les chercheurs sérieux, notamment ceux de l’Institut National des Etudes Démographiques, s’accordent à dire que l’immigration en France est plutôt à la baisse, et que « l’invasion » de l’Europe n’est qu’un fantasme. De plus, des travaux réalisés par un groupe d’universitaires lillois montrent que l’immigration crée plus de richesses qu’elle ne coûte à la collectivité, qu’on le veuille ou non. Lorsqu’un étranger émigre en France, il travaille, consomme, paye des impôts, cotise à la sécu et à la retraite… sans compter qu’une forte proportion d’immigrés occupe des emplois dans des secteurs qui peinent à recruter.

          Il ne s’agit pas ici d’être cyniques et de considérer ces gens sous le seul aspect cout/avantage, mais de rétablir des vérités. Dire aujourd’hui que l’immigration est un coût pour la collectivité relève du mensonge et de la manipulation.

          Quant à ceux qui mettent en avant le risque civilisationnel lié à l’immigration oublient volontairement de préciser que leur « civilisation » occidentale n’est que le résultat de plusieurs millénaires de flux migratoires et de rencontres des cultures.

          Il n’y a pas à être pour ou contre l’immigration, mais à considérer celle-ci comme une donnée démographique comme une autre, au même titre que le vieillissement de la population.

          En revanche, on peut réfléchir un instant à pourquoi autant de voix s’élèvent contre l’immigration, et pourquoi les tenants du système attisent la peur et la haine de l’étranger…

          La réponse est simple : alors que les conditions de vie se dégradent sans cesse, que le gouvernement s’évertue à détruire tous les droits sociaux obtenus de haute lutte et que les entreprises licencient à tour de bras pour satisfaire la voracité des actionnaires et des banquiers, l’immigré constitue un bouc émissaire idéal pour éviter que ceux qui souffrent ne s’en prennent aux vrais responsables. En opposant les travailleurs français et les travailleurs immigrés, on évite qu’ils unissent leurs force contre leur patron, on fait en sorte qu’ils oublient que leurs intérêts sont les mêmes.

          Au main des capitalistes et de leurs alliés, la xénophobie est une arme contre l’unité des classes populaires. Ceux qui l’entretiennent ne font que semer la division dans notre camp et sont les alliés objectifs du Capital.

          « Les préjugés raciaux et les préjugés basés sur la nationalité, entretenus par les capitalistes et les tyrans, empêchent les peuples de vivre côte à côte de manière fraternelle ». (Práxedis G. Guerrero)

          C’est pourquoi le combat contre le racisme n’est pas qu’un combat moral, mais un aspect essentiel de la lutte contre la dictature des profits. La solidarité ne se divise pas : c’est tous ensemble qu’on gagnera !

          Samedi, nous étions dans la rue pour le rappeler. Face aux offensives de la propagande gouvernementale, ça ne pouvait pas faire de mal…

La Colonne de Fer, le 30 mai 2011

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